Défense
Anne Bianchi : « PROSUB est un programme sans égal »

Interview

Anne Bianchi : « PROSUB est un programme sans égal »

Défense

Le premier sous-marin construit au Brésil avec l’assistance technique française a été mis à l’eau le 14 décembre. Un nouvel aboutissement pour Naval Group, 10 ans après le lancement de PROSUB, le plus important programme à l’export conduit jusqu’ici par l’industriel français. Mais l’aventure est encore loin d’être terminée comme nous l’explique Anne Bianchi, directrice de ce programme chez Naval Group.

MER ET MARINE : Ce programme au Brésil est vraiment quelque chose d’unique ?

ANNE BIANCHI : PROSUB est le programme en transfert de technologie le plus complet et le plus complexe. Nous n’avons pas connaissance d’un autre industriel dans le monde à avoir été aussi loin. C’est pour nous une référence, y compris sur le plan commercial car ce programme démontre toute l’étendue de notre savoir-faire et la capacité de Naval Group à assurer un transfert de technologie global auprès de ses clients internationaux.

D’autant qu’il ne s’agit pas uniquement de construire des Scorpène…

En effet, ce programme est constitué pour Naval Group de trois lots principaux et cinq différents contrats. Le premier volet a consisté à concevoir et construire une nouvelle base navale et un chantier de construction de sous-marins à Itaguaí. Notre partenaire brésilien Odebrecht a assuré la conception détaillée et la construction des infrastructures. De notre côté, nous avons fait la conception générale et sommes présents à toutes les étapes, notamment pour la recette et la certification des installations. Cela représente à ce jour, et de loin, notre plus grand programme d’infrastructures à l’export.

Le second volet de PROSUB vise à réaliser localement quatre sous-marins du type Scorpène adaptés aux besoins brésiliens. Nous avons pour cela opéré un transfert de technologie en livrant les dossiers de plans, en accompagnant leur construction au Brésil et en livrant des packages de matériels, produits en France ou localement.

Enfin, le troisième volet, qui est en réalité l’objet principal du programme, a pour but de permettre aux Brésiliens d’acquérir leur autonomie pour concevoir et produire un sous-marin nucléaire d’attaque. Naval Group fournit une assistance technique à la conception de ce bâtiment, sauf pour la partie nucléaire, qui est intégralement gérée par les Brésiliens.  

Quel est le calendrier aujourd’hui pour la livraison des Scorpène et la construction du SNA ?

Nous venons donc de mettre à l’eau le Riachuelo, qui conduira ses essais en mer en 2019 et 2020. Sa livraison à la marine brésilienne est prévue au second semestre 2020. La formation de son équipage, que nous sous-traitons à Navfco, a débuté en octobre.

Les sections du second Scorpène brésilien, l’Humaita, seront transférées début 2019 dans le hall d’assemblage et ce bâtiment doit être livré fin 2021. Les deux autres, qui seront nommés Tonelero et Angostura, suivront fin 2022 et fin 2023. Pour ce qui est du SNA, le prototype à terre du réacteur nucléaire devrait entrer en service en 2021 et la date officielle de mise en chantier du sous-marin est prévue en 2022.

Naval Group a conduit d’importants programmes de formation pour permettre au Brésil d’acquérir les compétences nécessaires à la conception et la construction de sous-marins. Il y a eu localement de nombreuses créations d’emploi mais ce programme mobilise aussi beaucoup de personnes en France…

ICN, notre société commune avec Odebrecht qui est en charge de la réalisation des sous-marins, emploie désormais 2000 personnes. Il s’agit de personnels brésiliens, pour lesquels nous avons en effet mis en place des formations spécifiques dans les différents métiers liés à la réalisation de sous-marins. Cela a commencé à Cherbourg, où des équipes brésiliennes sont venues se former auprès de nos personnels, puis cela s’est poursuivi au Brésil. Nous n’avons plus aujourd’hui que 7 expatriés français sur le chantier, auxquels s’ajoutent une vingtaine de français au sein d’une équipe franco-brésilienne d’une soixantaine de personnes chargée de l’assistance technique.

En France, ce programme mobilise également beaucoup de monde. Chez Naval Group, cela représente aujourd’hui 600 équivalents temps plein. Nous sommes en fait au pic du programme, pour lequel différents sites sont mobilisés. Cherbourg est en train de livrer l’appareil à gouverner du troisième Scorpène. Indret vient de livrer l’hélice du second sous-marin et met en groupe les diesels-alternateurs du troisième. Ruelle a livré les tubes lance-torpilles du troisième et supervise l’installation du système de manutention des armes, qui fait l’objet d’un transfert de technologie vers la société brésilienne Bardella.

Les transferts de technologie concernent également les équipements…

En effet, Naval Group et ses grands fournisseurs opèrent aussi des transferts de technologie sur des équipements et systèmes, toujours dans l’optique de permettre au Brésil de se constituer une industrie spécialisée et d’acquérir son indépendance dans le domaine des sous-marins. Nous avons aussi livré des simulateurs pour la formation et l’entrainement des futurs équipages. PROSUB est vraiment un programme complet et sans égal, cela représente un énorme challenge et nous en sommes très fiers.

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Propos recueillis par Vincent Groizeleau, © Mer et Marine, décembre 2018

 

Naval Group (ex-DCNS)