Pêche
Anne Le Strat, patron pêcheur

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Anne Le Strat, patron pêcheur

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Matelot pendant plus de huit ans, Anne Le Strat a décidé d’avoir son propre fileyeur. À 36 ans, elle est aujourd’hui la seule femme patron-pêcheur du port de Keroman à Lorient. À la barre de son Ch'ti Breizh acheté en octobre 2018, elle a attaqué sa première saison de pêche.

Sur le port de Keroman à Lorient, c’est la première saison de la jeune femme en tant que patronne de son propre fileyeur. Et malgré des débuts assez compliqués pour cause de problèmes techniques à répétition sur son bateau, le Ch’ti Breizh, elle tient bon la barre. Née dans les terres, à Moustoir-Ac (Morbihan), Anne Le Strat a la pêche dans la peau. Peut-être l’héritage de son grand-père maternel, pêcheur originaire du Bono… Toujours est-il qu’elle a passé un bac pro cultures marines en 2002 au lycée maritime d’Etel. Avant d’aller travailler dans des parcs ostréicoles de Locmariaquer (Morbihan).

Homme ou femme, peu importe. On est marin d’abord

« J’avais aussi mon brevet de patron petite navigation, raconte Anne Le Strat. Alors, le premier été, je suis venue à Keroman chercher un embarquement de matelot ». Ce sera l’Atout, puis La Fleur des Vagues, puis la Gâvraise… « J’ai pris le virus de la pêche », sourit-elle. Anne Le Strat est endurante ; elle apprend sur le tas. Pendant huit ans et demi, elle va naviguer à la quinzaine. Exigeant mais formateur reconnaît-elle, « j’ai fait tous les postes ». Dans ce monde d’hommes, la jeune femme discrète et déterminée s’est fait sa place. La mer dans le sang, malgré les accidents. « Homme ou femme, peu importe. Ce qui compte, c’est de faire correctement son travail. Et d’aimer son métier », explique la seule femme patron-pêcheur de Keroman aujourd’hui. « On est marin d’abord ».

Un bateau et des quotas

C’est à la naissance de sa fille, il y a quatre ans, qu’Anne Le Strat revient à terre. Et à son premier métier, l’ostréiculture. « Au moins j’avais des horaires plus "terriens" ». Sauf que la pêche lui manque. Et lorsque sa fille entre à l’école, la jeune femme se met en tête de reprendre la mer, à la barre de son propre bateau. Il a fallu un an et demi à l’énergique jeune femme de 36 ans pour trouver son outil de travail. « Il fallait non seulement un bateau mais aussi des quotas, notamment de sole », explique Anne Le Strat. Ce sera finalement un fileyeur polyester de 11,98 m, trouvé à Doëlan et construit en 1983. Et c’est l’organisation de producteurs de La Cotinière (Oléron) qui lui alloue le quota de sole et de lieu jaune dont elle a besoin.

Un bateau qu’elle baptise Ch’ti Breizh. « Parce que mon compagnon, Didier, ancien patron-pêcheur de Keroman, est originaire de Boulogne-sur-Mer. Et parce que je suis bretonne », sourit Anne Le Strat. Acheté en octobre 2018, le fileyeur devait faire ses premières marées après un chantier de trois mois. Mais ce n’est finalement que depuis fin mars qu’Anne Le Strat et ses deux matelots ont pu mettre cap sur la sole. Le Ch’ti Breizh et sa patronne ont trouvé une place au quai des fileyeurs à Keroman. De janvier à mars, ils ciblent la sole ; le reste de l'année, du lieu jaune, du rouget, de la dorade…

Un article de Claire Marion de la rédaction du Télégramme

 

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