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Après L’Adroit, le Camcopter S-100 va embarquer sur BPC

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Après L’Adroit, le Camcopter S-100 va embarquer sur BPC

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Dans le cadre de la préparation du futur programme SDAM (Système de drone aérien tactique pour la Marine), la flotte française va expérimenter à partir de 2017 son Camcopter S-100 à partir des bâtiments de projection et de commandement du type Mistral.

Pour mémoire, c’est en 2012 qu’un exemplaire du petit drone embarqué de la société autrichienne Schiebel a été acquis pour les besoins de la Marine nationale. Le Camcopter S-100 pèse 110 kilos à vide et affiche une masse maximale au décollage de 200 kilos. Il mesure 3 mètres de long pour 1 mètre de haut, son rotor ayant un diamètre de 3.4 mètres. Le drone est capable de voler pendant 4h30 environ (sans réservoir supplémentaire et avec une charge utile de 25kilos). Sa vitesse de croisière est de 55 nœuds (environ 100 km/h) et il peut atteindre 110 nœuds (environ 220 km/h).

 

Le Camcopter S-100 (© : MARINE NATIONALE)

Le Camcopter S-100 (© : MARINE NATIONALE)

 

SERVAL : Quatre ans d’expérimentations

Equipé d’un harpon pour faciliter les appontages sur des bâtiments dotés d’une grille sur leur plateforme hélicoptère, ce drone, qui embarque un système électro-optique, a réalisé entre 2012 et 2016 l’expérimentation SERVAL (Système Embarqué de Reconnaissance Vecteur Aérien Léger). Elle visait notamment à préciser le concept d’emploi d’un système de drone aérien de type VTOL (Vertical Take off and landing) en complément ou non d’un hélicoptère embarqué dans le cadre des missions de surveillance maritime, de reconnaissance et renseignement, et d’appui aux opérations tactiques. Il s’agissait aussi d’appréhender les exigences de l'intégration physique comme fonctionnelle d’un tel engin sur un bâtiment, là encore en complément ou non d’un hélicoptère.

 

Le Camcopter S-100 sur L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

Le Camcopter S-100 sur L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

 

Les marins ont, dans le même temps, pu définir les processus de maintenance et de mise en œuvre en toute sécurité d’un système de ce type et cerner les cursus de formations des opérateurs et des techniciens de maintenance. SERVAL a été piloté par le Centre d’expérimentations pratiques et de réception de l’aéronautique navale (CEPA/10S). « Le retour d’expérience de l’expérimentation SERVAL est positif car elle a permis d’identifier les contraintes d’intégration physique et les solutions associées, grâce au cumul de jours de mer et d’heures de vols effectués. Elle a aussi été l’occasion de mettre en œuvre le drone aérien lors d’exercices et d’opérations pour accumuler une expérience technique et opérationnelle conséquente », explique-t-on à l’état-major de la Marine nationale.

 

L'Adroit lors de ses premiers essais avec le Camcopter S-100 (© : SCHIEBEL)

L'Adroit lors de ses premiers essais avec le Camcopter S-100 (© : SCHIEBEL)

 

Des missions très variées

Cette première phase a été menée à partir du patrouilleur de haute mer L’Adroit, prototype de la nouvelle gamme d’OPV développée par DCNS. Réalisé sur fonds propres par le groupe naval, le bâtiment est depuis octobre 2011 mis à disposition de la flotte française et sera restitué à son propriétaire ce mois-ci. Pendant plus de quatre ans, le Camcopter S-100 (en fait deux machines successivement, la première ayant été accidentellement perdue au large des côtes africaines en août 2012) a été expérimenté à bord du PHM et utilisé pour différentes missions, comme la surveillance maritime, la police des pêches, la lutte contre la piraterie ou encore l’immigration clandestine. Agissant comme un capteur déporté, l’engin s’est révélé très utile pour étendre à moindre coût la zone de surveillance du bâtiment porteur, identifier des bateaux hors de vue du patrouilleur et établir une situation grâce à la transmission en temps réel des images recueillies.

 

Chaland mis en oeuvre depuis un BPC (© : MARINE NATIONALE)

Chaland mis en oeuvre depuis un BPC (© : MARINE NATIONALE)

 

Un outil intéressant pour les opérations amphibies

A partir de 2017, c’est donc au profit des opérations amphibies que le drone sera expérimenté. Il peut en effet, pour ce type d’opérations, avoir de multiples usages. D’abord en haute mer, pour contribuer à établir une situation maritime autour du BPC, dans la phase d’approche de la côte pour repérer de petits bateaux potentiellement hostiles, juste avant un débarquement afin de réaliser des reconnaissances et préparer l’arrivée des unités projetées, et enfin après le débarquement pour participer aux opérations aéroterrestres en soutien des troupes au sol.

 

(© : MARINE NATIONALE)

(© : MARINE NATIONALE)

 

L’emploi d’un drone à partir des BPC est d’autant plus intéressant qu’en plus des opérations amphibies et aéromobiles, ces bâtiments, extrêmement polyvalents, naviguent beaucoup et réalisent des missions très variées, au travers par exemple des déploiements Corymbe ou Jeanne d’Arc. De fait, ils participent à la surveillance des espaces maritimes et, en fonction des situations, peuvent être engagés dans un large panel d’opérations, y compris, comme cela s’est déjà produit, pour une assistance humanitaire, une évacuation de ressortissants ou encore l’interception de trafiquants de drogue.

 

Les BPC Mistral et Tonnerre (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Les BPC Mistral et Tonnerre (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Intégration progressive avec un système modulaire

L’intégration du Camcopter S-100 sur BPC sera réalisée progressivement. Les marins vont d’abord s’occuper de son intégration physique, en gérant par exemple les problématiques de compatibilité électromagnétique. Dans un premier temps, le drone devrait être déployé avec un shelter de manière à disposer d’un système modulaire autonome pouvant passer, très rapidement, d’un BPC à l’autre suivant les besoins.

Il faudra ensuite mener à bien l’intégration fonctionnelle, en particulier le partage des informations recueillies par le drone avec le système de combat des BPC. L’objectif est non seulement de permettre à l’équipage ou l’état-major embarqué de voir en temps réel les images du drone, mais également de pouvoir transmettre celles-ci, par liaisons satellitaires, vers les centres de décision terrestres. Il s’agit en effet de permettre aux chefs militaires et autorités politiques d’avoir un maximum de renseignements et présenter par l’image la situation sur le terrain.  

 

 

Le SDAM attendu à partir de 2023

Cette nouvelle phase d’expérimentation, qui sera peut-être suivie d’une étape supplémentaire avec l’embarquement du Camcopter S-100 sur frégate, devrait permettre à la marine française de déclarer une première capacité opérationnelle intérimaire pour l’emploi d’un drone embarqué. Là encore, il est question de préparer et « dérisquer » le SDAM, tout en commençant à utiliser le drone en opérations.

Le futur programme de drones VTOL de la marine, qui doit être lancé au cours de la prochaine loi de programmation militaire, devrait voir le jour en 2023. D’ici là, la Marine nationale a choisi d’adopter « une démarche en évolution permanente pour prendre en compte l’avancée et la maîtrise des technologies et les retours d’expérience ». Les marins peuvent ainsi définir leurs besoins, les confronter à la réalité grâce aux expérimentations et, de là, sauront quel type de machine convient le mieux. D’ores et déjà, on sait que les futurs drones de l’aéronautique navale seront plus lourds que le Camcopter S-100, afin d’offrir des capacités d’emport supérieures, augmenter l’endurance et faciliter leur mise en œuvre sur des plateformes en mer, y compris par mauvais temps.  

Multi-capteurs (radar, EO/IR, AIS) et pouvant potentiellement emporter ultérieurement des effecteurs, les futurs drones auront pour mission principale la détection, l’identification et l’observation en zone d’intervention. Ils viendront en complément des moyens pilotés de la Marine nationale, qui eux restent privilégiés pour les interventions dites à forte valeur ajoutée. « Les drones apportent donc un outil aéronautique redondant, à moindre coût et encombrement. Ils permettent ainsi de renforcer la cohérence entre la  surveillance (à la permanence de laquelle ils participent et ce au-delà de la portée des capteurs des bâtiments) et l’action (réservée aux moyens pilotés). Le bâtiment porteur reste ainsi plus éloigné de la menace et le personnel est préservé ». 

 

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