Croisières et Voyages
Aranui 5 : Un nouveau cargo-mixte pour la Polynésie française

Reportage

Aranui 5 : Un nouveau cargo-mixte pour la Polynésie française

Croisières et Voyages

Arrivé à Papeete le mois précédent, l’Aranui 5 est en service depuis la fin décembre. Convoyé par le commandant Vatea Sitjar depuis le chantier chinois Hunghai, le nouveau cargo-mixte de la Compagnie Polynésienne de Transport Maritime (CPTM) est le premier navire à passagers français réalisé en Chine, d’où sont sortis extrêmement peu de bateaux battant pavillon tricolore, à l’exception du roulier Ville de Bordeaux, armé depuis 2005 par Louis Dreyfus Armateurs pour le compte d’Airbus.

Une première en Chine

Pour construire son nouveau navire, l'armateur a lancé un appel d'offres auprès une quinzaine de chantiers navals, dont 12 non-asiatiques. La plupart proposaient un bateau entre 50 et 80 millions d'euros alors que le devis du chantier chinois n'était qu'à 39 millions d'euros. « Ce qui nous a convaincus, c'est que ce chantier avait fait une série de ferries, il avait de l'expérience en transport de passagers même si le ferry reste différent de la croisière », explique Phlippe Wong, président de la CPTM, qui souligne qu'il s'agissait pour Hunghai d'un projet très important : « S'ils arrivaient à construire ce bateau là avec succès ils pouvaient espérer avoir d'autres commandes pour les navires à passagers ». 

 

L'Aranui 5 (© CPTM)

L'Aranui 5 (© CPTM)

 

Des capacités augmentées

L’Aranui 5 remplace l'Aranui 3, mis en service en 2003 dans les eaux polynésiennes. Long de 126 mètres pour une largeur de 22.4 mètres et un tirant d’eau de 5.2 mètres, le nouveau navire, armé par 100 membres d’équipage, tous français, compte 110 cabines et suites. Il peut accueillir 266 croisiéristes et 46 passagers pour le transport inter-îles. Avec l'Aranui 5, dont le port en lourd atteint 3200 tonnes, la capacité de transport de marchandises a augmenté de 30 %, passant à 166 EVP (équivalent vingt pieds, taille standard du conteneur), dont 40 prises pour les conteneurs réfrigérés. Il peut également transporter jusqu'à 700 m3 de gasoil. Le fret est embarqué et débarqué à quai ou au mouillage via des chalands, le navire étant équipé pour la manutention de deux grues d'une capacité de 35 tonnes. 

 

L'Aranui 5 à Ua Pou (© NOEMIE DEBOT-DUCLOYER)

L'Aranui 5 à Ua Pou (© NOEMIE DEBOT-DUCLOYER)

 

Des manoeuvres délicates dans les îles

Comme ses prédécesseurs, le navire effectue des rotations sur les différentes îles de l'archipel des Marquises, des Tuamotu (Takapoto et Rangiroa) et des îles de la Société (Bora-Bora et Tahiti). « Jusqu'à ce que nous arrivions aux Marquises, on ne pouvait pas savoir comment se comporterait vraiment le bateau », confie le commandant Vatea Sitjar. En effet, certaines manœuvres sont particulièrement délicates dans cet archipel car les baies sont souvent très étroites et peu profondes. Et il faut y accéder sans pilote ni possibilité de remorquage. Ce qui a été pris en compte pour la construction du nouveau navire puisque son tirant d’eau de 5.2 mètres a été réduit de 50 cm par rapport à l’Aranui 3.

 

Le commandant Vatea Sitjar (© NOEMIE DEBOT-DUCLOYER)

Le commandant Vatea Sitjar (© NOEMIE DEBOT-DUCLOYER)

 

Un navire construit selon les normes SRTP

La propulsion du navire est assurée par deux moteurs MAK 8M32 de 4000 kW sur deux lignes d’arbres, auxquels s'ajoute un propulseur d’étrave de 400 kW. Comme tous les navires de croisière, depuis l’entrée en vigueur de nouvelles normes de sécurité le 1er juillet 2010, il a été construit selon les normes Safe Return to Port (SRTP), qui prévoient la possibilité de retour au port même en cas d'avarie majeure, en sécurité et avec un confort correct pour les passagers. Sur l'Aranui 5, cela s'est traduit par la construction d'une seconde passerelle distincte appelée back up bridge, dont le navire est l'un des premiers équipés. Isolée contre le feu, elle dispose ou a accès à différents équipements : ECDIS, radar, téléphone, téléphone auto-générateur et indicateurs de cap. Une centrale incendie permet également de contrôler les sprinklers et la pompe à incendie.

 

La passerelle de l'Aranui 5 (© NOEMIE DEBOT-DUCLOYER)

La passerelle de l'Aranui 5 (© NOEMIE DEBOT-DUCLOYER)

La passerelle de l'Aranui 5 (© NOEMIE DEBOT-DUCLOYER)

La passerelle de l'Aranui 5 (© NOEMIE DEBOT-DUCLOYER)

 

Cloisonnement et redondance

Le cloisonnement étanche découle également des normes SRTP. Ainsi, le navire compte trois parties distinctes : il est divisé en deux dans le sens transversal avec la partie avant réservée au fret et la partie arrière aux passagers. La partie arrière située sous le pont principal, comprenant la salle des machines, est séparée en deux le sens longitudinal. Tous les équipements sont doublés : deux tableaux électriques principaux, deux lignes d'arbres, deux centrales de climatisation, deux osmoseurs, deux systèmes de gestion des eaux grises et noires, deux locaux barre et deux installations fixes incendie se trouvent à bâbord et tribord. Les mécaniciens travaillent sur les deux bords à chaque fois. « Ce qui donne plus de travail au niveau de la maintenance mais permet de pallier aux urgences plus facilement si un équipement tombe en panne », explique Thomas Dubes, le chef mécanicien d'armement.

 

Le PC Propulsion de l'Aranui 5 (© NOEMIE DEBOT-DUCLOYER)

Le PC Propulsion de l'Aranui 5 (© NOEMIE DEBOT-DUCLOYER)

 

Un lieutenant environnement à bord

L’Aranui 5 est, par ailleurs, équipé d’une mini-centrale de traitement des déchets avec un compacteur, un incinérateur et un système de concassage du verre. Il possède également un système de traitement des eaux de ballast par membranes. Un procédé qui s'est avéré efficace quand le navire a quitté son chantier chinois pour se rendre en Polynésie. Pour gérer le tri des déchets et le lavage des ballasts, un poste de lieutenant environnement a été créé. 

 

Croisiéristes sur l'Aranui 3 (© CPTM)

Croisiéristes sur l'Aranui 3 (© CPTM)

 

Développer l’activité croisière

L’Aranui 5 réalise des rotations de deux semaines à travers les archipels de la Société, des Tuamotu et des Marquises. Sur ce circuit, il remplace donc son aîné, l’Aranui 3, qui va être vendu. Construit par le chantier roumain Severnav, ce navire de 117 mètres de long n’a que 15 ans, ce qui n’est normalement pas un âge pour être remplacé. CPTM a décidé d'assurer dès aujourd'hui sa succession pour plusieurs raisons. Il s’agit notamment de disposer d’un bateau techniquement mieux adapté au service, offrant des capacités accrues et, dans le même temps, adapté au développement de l’activité croisière. « Nous avons une forte demande, notamment sur les suites et les cabines deluxe, dotées d’un balcon et d’un grand lit double. Or, sur l’Aranui 3, les deux tiers des cabines étaient standards. L’Aranui 5 a donc une capacité supérieure d’un tiers et est doté de 45% de cabines avec balcon en plus », souligne Philippe Wong.

 

Suite Royale sur l'Aranui 5 (© CPTM)

Suite Royale sur l'Aranui 5 (© CPTM)

 

Des nouveaux standards de cabines

Plus grand, le nouveau navire voit donc 61 de ses 110 cabines dotées d’un balcon. Alors que des cabines et dortoirs de 4 à 8 personnes sont prévus pour les passagers locaux, qui réalisent de courts transits entre les îles, les passagers bénéficient de cabines particulièrement confortables et pour la plupart spacieuses.  Les surfaces vont en effet de 12 m² (standard A, dont deux cabines individuelles) à 42 m² pour la suite présidentielle, en passant par des suites de 22 à 30 m², avec des balcons de 4.5 à 13.5 m². A noter la présence de trois cabines pour les personnes à mobilité réduite et de cabines familiales avec un grand lit double et deux lits superposés.

 

Animation en soirée sur la plage arrière de l'Aranui 5 (© CPTM)

Animation en soirée sur la plage arrière de l'Aranui 5 (© CPTM)

 

Tout le confort d’un paquebot

Offrant une architecture plus moderne que son prédécesseur, avec une moitié arrière très clairement inspirée des designs de paquebots, l’Aranui 5 bénéficie également de standards plus élevés en matière d’espaces passagers. Les croisiéristes disposent d’un restaurant (252 places), de quatre bars, dont un sur le pont extérieur à l’arrière, constitué d'un grand sun deck avec une piscine. Il y a également à bord une boutique, une bibliothèque, deux salles de conférence, un petit centre de bien-être et une salle de sport. En somme, tout le confort d’un navire de croisière d'aujourd'hui.

 

La réception de l'Aranui 5 (© CPTM)

La réception de l'Aranui 5 (© CPTM)

 

Une manière originale de découvrir des îles de rêve

Il faut dire que la compagnie remporte un vif succès, notamment auprès de la clientèle américaine, désireuse de découvrir les archipels de rêve de la Polynésie française d’une manière originale. Alors que les grands paquebots sillonnant la région ne peuvent s’arrêter dans les petites îles, où qu’il y a foule dès qu’un navire déverse ses centaines, voire ses milliers de passagers, Aranui, qui signifie « Le grand chemin » en Maori, offre une découverte beaucoup plus intime et personnelle des paysages et de la culture locale.

 

Les Marquises (© CPTM)

Les Marquises (© CPTM)

 

Avec une approche « saut de puce » qui présente dans cette région un intérêt certain. « Nous réalisons en moyenne deux escales par jour, d’environ 4 heures chacune. Cela fait une baie le matin et l’autre l’après-midi, ce qui permet aux passagers de découvrir plusieurs facettes des différentes îles. Ce mode de croisière en cabotage est très apprécié car il est intimiste et plus immersif, surtout que nous proposons des formules tout inclus avec les excursions à terre  », souligne Philippe Wong. Avec comme cadre un itinéraire fabuleux comprenant sur deux semaines la découverte de trois archipels et, avant de revenir à Tahiti, une escale dans la célèbre île de Bora Bora.  

 

Bora Bora (© TAHITI TOURISME)

Bora Bora (© TAHITI TOURISME)

(© TAHITI TOURISME)

(© TAHITI TOURISME)

 

Une aventure qui remonte à 1959

Des merveilles vers lesquelles l’Aranui 5 emmène désormais ses passagers chaque mois. Pour mémoire, ce navire est le quatrième de la compagnie, qui a débuté son activité en 1959 avec l’Aranui 1, racheté à un armateur néo-zélandais. De nombreuses îles polynésiennes étaient alors presque coupées du monde, certaines restant aujourd’hui très isolées. Dans cette perspective, l’Aranui 1 servait de lien indispensable pour les archipels, permettant le transport de fret et de passagers, tout en soutenant le développement du commerce local. C’est en 1984, au moment où la croisière prenait son essor aux Etats-Unis, que la CPTM a transformé son bateau en navire mixte, avant de décider en 1990 d’acquérir une unité plus grande. Ce fut l’Aranui 2, ancien fréteur exploité en Baltique et modifié en Allemagne avant de rejoindre la Polynésie. Il n’y naviguera qu’une douzaine d’années car il devint trop petit face au développement du transport de fret et du nombre de passagers accueillis à bord.

 

L'Aranui 3 (© CPTM)

L'Aranui 3 (© CPTM)

L'Aranui 3 (© CPTM)

L'Aranui 3 (© CPTM)

 

L’armateur polynésien décida alors de construire son premier navire neuf, l'Aranui 3, spécialement conçu pour servir à la fois de cargo et de bateau de croisière. Ses capacités étant à leur tour devenues insuffisantes, la construction d’un successeur plus grand et mieux adapté à la clientèle croisière a été lancée en 2014. Un investissement de 39 millions d'euros pour un bateau qui, logiquement, aurait du s’appeler Aranui 4. Cela étant, puisque ce chiffre ne porte pas bonheur dans la culture chinois et que dans le monde maritime on est toujours un peu superstitieux, il a été jugé préférable de passer directement au numéro 5… 

 

L'Aranui 3 et l'Aranui 5 (© CPTM)

L'Aranui 3 et l'Aranui 5 (© CPTM)