Marine Marchande
Assistance aux navires : Les remorqueurs français sont-ils suffisants ?

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Assistance aux navires : Les remorqueurs français sont-ils suffisants ?

Marine Marchande

Malgré l'arrivée à Brest et Cherbourg, en 2005, des nouveaux remorqueurs Abeille Bourbon et Abeille Liberté, les autorités françaises ont lancé des réflexions en vue de faire évoluer leurs moyens de sauvetage des navires en difficulté. Face à la mise en service de navires marchands toujours plus gros, la flotte de remorqueurs affrétée par la Marine nationale, même si elle a été récemment renouvelée, apparaît pour certains un peu juste. Ainsi, en janvier 2007, le MSC Napoli était abandonné par son équipage au large d'Ouessant, suite à une avarie. Ce porte-conteneurs, long de 275 mètres et chargé de 2400 boites, n'était pas un géant, si on le compare aux unités les plus grandes récemment livrées. Aujourd'hui, des navires de ce type, comme le tout nouveau CMA CGM Christophe Colomb (ainsi que les Emma Maersk et MSC Daniela) dépassent, en effet, 360 mètres de long et embarquent plus de 13.000 EVP (Equivalent Vingt Pieds, taille standard du conteneur). Or, pour le sauvetage d'un « simple » Napoli, la Marine nationale a été contrainte de faire intervenir ses deux remorqueurs les plus puissants. Le navire a pu être conduit à l'abri, dans la baie anglaise de Lyme, mais l'opération n'a pas été une sinécure.

« La situation n'est pas totalement satisfaisante »

A la lumière de ce sauvetage, qu'en serait-il si un mastodonte de 13.000 boites tombait en avarie de propulsion, par des conditions météorologiques difficiles, au large de la Bretagne ou en Manche ? « La décision de commander les nouveaux remorqueurs Abeille Bourbon et Abeille Liberté est antérieure à l'évènement du Napoli. C'est vrai qu'aujourd'hui, avec un porte-conteneurs de 13.000 boites, nous n'avons pas la certitude de pouvoir, par toutes conditions météorologiques, le tirer d'une telle situation avec deux de ces remorqueurs », reconnaît le préfet maritime de l'Atlantique dans une interview accordée à Mer et Marine (*). Pour le vice-amiral d'escadre Anne-François de Saint-Salvy : « Aujourd'hui, la situation n'est pas totalement satisfaisante et c'est pour cette raison que les pouvoirs publics, au sens du préfet maritime et de la Commission Européenne, réfléchissent et essayent d'imaginer des solutions pour faire face à ces situations ».

Eviter une course au gigantisme incontrôlable

La réflexion engagée sur la problématique du gigantisme va dans plusieurs directions. D'abord, au niveau de la Commission Européenne, certains prônent une régulation de l'augmentation de la taille des bateaux, une problématique qui touche par exemple les porte-conteneurs, mais aussi les navires à passagers. Ferries comme paquebots sont, eux aussi, de plus en plus gros. Ainsi, l'Oasis of the Seas, qui vient d'être livré, peut embarquer plus de 8400 passagers et membres d'équipage. En cas de sinistre majeur, comme pour les unités de commerce, une opération de sauvetage ne serait pas une mince affaire. Les autorités souhaitent, par conséquent, renforcer les discussions avec les compagnies et les chantiers. « Il faut travailler avec les constructeurs et les armateurs de ces navires, pour garantir qu'un certain nombre de dispositifs de sécurité permettront de gérer ces situations », explique le préfet maritime de l'Atlantique.

Plus de remorqueurs ?

Enfin, la circulation de bateaux géants étant déjà une réalité, la réflexion engagée porte aussi sur les moyens d'intervention. « Il faut regarder dans quel sens nous devons faire évoluer nos moyens de sauvetage pour avoir, le moment venu, la capacité de traiter ces navires. Il faudra, éventuellement, avoir plus de remorqueurs. Les remorqueurs actuels (Bourbon et Liberté, ndlr) sont déjà de forte puissance. En Manche, par exemple, nous avons un contrat partagé avec les Britanniques pour l'armement de l'Anglian Monarch. Cela fait déjà, avec les nôtres, trois unités. Mais c'est une piste d'essayer de disposer de plus de moyens à travers différentes solutions. Cela peut être, par exemple, un affrètement par l'agence européenne de sécurité maritime, ou des moyens nationaux. Mais pour des moyens nationaux, nous sommes un peu à la limite. Nous avons besoin de moyens au quotidien mais nous n'avons pas forcément la capacité financière et budgétaire d'avoir, en propre et en totalité, les moyens de faire face à la catastrophe la plus importante. La coopération internationale ou la mise en commun au niveau européen est donc une des possibilités pour répondre au défi ».
Aujourd'hui, la France dispose de quatre remorqueurs d'intervention, d'assistance et de sauvetage (RIAS), appartenant à BOURBON et affrétés par la Marine nationale. L'Abeille Bourbon et l'Abeille Liberté (80 mètres, 200 tonnes de traction au point fixe) sont basées à Brest et Cherbourg. L'Abeille Languedoc et l'Abeille Flandre (63 mètres, 160 tonnes de traction au point fixe) montent la garde depuis La Rochelle et Toulon.
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(*) Voir l'interview du VAE de Saint-Salvy

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