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Au coeur de la surveillance des pêches

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Au coeur de la surveillance des pêches

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Au-dessus des écrans et des cartes, il y a une galerie de photos de bateaux de pêches. « Les grosses affaires », l’administrateur en chef François Petit, responsable du Centre National de Surveillance des Pêches (CNSP), préfère ce terme à celui de trophée. Son regard s’arrête sur le Maartje Theodora, cet énorme chalutier néerlandais surpris en flagrant délit avec 400 tonnes de poissons pêchés en fraude à son bord, puis dérouté en Cherbourg en décembre 2012. « Quelle histoire, un sacré coup de filet, bien ciblé, bien repéré et bien préparé avec nos collègues des Affaires maritimes ». Pour le tout récent CNSP, le Maartje Theodora, c’est une première victoire symbolique.

 

 

Le Maartje Theodora à Cherbourg (© AFFAIRES MARITIMES)

Le Maartje Theodora à Cherbourg (© AFFAIRES MARITIMES)

 

 

 

La flottille de pêche suivie en temps réel

 

 

Le CNSP a été crée en avril 2012. « Il existait déjà du contrôle des pêches auparavant, bien sûr. Le CNSP a rassemblé les moyens humains (4 officiers des Affaires Maritimes, 17 officiers mariniers et 3 agents des Affaires Maritimes) ici, dans les locaux du CROSS Etel, dans le Morbihan. Et surtout, il est opérationnel 24h/24 ».

24h sur 24 des hommes veillent derrière les consoles du CNSP. Sur leurs écrans, il y a tous les bateaux de plus de 12 mètres de la flotte de pêche française, qu’ils soient sur la grande vasière devant le pays bigouden ou au large de l’île de Lewis en Ecosse. Il y a aussi tous les bateaux croisant dans la zone économique exclusive française. « Depuis le 1er janvier 2012, la réglementation communautaire obligent toute la flottille européenne à être équipée du système VMS (Vessel Monitoring System). Celui-ci émet toutes les heures et transmet la position du navire, son cap et sa vitesse instantanée ». Les bateaux de pêche doivent également envoyer quotidiennement  au CNSP leur journal de bord électronique qui compile leurs prises. Et enfin, quatre heures avant d’arriver à quai, ils doivent envoyer une prévision de débarquement. Un grand nombre d’informations traitées en temps réel par les spécialistes du CNSP.

 

 

Le pôle opérationnel du CNSP (

Le pôle opérationnel du CNSP (© MEDDE)

 

 

 

Plus contrôler, mieux contrôler

 

« Il y a une révolution culturelle dans le monde de la pêche et celui de son contrôle, explique l’administrateur en chef Vincent Denamur, ancien directeur du CROSS Etel, en France, cela a commencé en 2005 quand l’Etat a été condamné à une astreinte pour des manquements à la réglementation européenne sur la pêche ». Les sommes importantes réclamées par la Commission dans cette affaire dite des merluchons, mais également l’évolution des mentalités sur notamment la préservation de la ressource, amène une nouvelle logique. Il faut plus contrôler mais il faut surtout mieux contrôler. Ne pas harceler mais cibler. Etre présent à tous les niveaux : de la pêche à la commercialisation, contrôler du filet à l’étal du poissonnier. « Pour certaines espèces emblématiques comme le thon rouge, personne ne touche au poisson sans que nous soyons au courant ». Une surveillance à la hauteur des exigences de la commission européenne, mais également des dérives passées.

 

 

Contrôle d'un bateau de pêche (

Contrôle d'un bateau de pêche (© AFFAIRES MARITIMES)

 

 

 

Un plan national, des objectifs locaux

 

 

La saison du thon rouge s’est terminée fin juin, après quelques semaines d’une mobilisation exceptionnelle au CNSP. « Dans le cas du thon rouge, nous agissons dans un cadre d’action spécifique puisque international, nommé plan de développement conjoint. En dehors de ces derniers, c’est la direction des pêches maritimes qui donne le cadre annuel d’action en matière de contrôle. Chaque direction interrégionale de la mer l’applique à ses pêcheries et ses ports et fixe les objectifs locaux. Ensuite, c’est nous, au CNSP, qui mettons en place les missions et leurs logistiques », précise l’administrateur Petit.

 

 

Le patrouilleur L'Adroit pendant la saison de thon rouge (

Le patrouilleur L'Adroit pendant la saison de thon rouge (©MARINE NATIONALE)

 

 

Comme un CROSS, le CNSP est une grande tour de contrôle. Pour atteindre les objectifs fixés par l’Etat, il peut utiliser plusieurs types de moyens nautiques et aériens : unités légères et vedettes des Affaires maritimes, vedettes côtières de surveillance maritime de la Gendarmerie maritime, avions et vedettes de la Douane et de la Marine Nationale. « Ils ne nous sont pas dédiés, alors nous jonglons en fonction des disponibilités et des plannings opérationnels de chacun. Parfois, il peut s’agir de contrôle d’opportunité : un bâtiment de la Marine nationale nous rapporte la présence d’un bateau de pêche dont le comportement l’interpelle, nous décidons alors avec l’équipage de la Marine du déroulé et des modalités de la visite. Des missions sont également décidées à l’avance, avec des moyens aériens comme le Falcon 50 de la flottille 24F de Lann-Bihoué. La reconnaissance aérienne nous est très utile puisqu’elle nous permet de constater d’éventuelles déficiences ou fraudes à l’utilisation de VMS ».

 

 

Le Falcon 50 de la flottille 24F (

Le Falcon 50 de la flottille 24F (© MARINE NATIONALE)

 

 

Créer un faisceau d’indices pour mieux cibler

 

 

Collecter des indices, remplir les bases de données pour améliorer le contrôle : c’est le credo du CNSP. Avec des objectifs ambitieux et des moyens constants, il faut optimiser. « Alors nous améliorons nos contrôles croisés entre les statistiques de données de capture, les données VMS, les licences et quotas, les ventes de criée… » Parfois c’est la simple observation de la carte et des données VMS qui permettent de détecter un comportement inhabituel : un bateau qui fait du trois nœuds pendant plusieurs heures est sans doute en train de traîner son engin de pêche… « et parfois il n’est pas dans sa zone… ». Les hommes du CNSP ont le regard entraîné et connaissent toutes les subtilités des maillages et du quadrillage des zones de pêche. « Le CNSP a également une vocation documentaire : nous tenons à jour toute la réglementation française et européenne en matière de pêche ». Une base de donnée en ligne permet à tous les acteurs du contrôle de la pêche de consulter les normes en vigueurs. « Mais nous sommes aussi là pour les aider en direct. Le contrôle des pêches, ce n’est pas forcément la spécialité de tout le monde, alors quand il y a un doute, nous pouvons les assister tout de suite. »

 

En 2012, pour sa première année d’exercice, le CNSP a supervisé près de 5000 contrôles. Avec un taux délictuel allant de 15 à 23% en fonction des façades maritimes. Un registre national des infractions à la pêche est en cours de création. « On crée une nouvelle façon d’exercer notre métier, dans un cadre désormais européen  et dans le cadre d’une gestion que l’on veut désormais durable de la ressource », conclut l’administrateur Denamur.

 

 

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