Défense
Avec la Gendarmerie Maritime (3/3)

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Avec la Gendarmerie Maritime (3/3)

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Après un embarquement sur les vedettes Hérault et Huveaune, François Didierjean nous fait découvrir, aujourd'hui, le nouveau peloton de sûreté maritime et portuaire, récemment installé à Port-de-Bouc, près de Marseille. Après Le Havre, en 2006, les infrastructures portuaires de Marseille-Fos disposent depuis fin 2009 de leur PSMP. Mis en oeuvre par la Gendarmerie, du fait de sa double compétence terrestre et maritime, le dispositif vise les navires, les approches et installations des ports.

SURETE MARITIME ET PORTUAIRE

Avec 80% du trafic mondial, le transport maritime assure une part plus que prépondérante dans les échanges commerciaux. Depuis le début des années 2000, la piraterie, la menace terroriste s'amplifient et n'épargnent ni les ports, ni les navires (destroyer USS Cole en 2000, pétrolier Français Limburg en 2002...).
La première convention qui régit la sécurité maritime, dite convention SOLAS (Safety Of Life At Sea), a été élaborée en 1914 suite au naufrage du Titanic. En 2002, les Nations Unies avec l'OMI (Organisation Marine Internationale) ont exigé des Etats le respect du code ISPS (International Ship and Port Facility Security). Navires et installations portuaires ont dorénavant l'obligation d'établir un plan de sûreté. Ce plan garantit l'application des mesures nécessaires pour protéger les personnes, les navires et les installations portuaires.
Après l'adoption en 2006 de la doctrine nationale de sûreté maritime et portuaire, la protection des ports du Havre, Marseille, Montoir et Dunkerque a été confiée à la Gendarmerie Maritime.

 (© : GENDARMERIE MARITIME)
(© : GENDARMERIE MARITIME)

Port de Bouc-Marseille, port majeur

Elle est loin l'image du corps des prévôts et archers de la marine de l'ancien régime !!! Avec un plan portuaire détaillé, accompagné de quelques chiffres précis sur les trafics pétrolier, méthanier et conteneurs, le capitaine BEGARD, commandant la compagnie de Marseille, m'avait illustré l'incontournable nécessité d'établir un peloton de sûreté maritime et portuaire à port de Bouc.

1ère étape : CIBLER

Seul «marin national» à bord de très récentes installations, me voici immergé dans la cellule CIBLAGE. Objectif, tracer un cargo dit «sensible» dont le port d'origine, les dernières escales et le retard non expliqué par rapport au planning portuaire ont retenu l'attention des guetteurs. Parmi les moyens de connaissance utilisés, des outils accessibles par tous sur internet (Vesseltracker, Marinetraffic, Equasis) mais aussi des bases de données plus confidentielles.

La mer et les ports,  «mines» de renseignements (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)
La mer et les ports, «mines» de renseignements (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)

2ème étape : SE RENSEIGNER

Le vraquier est identifié. La discrète cellule RENSEIGNEMENTS complète le dossier avec des données techniques, humaines et économiques. Leur secret, être à l'écoute de tous les acteurs et intermédiaires parfois volatiles présents sur les 8.000 hectares de la zone portuaire.

Une approche rapide et « ferme » par la mer... (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)
Une approche rapide et « ferme » par la mer... (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)

... et par la terre (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)
... et par la terre (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)

3ème étape : AGIR

Décision est prise de mener une «visite préventive» dans le cadre de l'article L 321-5 du Code des ports maritimes. C'est le rôle du groupe INTERVENTION-FOUILLES. Composé aussi bien de plongeurs, maîtres-chiens, intervenants en milieu hostile que d'interprètes et officiers de police judiciaire, il est le bras armé du peloton. Parmi ses outils, le robot sous-marin téléguidé pour les recherches sous coque et caméra-fibre optique pour les recoins des cales.

Force et diplomatie

Lors du briefing, le coordonnateur détermine quatre équipes (ponts/cales, hébergement/vie, machine, proue) qui monteront à bord du cargo visité. A ces équipes opérationnelles s'ajoutent les interlocuteurs «administratifs». Une équipe de surveillance reste à quai, une vedette patrouille sur le plan d'eau. Les hommes portent treillis, casque, lunette de protection et arme de poing (pistolet HK Marine).

L'interprète pour la phase administrative (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)
L'interprète pour la phase administrative (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)

Crew list et contrôle d'identité

La zone a été auparavant blanchie, nous montons la coupée. Le capitaine dépêche son second, officier sécurité/sûreté du bord. L'équipage est immédiatement rassemblé sur le pont pour mener un contrôle contradictoire «passeport-crew list». Le comportement général de chaque marin est soigneusement observé.

Un officier de police judiciaire vise l'identité (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)
Un officier de police judiciaire vise l'identité (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)

Passerelle, cargaison et salle des machines

Chaque équipe d'intervention, reliée par phonie au coordonnateur, entreprend la visite de l'ensemble du vraquier. Elle est accompagnée par un marin du bord. Les équipements de sûreté sont examinés, les accès à la passerelle et à la machine sont évalués, la cargaison contrôlée. Le verrouillage des espaces sensibles, les moyens de communication sont notés. Les moyens de lutte contre l'intrusion comme des grillages anti-intrusion et un appareil à ultra-son contre les pirates retiennent l'attention.

Les déplacements se font au minimum en binôme (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)
Les déplacements se font au minimum en binôme (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)

Ecoute et renseignements

Le capitaine, coopératif, donne quelques renseignements sur les ports visités, sa compagnie d'armement et ses diverses cargaisons. «Habilement»questionné en dépit d'un anglais hésitant et d'un français inexistant, il montre ses cartes, le plan de sûreté et les documents de bord.

La diplomatie du thé à la menthe (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)
La diplomatie du thé à la menthe (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)

Une visite n'est jamais anodine

Quelques heures ont été nécessaires pour mener à bien le contrôle de ce cargo qui ne sera pas classé NIM (Navire d'Intérêt Militaire). Pas de marins recrutés pour un seul voyage, une machine bien entretenue, il est «clair». Le retard a été expliqué, cartes et log book à l'appui. Quelques remarques anodines lâchées par le capitaine sur un petit céréalier croisé au large de l'Italie ont cependant retenu l'attention de nos Gendarmes.
Les photos et les notes prises vont compléter la base de données. Le debriefing met l'accent sur les réflexes à améliorer.
Chaque année, ce peloton doit cribler des milliers de navires, suivre les changements d'armateurs, de nom, de pavillon et parfois même de superstructures. Une vigilance permanente, s'intégrant totalement dans une politique d'Action de l'Etat en mer, afin de garantir le libre exercice des échanges économiques et défendre les intérêts de notre pays.

François DIDIERJEAN (CF de réserve)

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