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Attentat du Rainbow Warrior: F. Mitterrand aurait donné son feu vert

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Attentat du Rainbow Warrior: F. Mitterrand aurait donné son feu vert

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Alors que Greenpeace célèbre le 20ème anniversaire du sabotage du navire et de la mort de l'un de ses militants, l'affaire connait un nouveau rebondissement. Le journal Le Monde publie des extraits d'un rapport de l'amiral Pierre Lacoste, ancien chef de la DGSE (Direction Générale des Services Extérieurs), mettant directement en cause le président.
Dans ce document manuscrit de 23 pages, daté du 8 avril 1986, l'amiral affirme que François Mitterrand lui a "donné son accord" pour mettre en oeuvre le "projet de neutralisation" du Rainbow Warrior. L'ancien patron des services secrets racconte ainsi son entrevue avec le chef de l'Etat, le 15 mai 1985: "J'ai demandé au président s'il m'autorisait à mettre en oeuvre le projet de neutralisation que j'avais étudié à la demande de M. Hernu (alors ministre de la défense. ndlr). Il m'a donné son accord en manifestant l'importance qu'il attachait aux essais nucléaires", écrit Pierre Lacoste avant d'ajouter: "Je ne suis pas entré dans un plus grand détail sur le projet, l'autorisation était suffisemment explicite. Je ne me serai pas lancé dans une telle opération sans l'aval personnel du président de la République".

"piloté" par Charles Hernu

Le 10 juillet 1985, deux charges font sauter le Rainbow Warrior dans le port néo-zélandais d'Auckland. Un photographe portugais, resté à bord, trouve la mort dans l'explosion. Deux jours plus tard, la police néo-zélandaise interpelle deux touristes suisses, les "faux époux Turenge", qui se révèleront être deux agents français, Alain Mafart et Dominique Prieur. Le 26 juillet, le fiasco semble inévitable. Alors que les "Turenge" sont inculpés de meurtre, La Nouvelle-Zélande délivre un mandat d'arrêt international contre les passagers du voilier Ouvéa qui a quitté le port d'Auckland la veille de l'attentat. A bord, les plaisanciers ne sont autres que des agents des services secrets français. Informé de la publication imminente d'articles de presse mettant en cause Paris, François Mitterrand demande à Laurent Fabius de mener une enquête rigoureuses. Face au premier-ministre, Charles Hernu nie toute implication dans le sabotage. Pourtant, selon le rapport de Pierre Lacoste, le ministre était bel et bien à l'origine de l'opération. Il l'avait rencontré à ce sujet en tête à tête le 6 mai 1985: "Loin d'être choqué par la perspective d'un sabotage à quai du navire, il a fait fi de mes réticences et m'a encouragé dans cette voie en me répétant qu'il s'agissait d'une affaire tout à fait essentielle pour notre politique de défense". Selon les extraits publiés ce weekend dans Le Monde, Charles Hernu se serait exprimé en ces termes: "On veut nous faire la guerre, nous sommes en guerre, il ne faut pas avoir de scrupules sur des sujets aussi vitaux, j'en assume complètement la responsabilité". Mais revenons à cet hallucinant été 1985.

Mensonges d'Etat

Le 26 août, dans un rapport, Bernard Tricot, conseiller d'Etat, met hors de cause la DGSE. Il juge toutefois possible d'avoir été induit en erreur par les militaires. Laurent Fabius a d'ailleurs des soupçons et réclame la vérité sur les plateaux de télévision. Le Monde fait finalement voler en éclat la thèse de la rue Saint-Dominique qui se basait sur l'impossibilité matérielle des faux époux Turenge et des agents de l'Ouvéa d'opérer contre le Rainbow Warrior. Le 17 septembre, le quotidien affirme que le sabotage a été perpétré par une troisième équipe. "Je veux savoir", lance François Mitterrand en conseil des ministres. Deux jours plus tard, il écrit à Matignon pour réclamer les changements qui s'imposent. L'amiral Lacoste est débarqué et Charles Hernu démissionne. Le ministre ne se remettra jamais de cette "mort politique". Réélu député du Rhône en 1988, il décède en 90 d'une crise cardiaque au cours d'un meeting à Villeurbanne. Sa responsabilité et surtout celle de la DGSE ne sera reconnue publiquement par Laurent Fabius que le 22 septembre 1985. Deux mois plus tard, Alain Mafart et Dominique Prieur sont condamné à 10 ans de prison pour homicide involontaire avant d'être finalement relachés par les autorités néo-zélandaises en 1987 et 1988.
Si tous ces faits sont désormais bien connus, depuis 20 ans, une zone d'ombre persistait sur l'implication de François Mitterrand dans le déclenchement de l'opération. Selon l'amiral Lacoste, la responsabilité de l'ancien président ne fait donc aucun doute. Si Pierre Lacoste dit lui même qu'il a été "laché par le gouvernement et le président (Le Monde)", il certifie toutefois que son rapport peut être certifié par des archives encore existantes à la DGSE. En revanche, il pense "que le premier ministre n'avait pas été mis au courant de l'opération avant son exécution".

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