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Au Guilvinec, le monde de la pêche se mobilise pour le Sénégalais Papa Ndiaye

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Au Guilvinec, le monde de la pêche se mobilise pour le Sénégalais Papa Ndiaye

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Employé depuis deux ans sur le palangrier Manona au Guilvinec, le Sénégalais Papa Ndiaye est menacé d’expulsion à cause d’une dispute conjugale qui a dégénéré. Son avocat, son employeur, ses collègues marins et même sa femme le soutiennent.

« Il retrouve sa femme au lit avec un autre, il voit rouge, l’insulte et la bouscule ». L’avocat quimpérois Jean-Marc Le Crane ne cherche pas à éluder la question. Oui, son client a perdu son sang-froid. Non, il n’a pas violenté physiquement son épouse. « Il n’y a pas de certificat médical qui atteste de traces de blessures ou de coups. Aucun jour d’ITT n’a été prononcé par un médecin. Sa femme m’a encore confirmé l’autre jour, au téléphone, qu’il s’agissait uniquement d’injures. C’est une dispute qui a nécessité l’intervention des gendarmes. Les faits reprochés à mon client lui ont valu 300 € d’amende ». Pas de prison ferme, ni de sursis mais une trace sur le casier judiciaire qui va provoquer une décision radicale de la préfecture. Avis d’expulsion avec obligation de quitter immédiatement le territoire.

Un marin apprécié de tous

Depuis le 16 février 2021, Papa Ndiaye, Sénégalais de 40 ans résidant légalement en France depuis sept ans, vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Devant la juge à Rennes, son épouse a plaidé sa cause, en vain. « Il est assigné à résidence et doit pointer, du lundi au vendredi, en gendarmerie », explique son avocat. Des obligations qui compliquent sa vie professionnelle.

Son employeur, Kévin Le Fourn, qui pêche avec lui en mer sur un palangrier de 9,60 m, s’adapte. « On aurait dû aller sur l’île de Sein, l’autre jour, mais il ne serait pas revenu à temps pour pointer à la gendarmerie le lendemain matin, alors on a renoncé », se désole le patron pêcheur qui ne tarit pas d’éloges pour son salarié. « La première année que j’ai eu mon bateau, le Manona, dix matelots se sont succédé. Aucun n’a tenu le coup. Il n’y a que Papa qui assure. Et depuis deux ans. Si je le perds, je ne peux plus travailler », assure-t-il. La pêche au congre qu’il pratique est réputée difficile et physique. Le poisson, qui ressemble à une grosse anguille, pèse une dizaine de kilos en moyenne et se débat vigoureusement lorsqu’il est remonté à bord.

Un comité de soutien

Charles Braine, président de l’association Pleine Mer qui œuvre pour une pêche durable et la justice sociale dans la profession, est également aux côtés du Sénégalais. « Nous allons constituer une cagnotte pour couvrir les frais de justice », annonce-t-il. Mickaël, un collègue pêcheur, le soutient aussi : « Il travaille dur et aime son métier. On a besoin de la main-d’œuvre étrangère pour faire vivre notre pêche artisanale », signifie le marin. En à peine une journée, vingt attestations en faveur du marin sénégalais sont venues étoffer le dossier de l’avocat, Jean-Marc Le Crane.

Ce dernier ne demande qu’une chose : « que la préfecture recentre le dossier sur la demande d’une carte de séjour salariée d’un an. La profession de marin pêcheur fait partie des métiers en tension, mon client a fait preuve de son engagement. Un coup de colère, regrettable mais sans violences physiques, ne doit pas gâcher sa vie », plaide-t-il.

Un article de la rédaction du Télégramme