Construction Navale
Les savoir-faire du bois perdurent au chantier Hénaff

Reportage

Les savoir-faire du bois perdurent au chantier Hénaff

Construction Navale

Avec ses 14.50 mètres de long, le Kervily 2 tient tout juste dans la nef. L’étrave et la poupe du chalutier langoustinier en pleine refonte frôlent les portes du hangar du chantier Hénaff, au Guilvinec. Ouvertes, elles laissent échapper le bruit des scies et entrer un peu d’air frais venu de la grève, alors que les charpentiers de marine s’activent autour de ses formes. Quatre d’entre eux portent un long bordé qu’ils font entrer à coups de masse, avant d’enfoncer les carvelles.

 

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

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Des gestes qui n’ont pas tant changé depuis que Jacques Hénaff, originaire de Tréguennec, fondait en 1928 le chantier guilviniste, d’abord installé rue Yves Frélaud avant de déménager dans le fond du port bigouden, dans le quartier de Lostendro. « On utilise toujours la même méthode pour le calfatage », remarque Pauline Hénaff-Jézéquellou, aujourd’hui à la tête du chantier familial. Près d’un siècle plus tard, l’équipe de jeunes charpentiers, âgés de 25 à 38 ans, reproduit ces savoir-faire appris aux Ateliers de l’Enfer de Douarnenez ou au lycée maritime Jean Moulin de Plouhinec (fermé en juin 2018).

 

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

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Après son grand-père Ernest, en 1940, et son père Jacques, en 1977, Pauline Hénaff-Jézéquellou, a repris le chantier familial en 2018, « un peu sur un coup de tête », après une formation en commerce-marketing. « J’étais la seule à pouvoir reprendre le chantier, nos clients sont attachants, je les connais depuis un petit moment, il fallait un peu penser à eux et aux salariés », dit-elle. De l’équipe autour de son père, il n’en restait qu’un, mais elle a rapidement recréé une équipe de jeunes, avec huit salariés, sans compter les renforts ponctuels sur certains projets.

 

Pauline Hénaff-Jézéquellou. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Pauline Hénaff-Jézéquellou. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

Fort de ce savoir-faire presque centenaire, le chantier a récemment décroché le label « Entreprise du patrimoine vivant » (EPV) délivré par le ministère de l’Economie et des Finances. « C’est une reconnaissance du travail et de l’entreprise », se félicite la présidente du chantier. « Il est important de préserver ce savoir-faire. Il ne reste plus beaucoup d’entreprises à le faire alors qu’il reste quand même des bateaux en bois. S’il n’y a plus de chantier bois, ces bateaux sont amenés à disparaître et on voit qu’il y a encore de nouveaux projets en bois, ce qui signifie qu’il y a de l’avenir dans le métier pour les prochaines années ».

En effet, lorsqu’elle a pris la succession de son père en 2018, le chantier avait lancé une construction neuve : le Stellac’h 2, un coquillier-goémonier (une première pour le chantier) de 10.98 mètres, pour Régis Bouzeloc, à Portsall. Comme à son habitude, le chantier a travaillé avec ses voisins pont-l’abbistes du bureau d’architecture Coprexma qui ont aussi récemment planché sur les refontes de la Sardane (sept mois de travaux sur ce bolincheur de 15.40 mètres appartenant à Jérémie Gourret) et du Kervily 2. Cinq ans que le chantier Hénaff n’avait plus lancé de bateau neuf. Le précédent étant le chalutier langoustinier Lagon de 14,90 mètres pour Julien Le Brun, sistership du Besame, dessiné par Navire-Innovation à Port-en-Bessin. Pourtant, le bois a de quoi se défendre face à l’acier et au polyester, estime-t-elle, avec de bonnes qualités acoustiques, moins de condensation et un entretien différent. « Il y a un confort à bord qu’on ne retrouve pas forcément sur l’acier ou le polyester. Ce sont des bateaux agréables », dit-elle.

 

 

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

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Aujourd’hui, en plus des travaux d’aménagements sur d’autres bateaux, l’essentiel de l’activité du chantier est assuré par des refontes de bateaux datant des années 1970-1980. Les clients sont essentiellement des pêcheurs bigoudens. Et le travail ne manque pas : « Certains bateaux partent, mais il en reste encore en pays bigouden ». De plus, peu de chantiers travaillent encore le bois. Ses concurrents sont essentiellement le chantier Tanguy de Douarnenez et Fabien Hémeury, à Saint-Quay-Portrieux, qui a ouvert en 2017. « On n’est pas nombreux, il y a du boulot pour tout le monde, je pense ». D’autant que d’anciens navires sont repris par des jeunes qui préfèrent racheter des bateaux anciens avec un PME (permis de mise en exploitation) et des quotas avantageux. Quant au Brexit, il impacte peu la clientèle du chantier, essentiellement côtière.

 

 

Ainsi, quand le Kervily 2 sera remis à l’eau, un autre entrera immédiatement au chantier assurant de l’activité jusqu’au printemps. Ca ne devrait d’ailleurs plus tarder. Le chantier approche de la fin. Le chalutier doit être remis à l’eau en octobre, avec un petit peu de retard en raison de la période de confinement qui a obligé le chantier à fermer pendant deux semaines et perturbé l’approvisionnement auprès de certains fournisseurs.

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(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

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