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Attentat de Karachi : Entre rumeurs et suspicions

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Attentat de Karachi : Entre rumeurs et suspicions

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Une certaine confusion règne depuis plusieurs jours autour de l'attentat de Karachi. Le 8 mai 2002, devant l'hôtel Sheraton du port pakistanais, une voiture piégée explosait, tuant 14 personnes, dont 11 ingénieurs et techniciens français. Douze autres personnes avaient été blessées. Les victimes, des personnels de la Direction des Constructions Navales (aujourd'hui DCNS), étaient détachés au Pakistan dans le cadre du contrat portant sur la réalisation, en transfert de technologie, de deux sous-marins du type Agosta 90B (la tête de série étant réalisée à Cherbourg).
Depuis 7 ans, les proches des victimes réclament que la lumière soit faite sur cet attentat. Jusqu'ici, la piste terroriste était avancée mais, jeudi dernier, les deux juges d'instruction en charge du dossier se sont rendus à Cherbourg. Marc Trévidic et Yves Jannier (membres de la 14ème section du parquet de Parquet de Paris, spécialisée dans les dossiers terroristes) auraient expliqué aux familles qu'une autre hypothèse, celle d'une action des services secrets pakistanais, pouvait être considérée comme sérieuse. Pour Olivier Morice, l'avocat des familles de victimes qui a rapporté l'entretien avec les magistrats : « la piste Al-Qaïda était un leurre». Les juges se baseraient sur une note interne de l'ex-DCN, baptisée « Nautilus », estimant que l'attentat de Karachi pourrait être une mesure de représailles des Pakistanais suite à la décision des Français de stopper le versement de commissions liées au contrat des sous-marins. Selon la note, Jacques Chirac, élu en 1995, aurait décidé de faire suspendre les versements après avoir découvert que des rétro-commissions auraient bénéficié à la campagne de son rival, Edouard Balladur.

Nicolas Sarkozy estime « grotesque » l'hypothèse des rétro-commissions

Nicolas Sarkozy, qui était à l'époque ministre du Budget, a jugé cette hypothèse « ridicule ». Selon le président de la République, interrogé vendredi sur le sujet : « C'est grotesque (...), qui peut croire une fable pareille ? ». Hier, c'était au tour du parquet de Paris, dans un communiqué, de mettre en doute la piste des représailles pakistanaises. Ce dernier, qui précise avoir remis Nautilus aux juges en octobre 2008, estime que « les investigations menées par les magistrats instructeurs n'ont pas apporté d'éléments objectifs relatifs à l'hypothèse développée dans cette note ». Alors qu'une autre théorie, liée cette fois à des représailles contre des actions de la DGSE, a elle aussi été évoquée ces derniers jours, les familles sont plus que jamais dans le doute et l'incompréhension. L'enquête semble d'autant plus difficile que le Pakistan reste un pays fragile, ayant connu récemment de nouveaux troubles intérieurs. Suite à l'attentat, les autorités locales avaient interpellé trois individus. Reconnus coupables, ils avaient été condamnés à mort en juin 2003. Mais la sentence n'a pas été appliquée et deux d'entre eux ont même été acquitté le 5 mai dernier. Examinant une nouvelle fois l'affaire, la Haute Cour de Karachi a, en effet, mis en doute les aveux qu'ils avaient formulés au moment de leur arrestation.

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