Construction Navale
Chantier de Pors Moro : SNSM, extension, peinture et rénovations

Reportage

Chantier de Pors Moro : SNSM, extension, peinture et rénovations

Construction Navale

« Tu en penses quoi ? » Le patron du chantier de Pors Moro (Pont-l’Abbé, Finistère), Arnaud Pennarun examine la pièce qu’on lui tend, jette un œil aux soudures. Elle est destinée à recevoir une caméra thermique pour la vedette L'Hermine de la SNSM (Locmiquélic, Morbihan) afin de faciliter les recherches d’hommes à la mer. Il réfléchit une seconde, la rend à son interlocuteur. « Il faudrait mettre une jambe de force, un renfort, pour éviter qu’elle entre en vibration ».

Une longue histoire

Arnaud Pennarun a racheté en 2004 les anciens chantiers créés par Léon Gléhen. Fondés en 1947 à Saint-Guénolé, ils sont arrivés dix ans plus tard sur les quais de Pors Moro, à Pont-l’Abbé. Jusqu’en 1992, ils ont construit 238 bateaux de 12 et 58 mètres, essentiellement des chalutiers, indique Arnaud Pennarun. A l’époque, les bateaux étaient réalisés sous le hangar bordant la rivière. Des rails permettaient de les lancer. Dans l’alignement de cette nef, en amont, un hangar mitoyen servait pour la découpe. Et, à l’autre bout de la ligne, à l’extrémité de la cale, le chantier réalisait les finitions. Ainsi, trois bateaux pouvaient être construits simultanément. Passée à de la réparation pendant les années 1990, l’activité s’était définitivement arrêtée autour du changement de millénaire.

Dans les anciens chantiers Gléhen, les bateaux étaient construits en bordure de la rivière sur des rails. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Dans les anciens chantiers Gléhen, les bateaux étaient construits en bordure de la rivière sur des rails. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Les finitions étaient réalisés au bout de la cale. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Les finitions étaient réalisés au bout de la cale. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Arnaud Pennarun. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Arnaud Pennarun. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

Petit à petit, Arnaud Pennarun a ranimé l’activité en parallèle d’une autre entité à Lorient (chantier nautique de Keroman, avec lequel il a notamment réalisé la refonte des Pen Duick), et d’activités de maîtrise d’œuvre navale à l’étranger (pour régler des problèmes qualité ou technique après livraison de bateaux gris). Les vieux rails ont été enlevés et il a investi dans un nouvel outil de levage racheté aux chantiers de l’Atlantique. Avec ce système hydraulique il est possible de descendre dans la rivière et de lever les bateaux jusqu’à 110 tonnes. Plus pratique, il permet de manœuvrer. Un travel lift vient aussi aider le travail et il est envisagé de s’équiper d’un autre moyen de levage de 35 tonnes pour pouvoir sortir des unités plus petites sans bloquer l’outil.

 

L'outil de levage. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

L'outil de levage. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

Refontes de vedettes SNSM

Depuis 2018, le chantier enchaîne les refontes de vedettes de la SNSM (Doëlan, Quiberon, Lorient, les Sables-d’Olonnes, le Guilvinec…). Alors que beaucoup d’entre-elles arrivent à mi-vie, le pôle de soutien de la flotte de la SNSM, à Saint-Malo, croule sous le travail. Il en délègue une part à quelques chantiers capables de répondre à une demande complexe. « Ce qu’on nous impose, c’est de conserver les enveloppes, les coques, et de vérifier absolument tout, jusqu’à la structure du bateau. Au moindre doute, on fait une analyse poussée ». Radiographie, hygrométrie, voire carrotages, sont réalisés quand la situation l’exige.

Ainsi, deux vedettes de la SNSM, L’Hermine (SNS 252, 10.5 mètres de long pour 3.6 de large) et La Louve (SNS 151, 15 mètres de long, pour 4.60 de large, affectée au Conquet), sont actuellement en travaux dans le chantier bigouden. La première a besoin d’être améliorée. Elle a des difficultés pour déjauger, « on essaie de la ramener dans ses lignes », explique Arnaud Pennarun. « On modifie les systèmes de flap, on va aussi essayer de diminuer le pas des hélices pour augmenter le nombre de tours moteur et essayer de faire en sorte que le bateau sorte plus de l’eau », explique-t-il en passant derrière la coque. Une réflexion est aussi en cours sur un problème de charge lorsque les moteurs du navire tournent au ralenti.

 

Dans la nef qui domine la rivière, La Louve, la vedette du Conquet subit d’importants travaux. Les moteurs Iveco, dont un turbo avait lâché, sont remplacés par des John Deere, tout en conservant les réducteurs. Le chantier apporte des modifications sur la plage avant (taquets, davier escamotable) pour adapter le bateau au marnage et à la houle à laquelle il est exposé, en passerelle le pupitre en passerelle a été refait, le système d’ouverture de la porte a été repensé, la peinture ne devrait pas tarder…

 

Du sur-mesure

Ces contrats de refonte sont passés avec la direction nationale de la SNSM, à Paris, qui délègue au chantier l’ensemble de la maîtrise d’œuvre : mécanique, électronique, peinture, soudure, mais aussi administratif, normes incendies, visites du Bureau Veritas ou encore calculs de stabilité. Pour afficher tant de compétences, Pors Moro s’appuie sur un sérieux atout : sa localisation. Dans le sud du Pays Bigouden, le chantier peut compter sur les nombreux professionnels travaillant pour la pêche. Ils viennent compléter l’effectif d’une dizaine de salariés du chantier, sans compter les intérimaires.

Si le bateau est remis clé en main, prêt à reprendre du service, cela ne signifie pas pour autant que les contacts sont coupés avec la SNSM pendant les travaux. Arnaud Pennarun insiste sur les échanges réguliers mis en place. « On fait trois réunions : une réunion au début, à mi chantier et à la fin. Entre temps, on leur envoie un rapport toutes les semaines avec des photos, l’avancement et chaque point un peu technique, on leur demande ce qu’ils veulent faire ». Il ajoute :  « On a une vraie relation avec la station. On discute avec eux du moindre emplacement d’un bouton. Rien n’est fait sans qu’elle le valide. Par exemple pour le pupitre de la timonerie de L’Hermine, on a bossé deux mois, fait des simulations, des maquettes, pour valider in situ. Ensuite on a monté tout ça à bord et ils sont venus encore valider. Entre la phase d’études et la phase finale sur le bateau, il y a eu 5 ou 6 vérifications. On n’impose rien, on travaille avec eux. »

Peinture de yachts

En parallèle de cette activité qui représente environ 40% du chiffre d’affaires du chantier, Pors Moro travaille depuis neuf ans avec Boréal. Pour ces yachts en aluminium haut de gamme destinés à de grands voyages que construit le chantier du Minihy, à Tréguier (Côtes d’Armor), il réalise dans des hangars loués dans la Z.A. de Kerganet des gommages au silicate, enduits epoxy pour masquer les soudures et peintures avec finitions « poli-lustré ». Les coques arrivent par camion et restent entre 6 et 8 semaines dans les hangars. Avec un plan de charge jusqu’en 2023, cela assure environ 50% des revenus du chantier. Le reste est complété par les travaux sur les bateaux de plaisance.

Un Boréal, dans les hangars zone de Kerganet, à Pont-l'Abbé. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Un Boréal, dans les hangars zone de Kerganet, à Pont-l'Abbé. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

L'activité de peinture devrait prochainement se rapprocher du chantier en bord de rivière. En effet, des terrains adjacents ont pu être rachetés et la surface du chantier va doubler pour atteindre 7000 m2. Surtout, il est est en train de déposer des permis de construire pour passer les hangars de 1000 à 1800 m2. Les travaux pourraient commencer au printemps. Les nouveaux lieux accueilleront des ateliers des cabines de peinture, de sablage, de stratification, de menuiserie et un atelier de mécanique. Les anciens hangars resteront dédiés au travaux de refit. Une cale permettra aussi de sortir les bateaux matés.

Restauration

Et, pour se diversifier encore, le chantier se lance dans la restauration de vieux bateaux en bois considérés comme des épaves. Il a notamment acquis, à Gruissan et Ouistreham, deux Grand Banks de 36 et 42 pieds, des yachts à moteur américains construits à Hong-Kong, en teck.

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

« Ces bateaux là étaient voués à la destruction. On les a récupérés, on a révisé les moteurs. Pour la coque, on va la stratifier et les superstructures en contreplaqué vont être changées ». Des travaux délicat, « le composite prend très mal sur le teck et quasi personne n’y va, mais on a mis au point une technique et ca fait des années qu’on fait des tests ». Ainsi, ces bateaux recherchés pourraient repartir pour 50 ans. « Il y a de la clientèle », assure Arnaud Pennarun. « On en a parlé la semaine dernière et on a déjà reçu quatre appels de gens qui voudraient qu’on fasse pareil ».

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