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Atlantique 2 : Un premier contrat de rénovation à 400 millions

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Atlantique 2 : Un premier contrat de rénovation à 400 millions

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Comme prévu, le programme de rénovation de 15 avions de patrouille maritime Atlantique 2, de la Marine nationale, a été notifié le 4 octobre par la Direction générale de l’armement. Dassault Aviation et Thales sont titulaires de ce marché en co-traitance. Avec un premier contrat de 400 millions d’euros, qui couvrira la phase de développement de l’ATL2 rénové et le chantier de modernisation du premier appareil (et peut-être un second), qui servira de prototype et sera livré en 2018. A partir du 3ème avion, c’est le Service industriel de l’aéronautique (SIAé) qui prendra la maîtrise d’œuvre du programme. Son site de Cuers-Pierrefeu, dans le Var, livrera trois avions par an, le 15ème et dernier ATL2 rénové devant être remis à la Marine nationale en 2023.

Des tranches optionnelles à affermir pour voir le projet aboutir

On notera cependant que, si le lancement de ce programme est une très bonne nouvelle, son aboutissement demeure conditionné par l’affermissement des différentes tranches optionnelles. Celles-ci seront notifiées au fur et à mesure de l’avancée des travaux, le coût global de l’opération devant logiquement atteindre, voire dépasser, les 700 millions d’euros. Comme pour d’autres équipements, si le projet de loi de programmation militaire (2014 – 2019) entérine la rénovation de 15 avions, dont 4 doivent être de retour en flottilles d’ici 2019, l’évolution des capacités budgétaires du pays demeure une épée de Damoclès. D’où, d’ailleurs, la fameuse « clause de revoyure » inscrite dans le projet de loi, qui doit permettre fin 2015/début 2016 de vérifier si les marges de manœuvre financières de l’Etat son bien en adéquation avec les moyens financiers requis pour mener à bien les programmes militaires prévus. Si ce n’est pas le cas, des coupes seront nécessaires. Un risque qui concerne tous les programmes, qu’ils soient destinés aux aviateurs, aux terriens et aux marins, avec pour ces derniers, notamment, la possibilité de voir les trois dernières frégates du type FREMM guillotinées sur l’hôtel des restrictions budgétaires.

Bien entendu, il ne sert à rien d’être fataliste et l’on peut espérer que, dans les deux prochaines années, l’économie reparte et les comptes publics se redressent. Mais il ne faut pas perdre de vue que, pour l’heure, au-delà de la première impulsion, au demeurant la plus difficile, le programme de rénovation des Atlantique 2 ne voit financés que ses études et au mieux deux avions, dont le prototype.

Un chantier de grande ampleur

Le coût élevé du chantier s’explique par l’ampleur et la complexité des travaux à réaliser. Il s’agit, en effet, de remettre à neuf le calculateur tactique et les moyens de détection (radar, optronique, acoustique) de l’Atlantique 2, afin de lui permettre de demeurer en service au-delà de 2030. Dassault Aviation sera responsable du développement du coeur système incluant le LOTI (Logiciel Opérationnel de Traitement de l’Information). Développé par DCNS, celui-ci permettra d’élaborer une situation d’ensemble à partir de différents senseurs et assurera la mise en oeuvre des armements, telles que les torpilles MU90 et les missiles Exocet AM39. On notera que ce système collaboratif permettra à plusieurs opérateurs d’interagir en même temps.

Pour en revenir à Dassault, l’avionneur sera également en charge de l’intégration globale de l’ensemble des sous-systèmes et transformera à cet effet l’appareil prototype pour réaliser les essais en vol. Thales, de son côté, développera le sous-système radar/Identification ami-ennemi (Identification Friend or Foe  - IFF) et le sous-système de traitement acoustique numérique de dernière génération (STAN). Le radar Search Master bénéficiera des technologies les plus récentes dérivées de celles utilisées sur Rafale. Le STAN, adapté à tous les types de bouées acoustiques existants et futurs connus, permettra de détecter les cibles sur un spectre élargi de fréquences et de contrer les nouvelles menaces.

En dehors du chantier des avions de série, le SIAé sera, quant à lui, en charge du développement des consoles de visualisation tactique rénovée.

« Pour l’industrie, ce programme permettra de maintenir les compétences dans les domaines clés (lutte sous la mer, acoustique nouvelle génération, radars de combat et de surveillance, architecture et intégration de systèmes complexes). Les activités de développement et de production bénéficieront à différents bassins d’emplois en France, pour les industriels concernés et les PME associées.  En ce qui concerne les capteurs, cette opération capitalisera sur les projets d’études amont (PEA) notifiés depuis plus de dix années par la DGA à Thales dans les domaines de la détection sous-marine et des radars de combat (filière Rafale RBE2-AESA) », soulignent Dassault Aviation et Thales.

Couteau suisse

Pour mémoire, 27 Atlantique 2 ont été livrés entre 1989 et 1997 afin de remplacer les anciens Atlantic. Aujourd’hui, seuls 22 avions demeurent en service, affectés aux flottilles 21F et 23F basées à Lann-Bihoué, près de Lorient. Conçus pour la lutte anti-sous-marine et antinavire, les ATL2 sont notamment chargés de la protection des approches maritimes et des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE). Egalement employés au profit du groupe aéronaval, ainsi que pour le sauvetage en mer, ces appareils sont par ailleurs très sollicités sur des théâtres d’opérations terrestres, notamment sur le continent africain, où ils effectuent des missions de renseignement et de détection d’objectifs, avec aussi la possibilité d’effectuer des bombardements grâce à l’emport de bombes GBU12. L'Atlantique 2 est, en somme, un couteau suisse pour l'Etat-major des armées. 

Le parc d'ATL2 de la Marine nationale sera donc réduit dans les prochaines années. En dehors des 15 appareils devant faire l'objet d'une rénovation, 4 avions seront affectés dès l'an prochain aux simples missions de surveillance maritime, complétant ainsi le parc de Falcon 50, qui va passer de 4 à 8 avions d'ici 2015. 

Marine nationale Aéronavale Dassault Aviation Thales Naval Group (ex-DCNS)