Marine Marchande

Reportage

ASN : Plongée dans le monde des câbles sous-marins

Marine Marchande

A Calais, il y a un autre tunnel. Celui-là ne va pas en Angleterre. Il relie le port à l’usine d’Alcatel Submarine Networks. « Cela fait 120 ans que l’on construit des câbles sous-marins à Calais et le site fait partie des plus grands au monde », dit, avec une pointe de fierté, Patricia Boulanger, la directrice de l’usine. ASN, longtemps propriété du groupe Alcatel puis Alcatel Lucent, appartient désormais au Finlandais Nokia.

Par ce fameux tunnel a transité la plus grande partie des 600.000 km de câbles produits par l’usine. Au bout se trouve le quai où vient s’amarrer la flotte de câbliers, possédée par ASN et opérée par Louis Dreyfus Armateurs (LDA). « Nous en avons six, trois dédiés à la pose (les Ile de Sein, Ile de Batz, Ile de Bréhat) et trois pour l’entretien des câbles (les Peter Faber, Lodbrog, Ile d’Aix). Nous en sommes très satisfaits comme de notre partenariat avec LDA. C’est une flotte adaptée à nos besoins et que nous faisons évoluer en permanence. En témoigne le récent projet de pose de câbles en Alaska pour lequel les équipes à terre et en mer ont trouvé des solutions techniques innovantes et originales qui répondaient aux problématiques très spécifiques de cette région ». 

Régulièrement, les navires de pose viennent charger plusieurs centaines de kilomètres de câbles calaisiens dans leurs cuves. « C’est sûr que les chiffres sont impressionnants. Chaque année, nous utilisons, par exemple, l’équivalent de deux tours Eiffel en quantité d’acier rien que pour l’armure qui protège la fibre optique de nos câbles ».

 

L'entrée du tunnel qui relie l'usine ASN au port de Calais (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le câblier Ile de Bréhat, spécialisé dans la pose des câbles (© MICHEL FLOCH)

Le Peter Faber, dédié à l'entretien (© MICHEL FLOCH)

La fibre optique : 250 microns de diamètre pour un concentré de technologie de pointe hautement stratégique. Tous les océans du globe sont désormais traversés par ces fibres qui relient les continents et qui permettent de transmettre, toujours plus vite, les données. Pendant longtemps pré-carré des grands opérateurs télécoms, les nouveaux clients de la fibre sont désormais les sociétés « Over the Top », celles qui utilisent le web pour proposer des services. Au premier rang desquels, les fameux GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) qui commencent à déployer leur propre réseau de câbles entre les continents pour aller toujours plus vite. Alors à Calais, on ne chôme pas. Ici on fait tout, en collaboration avec le site ASN de Greenwich, en Angleterre, qui fournit des équipements comme les répéteurs le long du câble ou encore les unités de branchement.

 

La fibre optique mesure 250 microns de diamètre (© ALCATEL SUBMARINE NETWORKS)

 

« Il faut bien imaginer qu’aucun câble, aucun réseau ne se ressemble. Tout simplement parce qu’aucun fond marin n’est le même. Alors, avant toute chose, pour pouvoir construire un câble, il faut que nous puissions cartographier là où il va passer ». C’est un navire de survey qui va recueillir des données portant sur la profondeur, le type de fond, la température… « En fonction de ces résultats et des demandes de notre client, nous allons ensuite établir le design du réseau, choisir le type de câble et établir les permis d’atterrissement pour la connexion avec le réseau terrestre ».

Selon les contraintes auxquelles le câble va être exposé, il sera plus ou moins armé. « L’idée, c’est de protéger au mieux la fibre qui est fragile. Avant toute chose, nous commençons par la colorer pour bien l’identifier dans le faisceau en cas de besoin de réparation. Ensuite, nous l’insérons dans un tube en inox contenant un produit bloquant l’hydrogène qui détériore très vite la fibre ». Vient ensuite une couche d’armure en acier plus ou moins épaisse, visant à protéger la fibre de la pression qui augmente avec la profondeur. L’ensemble est inséré dans un tube en cuivre, qui conduit l’électricité et une enveloppe isolante. « Il y a plusieurs types de protections externes en fonction de ce à quoi le câble va être confronté ».

 

Colorisation des fibres (© ASN)

Coupe d'un câble où l'on distingue les différentes couches et armures de protection (© ASN)

La protection du câble est adaptée au type de fond marin (© ASN)

 

Une fois cette étape réalisée, le câble est assemblé en grandes longueurs et raccordé aux répéteurs. Il est ensuite stocké dans des cuves en attente de son chargement. « C’est du sur-mesure et de l’orfèvrerie. Il faut être d’une précision sans faille pour relier les fibres entre elles et pour s’assurer de leur protection maximale ». Une fois le câble posé par le navire, le réseau est testé pour vérifier la propagation optimale du signal. « Après nous assurons également la maintenance des réseaux ainsi que leur mise à niveau ».

 

Assemblage des câbles (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Stockage en cuve (© ASN)

Pose de câble en mer (© ASN)

Mise à l'eau de la charrue qui va creuser la souille du câble (© ASN)

La charrue à l'oeuvre (© ASN)

Des répéteurs sont installés tout au long du câble (© ASN)

Atterrissement d'un câble (© ASN)

Atterrissement d'un câble (© ASN)

 

A Calais, où le site emploie environ 400 personnes, on est fier de ce savoir-faire. « C’est un métier particulier qui exige de la technicité à tous les niveaux, des opérateurs sur la ligne au département de R&D qui emploie 60 personnes ». Des métiers tellement particuliers qu’une école a été ouverte sur le site, « ce qui nous permet de bien maintenir notre ancrage local en continuant à employer et former des gens principalement de la région mais pas uniquement ».

Si le marché est, malgré tout, cyclique et concurrentiel, ASN Calais a décroché des beaux contrats qui occupent le site en cette fin d’année. « Il y a le réseau BRUSA, 12.000 km de câbles entre le Brésil et les Etats-Unis qui vont être posés par l’Ile de Bréhat et l’Ile de Sein. Nous avons aussi ACE, entre l’Europe et l’Afrique du Sud ». L’Afrique est actuellement la région la plus active en termes de nouveaux projets, aux côtés de l’Asie et du Pacifique, avec notamment beaucoup de projets pour amener Internet dans les archipels reculés.

« Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux marchés, mais aussi de façon de faire évoluer notre métier et l’utilisation de nos savoir-faire ». Ainsi, à côté de son secteur traditionnel de câble, ASN s’intéresse également à des marchés pointus de l’offshore. « Nous avons déjà raccordé plusieurs plateformes pétrolières et nous avons pu découvrir ces entreprises et leurs besoins ». Les ingénieurs d’ASN ont alors imaginé utiliser leur savoir-faire pour proposer des services spécifiques aux groupes pétroliers. « En 2014, nous avons racheté la société norvégienne Optoplan, spécialisée dans les capteurs et le suivi 4D de permanent reservoir monitoring ». En plaçant des capteurs acoustiques sur les poches d’hydrocarbures, le suivi de l’évolution de son exploitation peut être réalisé en temps réel.

 

Câbles sous-marins Louis Dreyfus Armateurs Alcatel-Lucent