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Antarctique : l’Astrolabe doit passer en cale sèche, les Australiens à la rescousse

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Antarctique : l’Astrolabe doit passer en cale sèche, les Australiens à la rescousse

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Suite aux problèmes techniques rencontrés par le nouveau patrouilleur et ravitailleur brise-glace français, l’Australian Antarctic Division a répondu à l’appel de l’Institut Polaire Paul Emile Victor (IPEV) pour trouver une alternative afin d’assurer le ravitaillement à court terme des bases scientifiques Dumont d’Urville et Concordia, situées en Antarctique. C’est en effet le début de l’été austral dans cette région, seule période (entre novembre et mars) où la banquise fond suffisamment pour permettre d’accéder par voie maritime à la Terre Adélie.

C’est le rôle de L’Astrolabe, qui depuis sa livraison en 2017 a assuré deux campagnes de ravitaillement des stations antarctiques depuis Hobart, en Tasmanie. C’est là qu’il se trouve et qu’au moment de débuter sa troisième saison au profit de la logistique polaire, le navire, qui était attendu le 22 novembre à Dumont d’Urville, a été contraint de rester à quai. En cause, un problème sur ses lignes d’arbres. A l’issue de plusieurs plongées menées depuis lundi, la Marine nationale, qui arme le bateau et en gère l'entretien, a décidé qu’il ne pouvait assurer sa mission en l’état et devait passer en cale sèche. Selon les informations que nous avons obtenues auprès de l’état-major, l’Astrolabe devrait quitter Hobart le 1er décembre et, après cinq jours de transit, arriver dans le port australien de Perth. Il devrait entrer en cale sèche le 9 décembre. Il faudra alors vérifier l’étendue de l’avarie, effectuer les travaux et mener des essais. Un retour en service est espéré le 17 décembre, mais la plus grande prudence est de mise.

Cela fait un mois de perdu pour l’IPEV qui, soumis à un planning extrêmement contraint, ne peut évidemment se permettre de miser sur la chance et un calendrier potentiellement soumis à des aléas. Les enjeux humains et scientifiques sont trop importants.

Après avoir appris il y a une semaine les problèmes techniques de l’Astrolabe, l’Institut en a donc appelé à la communauté polaire internationale pour chercher des solutions alternatives. Suite à cet appel, le directeur de l’Australian Antarctic Division a proposé son soutien, soulignant le fait que l'Australie entretient une collaboration très étroite avec l’Institut polaire français. « Il existe un bel esprit de coopération et de soutien entre les nations travaillant en Antarctique et nous sommes très heureux de pouvoir aider nos collègues français », a dit Kim Ellis. Du côté de l’IPEV, cette aide constitue un grand soulagement, comme l’explique son directeur Jérôme Chappellaz : « la logistique antarctique australienne sauve à très court terme notre campagne sur le terrain. Sans le soutien de l'AAD, l’entretien et le ravitaillement de nos stations de recherche et la conduite des projets scientifiques français auraient été compromis ».

Concrètement, l’AAD va mettre à disposition début décembre l’Aurora Australis, ravitailleur brise-glace de 95 mètres du groupe P&O Maritime Services opérationnel depuis 1990 et affrété pour le soutien des trois bases australiennes permanentes en Antarctique et de la station de recherche de l’île Macquarie. Une unité neuve nettement plus grande, le Nuyina (construit par Damen), va d'ailleurs bientôt lui succéder.

 

Vidéo du navire australien Aurora Australis 

 

Grâce au soutien de l’Aurora Australis, l’IPEV souhaite « sécuriser en priorité son personnel sur place en assurant la livraison du fret, du carburant, de la nourriture et des équipements essentiels ainsi que le remplacement de l'équipe pour la prochaine saison hivernale ».

Actuellement en route pour Hobart, le navire australien est attendu avant la fin de ce mois et repartira début décembre après avoir chargé le fret, environ 250 m3 de carburant et les passagers que devait convoyer l’Astrolabe. Après un passage sur l’île Macquarie, l’Aurora Australis les déposera à Dumont d'Urville. Il retournera ensuite à Hobart pour poursuivre le voyage de ravitaillement initialement prévu à la station de recherche Casey fin décembre. « Enfin, pour les passagers français, le soutien australien par voie aérienne avec leur Airbus A319 déjà prévu dans le cadre des accords d'échange avec l’AAD se verra probablement accru, avec une augmentation du nombre de ces passagers. Une fois les priorités en matière de sécurité établies, l'Institut polaire français s'efforcera d'organiser la suite de la campagne et d'assurer le déploiement du plus grand nombre possible de projets scientifiques », explique l’IPEV.

Alors que cette aide impose aux Australiens de modifier leur calendrier d’expédition, l’IPEV et l’AAD oeuvrant à limiter au maximum les impacts, l’Institut français se félicite du soutien et des liens très étroits qui le lient à ses homologues : « Cette gestion de crise impliquant l’Australie et la France illustre à merveille la solidarité prévalant entre opérateurs polaires, reflétant parfaitement l’esprit du Traité sur l’Antarctique ayant consacré ce continent à la paix et à la science. De la même manière, l’Institut polaire français continuera à répondre de la meilleure façon qu’il soit à toute demande d’assistance provenant de l’Australie ou d’une autre nation investie dans les recherches sur le grand continent blanc ».

Tout le monde espère désormais que l’Astrolabe puisse reprendre du service rapidement. Ce navire de 72 mètres, conçu pour la navigation dans les glaces et taillé au plus juste pour entrer dans le petit port de Dumont d’Urville, en Terre Adélie, est un bateau particulier puisqu’il a remplacé non seulement l’ancien navire de ravitaillement polaire du même nom employé par l’IPEV pendant 30 ans, mais aussi l’ex-patrouilleur austral Albatros de la Marine nationale.

Fruit d’un concept hybride imaginé par la société française Marine Assistance, avec le concours du bureau d’études finlandais Aker Arctic pour la partie glace, ce bateau a été construit par Piriou dans le cadre d’un programme impliquant trois acteurs français. D’abord l’administration des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), propriétaire du navire qu’elle a financé tout en assurant la maîtrise d’œuvre du projet, et le ministère des Armées via la Marine nationale, qui en assure l’armement et fournit donc les équipages, tout en prenant charge la maintenance du navire. Les militaires l’emploient 240 jours par an pour des missions de surveillance et de souveraineté dans les eaux françaises du sud de l’océan Indien et dans l’océan Austral. Le troisième acteur de ce partenariat est l’IPEV, en charge de la logistique des bases scientifiques polaires françaises et pour les besoins duquel L’Astrolabe est employé environ 120 jours par an. Le partenariat s’est fait via la création d’un groupement d’intérêt public (GIP) entre les TAAF et la Marine nationale et une convention entre la Marine nationale et l’Institut polaire français, qui est autorité d'emploi lors des missions vers l'Antarctique. Ce dernier verse aux TAAF un loyer annuel équivalent à la moitié du remboursement de l’emprunt contracté par la collectivité pour financer la construction du nouveau navire.

 

L'Astrolabe en Antarctique en 2018 (© : MARINE NATIONALE)

L'Astrolabe en Antarctique en 2018 (© : MARINE NATIONALE)

L'Astrolabe en Antarctique en 2017 (© : MARINE NATIONALE)

L'Astrolabe en Antarctique en 2017 (© : MARINE NATIONALE)

 

Selon les besoins et conditions d’accessibilité, quatre à cinq rotations maritimes doivent être conduites chaque saison entre Hobart et Dumont d’Urville. Il s’agit de ravitailler et d’assurer les relèves des personnels scientifiques de cette base française côtière historique, mais aussi de Concordia, implantation franco-italienne ouverte en 1997 au cœur de l’Antarctique, à un millier de kilomètres de là. L’IPEV la dessert en fret via un raid polaire terrestre qui, dans des conditions souvent extrêmes même pendant l’été austral, met 20 à 25 jours pour faire l’aller-retour avec Dumont d'Urville. Il existe également une liaison aérienne assurée par les Italiens qui affrètent pendant l’été austral des avions DHC-6 Twin Otter (environ 10 places) et Bassler BT-67 (un avion d'environ 18 places conçu sur la base du DC-3) auprès d'un prestataire canadien. Adaptés à un emploi dans cet environnement, ces appareils effectuent des trajets entre la station italienne Mario Zucchelli, Dumont d'Urville et Concordia. Ils sont essentiellement utilisés pour transporter du personnel, avec au passage un peu de petit matériel. A la fin de la saison, les avions ne restent pas en Antarctique mais repartent au Canada.

Pendant plus de six mois, d’avril à octobre, les bases sont complètement coupées du monde extérieur. Dumont d’Urville peut accueillir jusqu’à une centaine de personnes pendant l’été austral et 25 à 35 hivernants. Permettant des hivernages depuis 2005, Concordia, opérée par l’IPEV et son homologue italien, le PNRA, accueille quant à elle 50 à 70 personnes en été et 13 à 15 en hiver.

- Voir notre article détaillé sur la logistique polaire 

 

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