Construction Navale
Au chantier Gléhen à Douarnenez : diversifier pour soutenir l’activité

Reportage

Au chantier Gléhen à Douarnenez : diversifier pour soutenir l’activité

Construction Navale

Pas de répit au chantier naval Gléhen (CNG). La torpeur de l’été est tombée sur Douarnenez, mais on s’active encore dans la nef adossée à la jetée du Flimiou et sur le quai donnant sur le grand bassin du port du Rosmeur. Depuis avril, le chantier, qui emploie 48 personnes mais peut en faire travailler jusqu’à 70, est en phase de livraison.

Le Bara An Arvoriz (pain des gens de la mer en breton), dix-septième de la série, a été mis à l’eau en juin pour l’Armement bigouden. Inauguré le 13 juillet, ce chalutier de 24.9 mètres de long pour 8.3 de large doit remplacer le Bara’Mann. À bord, les ouvriers achèvent l'armement, lors de notre visite, et le bateau subit des essais, avant livraison prévue ce mois-ci pour une première campagne de pêche au thon.

 

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

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À couple, masqué par l’imposant chalutier, le pousseur Atipa, premier des sept nouveaux PC 6 commandés pour la Marine nationale, vient de terminer ses essais de qualification à Brest. Le petit bateau de 10 mètres sera une fois achevé embarqué sur un cargo pour rejoindre la Guyane. Il y remplira des missions de poussage, d’assistance de bateaux à la manœuvre, de mouvements portuaires, et de lamanage. Déjà, le chantier avait construit pour la Marine nationale la Caouanne, engin remonte-filets pour la Guyane, et le Jules, embarcation d’instruction à l’hélitreuillage.

 

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

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En Pays Bigouden, au chantier du Guilvinec (il y en a un troisième à Loctudy pour la réparation), CNG a achevé en mai un troisième bateau, l’Oasis II, pour Julien Le Brun. Il s’agit du quatrième d’une série dessinée par Coprexma et du troisième pour le même armateur après le Caraïbes II et le Corail II. Ce chalutier de 14.9 mètres de long pour 5.9 de large, pêche notamment la langoustine.

Les uns se terminent, d’autres commencent. Ainsi, la construction d’un petit goémonier de 10.5 mètre, le Vag A Lamm, pour Jean-Philippe Tanguy, de Portsall, a commencé à Douarnenez, dans le hall récemment réhaussé. En moyenne, Gléhen livre trois à quatre bateaux par an.

 

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

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Transformations

Comment se présente la suite ? « Les carnets de commandes sont satisfaisants », répond Gaël Guillemin, dans les bureaux qui jouxtent un hangar. « La série de pousseurs (PC6) va se poursuivre à partir de la rentrée. Par ailleurs, on a d’autres projets à la pêche qui vont démarrer à la même période ». En attendant, entre deux constructions, le chantier ne restera pas inactif. Il va mener des travaux de transformation pendant l’été sur deux bateaux de pêche, à commencer par le Dolmen ( 11.5 mètres). Il s’agit de deux bateaux de deuxième main sur lesquels les armateurs veulent mener une profonde refonte avant de les remettre en service.

 

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

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Néanmoins, le patron concède que, notamment pour les hauturiers, « le Brexit, génère de l’incertitude ». « Il y a des projets, mais ils ne sont pas encore en phase de réalisation, certainement pour cette raison. Globalement, sur la pêcherie Ouest, il y a un effet du Brexit, avec le risque d’une redistribution des cartes sur les zones de pêche. Ce qui ne serait pas pris en Grande-Bretagne, serait reponctionné, peut-être avec excès, sur d’autres zones, avec un partage et une baisse de rentabilité ». Au final, « il y a un vrai flou qui règne autour du Brexit qui n’est pas propice à l’investissement ».

Diversification

Le chantier centenaire n’en est pas à sa première épreuve. Né en 1911 au Guilvinec, il a su évoluer pour durer. En 1974, le chantier est passé du bois à la construction métallique (acier et aluminium). En 1985, le site de Douarnenez pour la construction et l'entretien est ouvert. À partir de 1990, CNG s’est lancé dans les navires à passagers, puis le fluvial en 2000 et enfin les bateaux gris à partir de 2013. Aujourd’hui, il réalise donc des unités très différentes de moins de 40 mètres.

« On reste dans notre philosophie de diversification, on ne se segmente pas », explique Gaël Guillemin. « Nous restons ouverts à tout marché potentiel avec des projets dans le domaine du fluvial, du passager, de la pêche, ou encore dans le militaire. Nous ne restons pas dans un pré carré de pêche. On garde cette volonté de diversification, de façon à répondre quelle que soit la conjoncture dans un des segments. La diversité est une nécessité pour nous, pour assurer autant que possible une activité ».

Afin d’élargir encore son champ d’action, CNG vise aussi l’export. « C’est une volonté de l’entreprise d’aller dans le domaine de l’export et de chercher des marchés extérieurs à notre clientèle habituelle. On n’a pas de contrats engagés, c’est un travail de longue haleine qui nécessite aussi d’avoir de la référence, mais c’est l’objectif, de se diversifier là-dessus pour garantir une activité pérenne », dit Gaël Guillemin.

Investissements

Pour rester compétitif, CNG a aussi réalisé d’importants investissements : plus de 1.2 million d’euros sur deux ans. Des travaux ont été effectués sur le site de Douarnenez et une nef au Guilvinec a été remise en service.


La nef numéro 2, récemment réhaussée. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

La nef numéro 2, récemment réhaussée. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

Ainsi, le hall 2, de la cale numéro 2, a été rehaussé à Douarnenez. Le bâtiment a gagné 7 mètres sous crochet, passant de 7 à 14 mètres, ce qui permet de finir les bateaux en zone abritée jusqu’à la mise à l’eau. « C’est un gage de qualité pour nos clients. Ca a aussi une vocation à mieux maîtriser nos délais. En étant sous abri, on est moins soumis aux aléas climatiques. C’est du confort de travail pour nos équipes », indique Pierre-Yves Gléhen. Mais le chantier aimerait aussi que l’outil de levage, un vieux slipway des années 1960, jugé « obsolète » et « en fin de vie », soit modernisé. Alors que Brest devrait réceptionner un élévateur neuf, Gaël Guillemin grince : « Aujourd’hui, alors qu'on est existant et pérenne, qu'on a une activité économique locale, on s’aperçoit que rien n'est fait sur Douarnenez pour maintenir notre outil. D'un autre côté, on va sortir un outil de nulle part à Brest pour une activité qui est sensiblement la même ».

 

Vue du slipway et du chantier. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Vue du slipway et du chantier. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Une autre vue du vieux slipway. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Une autre vue du vieux slipway. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

L'intérieur de la deuxième nef. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

L'intérieur de la deuxième nef. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Espace menuiserie, dans le hall 2. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Espace menuiserie, dans le hall 2. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Le hall 1. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Le hall 1. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

En attendant, le chantier a investi en 2017 dans une nef de construction au Guilvinec. « Elle appartenait à la famille, à mon arrière-grand-père, puis au cousin de mon père. On a rouvert la darse et réaménagé les machines-outils pour la remettre en production et étendre notre capacité de construction. L’Oasis II a été fait notamment dedans », explique Pierre-Yves Gléhen.

« Aujourd’hui, nous sommes dans une volonté de croissance. Avec le Guilvinec, on a un potentiel plus important qu’avec le seul site de Douarnenez », indique Gaël Guillemin, tout en étant conscient que « maintenant, il faut aussi commercialement faire entrer les commandes, tabler sur des séries de bateaux ». Après les pousseurs, le chantier aimerait travailler sur de nouvelles séries de bateaux un peu plus conséquentes.

 

Gléhen