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Australie : Ambitions navales et Eldorado industriel

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Australie : Ambitions navales et Eldorado industriel

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Sous-marins, bâtiments de projection, destroyers, frégates, patrouilleurs, aéronefs… Depuis quelques années, l’Australie consent un effort colossal pour renouveler et développer sa flotte. Autrefois centre névralgique de l’empire britannique dans la zone Asie-Pacifique, le pays dispose depuis longtemps d’une belle marine. Créée en 1913, la Royal Australian Navy, s’est notamment illustrée pendant les deux guerres mondiales, opérant même des porte-avions jusqu’au début des années 80. Si l’Australie, qui a pris définitivement son indépendance vis-à-vis de la couronne anglaise au début du XXème siècle, tout en demeurant dans le Commonwealth (1901), elle fait aujourd’hui figure de « tête de pont » occidentale dans une région en plein mouvement et où les tensions ne manquent pas. Canberra est d’ailleurs devenu depuis 2005 un proche allié de l’OTAN, participant à des opérations de l’Alliance et annonçant même, en 2014, un projet d’adhésion.   

 

Manoeuvres américano-australiennes

Manoeuvres américano-australiennes (© RAN)

 

L’essor de la marine chinoise

Alors que les relations avec les Etats-Unis sont très fortes, les deux pays ont vu ces dernières années, non sans inquiétude et comme certains de leurs partenaires régionaux, en particulier le Japon, l’essor rapide de la marine chinoise. Une montée en puissance qui a convaincu Washington d’augmenter significativement les moyens de l’US Navy dans le Pacifique, à commencer par ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et porte-avions, dont la majorité a été repositionnée vers la côte Ouest. Pendant ce temps, la marine japonaise, comme son homologue sud-coréenne, a entrepris de développer ses capacités. Un mouvement suivi de façon spectaculaire par l’Australie, qui compte tenu de la surface de son territoire et de sa situation d’île géante, a besoin de moyens significatifs pour protéger ses eaux et approches maritimes, tout en ayant la capacité d’intervenir à grande distance pour faire respecter ses intérêts. Avec en toile de fond ce renforcement général en Asie du sud-est (sans oublier l’Inde) des forces navales et une véritable prolifération de sous-marins.

 

Sous-marin australien du type Collins

Sous-marin australien du type Collins (© RAN)

 

Le programme colossal des 12 sous-marins océaniques

SEA 1000, le programme des 12 nouveaux sous-marins océaniques pour lequel des négociations exclusives ont été engagées avec la France, est avec ses 50 milliards de dollars australiens d’investissement prévus (30 milliards d’euros), l’illustration la plus emblématique de la renaissance navale de l’Australie. Et de son développement puisqu’il s’agit non seulement de disposer de bâtiments plus grands et aux capacités accrues, mais aussi d’en doubler le nombre.

Ce programme, le plus important de l’histoire militaire du pays, n’est toutefois pas le seul engagé ou sur le point de l’être.  

 

Le Shortfin Barracuda français proposé à l'Australie

Le Shortfin Barracuda français proposé à l'Australie (© DCNS)

 

Tous les grands industriels européens en lice

Le vaste plan de modernisation de la RAN, initié il y a en fait près d’une décennie, est global et bénéficie pleinement aux industriels européens. L’Australie n’ayant jusqu’ici pas développé de compétence nationale dans la conception de grands bâtiments de combat, elle s’adresse en effet à l’Europe, dont les groupes navals fournissent les design et assurent des transferts de technologie pour permettre une construction locale, partielle ou totale, des unités commandées. Espagnols, Français, Allemands, Britanniques, Néerlandais… Tous les grands acteurs du secteur se positionnent et se livrent une farouche bataille pour bénéficier des ambitions maritimes australiennes. Les Américains ne sont pas en reste, même s’ils fournissent plutôt les systèmes d’armes et sont très présents dans les programmes aéronautiques.

 

 

Le HMAS Canberra

Le HMAS Canberra (© BAE SYSTEMS)

 

Des bâtiments de projection espagnols

Si l’on excepte le contrat des six sous-marins du type Collins, signé avec le chantier suédois Kockums à la fin des années 80 (pour des mises en service entre 1996 et 2003), ce mouvement a commencé en 2007 avec la commande au groupe espagnol Navantia de deux bâtiments de projection du type BPE, d’un coût de 3 milliards de dollars australiens (2 milliards d’euros). Livrés en 2014 et 2015, les HMAS Canberra et HMAS Adelaide mesurent 230 mètres de long et de 27.500 tonnes de déplacement en charge. Ils peuvent embarquer une vingtaine d’hélicoptères, quatre chalands de débarquement, 110 véhicules et 1400 hommes de troupe.

 

Le HMAS Canberra

Le HMAS Canberra (© RAN)

 

Ils sont aussi conçus pour pouvoir, le cas échéant, mettre en œuvre des avions à décollage court et appontage vertical F-35B, capacité potentiellement intéressante pour l’Australie, qui ne dispose plus de porte-avions depuis le désarmement du HMAS Melbourne en 1982. Les coques de ces bâtiments ont été réalisées en Espagne puis transportées par navire semi-submersible jusqu’au port de Williamstown, où BAE Systems Australia a procédé à leur achèvement. La composante amphibie australienne a, de plus, bénéficié du rachat en 2011 du transport de chaland de débarquement britannique RFA Largs Bay, devenu HMAS Choules.

 

Les HMAS Hobart et HMAS Brisbane à Adelaide

Les HMAS Hobart et HMAS Brisbane à Adelaide (© ASC)

 

Trois destroyers lance-missiles du type Hobart d’ici 2019

En plus des BPE, Navantia a également remporté, en 2007, le contrat portant sur trois destroyers lance-missiles basés sur le modèle F100, dont cinq exemplaires ont été produits pour la marine espagnole. Baptisé Air Warfare Destroyer, ce programme a été confronté à des retards et surcoûts importants (la facture globale s’élève à plus de 6 milliards d’euros selon les Australiens). La tête de série, le HMAS Hobart, a été mise à flot par le chantier ASC d’Adelaide en mai 2015 et devrait être livrée d’ici l’an prochain. Quant aux HMAS Brisbane et HMAS Sydney, ils devraient rallier la flotte d’ici 2019. Ces bâtiments de 147 mètres et 6250 tpc disposent du système de défense aérienne américain Aegis et pourront mettre en œuvre 32 missiles SM-2 MR, 16 ESSM et 8 Harpoon.

 

Frégate du type ANZAC

Frégate du type ANZAC (© RAN)

 

SEA 5000 : 9 frégates pour succéder aux ANZAC

Pour la suite, alors que les AWD vont finalement remplacer les trois dernières frégates de la classe Adelaide (type américain O.H. Perry) encore en service, les HMAS Darwin (1984), HMAS Melbourne (1992) et HMAS Newcastle (1993), l’Australie va lancer le renouvellement des huit frégates du type ANZAC (basées sur le modèle allemand Meko 200), mises en service entre 1996 et 2006. Dans le cadre du programme SEA 5000, neuf nouveaux bâtiments sont prévus pour un montant de 35 milliards de dollars (24 milliards d’euros). Le 18 avril, le ministère australien de la Défense a annoncé les trois modèles finalistes pour ce projet. Il s’agit du Type 26 britannique de BAE Systems, qui équipera la Royal Navy au début des années 2020 et fait figure de favori, de la FREMM de Fincantieri en service dans la marine italienne et d’une nouvelle version de la F100 espagnole. L’une des conditions imposées est l’intégration du radar à faces planes australien CEAPHAR, qui a été installé sur les Anzac au cours d’une récente modernisation. Comme pour les sous-marins, un processus d’évaluation compétitive a été mis en place, Canberra prévoyant de déterminer le lauréat en 2018 en vue d’un début de construction de la tête de série à Adelaide en 2020.

12 nouveaux patrouilleurs hauturiers

Afin d’accroître la surveillance de ses immenses espaces océaniques, la RAN va, par ailleurs, se doter d’une nouvelle flotte de patrouilleurs hauturiers, qui viendront compléter les moyens actuels, en particulier les 12 unités de la classe Armidale (57 mètres, 300, tonnes). Là aussi, les designs de trois industriels européens font partie de la compétition finale, au travers de laquelle s’affrontent le Néerlandais Damen et les Allemands Fassmer et Lürssen. En tout, 12 bâtiments doivent être réalisés, la construction du premier étant prévue à Adelaide à partir de 2018. Ce programme, évalué à 3 milliards de dollars (2 milliards d’euros) complètera la charge des chantiers entre l’achèvement des trois Hobart et le lancement de la fabrication des SEA 5000. Lorsque la production des nouvelles frégates débutera, la construction des OPV sera transférée vers d’autres constructeurs australiens.

 

Le HMAS Sirius ravitaillant le HMAS Canberra

Le HMAS Sirius ravitaillant le HMAS Canberra (© RAN)

 

La question des unités logistiques

L’Australie réfléchit en parallèle au renouvellement de sa composante de bâtiments logistiques, basée sur deux pétroliers-ravitailleurs. En plus du HMAS Sirius, un ancien tanker civil mis en service en 2006, il s’agit surtout de pourvoir au remplacement du HMAS Success, une unité du type français Durance construite en Australie et opérationnel depuis 1986. Les Espagnols se sont fortement positionnés sur ce dossier, en mettant à disposition de la RAN pendant près de 9 mois, en 2013, le ravitailleur Cantabria, que Navantia a livré en 2010 à l’Armada.

 

Le HMAS Success

Le HMAS Success (© RAN)

 

L’aéronautique navale fait peau neuve

Enfin, concernant l’aéronautique navale, l’Australie a confirmé en 2014 le remplacement de ses avions de patrouille maritime P-3 C Orion (18 exemplaires transférés par les Etats-Unis entre 1978 et 1986), armés par la Royal Australian Air Force, par de nouveaux P-8A Poseidon. Huit appareils ont été commandés (quatre supplémentaires en option) pour un montant estimé à 4 milliards de dollars (2.7 milliards d’euros). La RAN renouvelle quant à elle son parc d’hélicoptères avec les nouveaux Taipan (version australienne du NH90), dont 6 exemplaires ont succédé aux vieux Sea King pour les missions de transport et de sauvetage (en tout une cinquantaine de NH90 a été commandée pour les forces armées australiennes, qui peuvent entre autres les déployer sur les HMAS Canberra et HMAS Adelaide). Par ailleurs, les 16 S-70B Seahawk sont remplacés par 24 MH60-R dotés de missiles Hellfire, de torpilles Mk54 et d’un sonar trempé AQS-22.  

 

Formation de Taipan vus depuis le HMAS Canberra

Formation de Taipan vus depuis le HMAS Canberra (© RAN)

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