Construction Navale
Avec la pêche, Avizo relance la construction navale à Bouguenais

Reportage

Avec la pêche, Avizo relance la construction navale à Bouguenais

Construction Navale
Pêche

Créé en 2016 et spécialisé dans la production composite en infusion, le chantier Avizo Pro Marine fait renaître la construction navale à Bouguenais, près de Nantes. Après la livraison en novembre d’un premier bateau de pêche, en l’occurrence Le Solitaire II, un fileyeur de 18 mètres pour Arcachon, il enchaine cette année avec deux unités de 12 mètres, un chalutier-coquiller pour Granville et un fileyeur destiné à Noirmoutier.

 

Le fileyeur Solitaire II, premier bateau réalisé par le chantier (

Le fileyeur Solitaire II, premier bateau réalisé par le chantier (©  AVIZO)

Le futur chalutier-coquiller de Granville (

Le futur chalutier-coquiller de Granville (©  H&T)

 

Première vue du futur fileyeur destiné à Noirmoutier (

Première vue du futur fileyeur destiné à Noirmoutier (©  PIERRE DELION ARCHITECTURE)

 

Pour trouver le chantier, il faut connaitre le coin. Avizo est implanté à Port-Lavigne, minuscule village dont l’unique rue et quelques maisons typiques bordent la Loire et l’un de ses anciens bras, où l’on chargeait naguère des barriques de vin du pays de Retz, une activité qui s’est développée au XIXème siècle en complément de celle, historique, de la pêche à la cire (senne) et au carrelet. 

Entre le bourg de Bouguenais et la rive sud du fleuve, où se trouve Port-Lavigne, une route étroite et surélevée domine de vastes prairies, inondables en hiver et dont les foins estivaux étaient aussi exportés autrefois depuis Port-Lavigne. Si l’ancien port et son petit village ont les pieds au sec, à l’exception des très grandes crues, qui demeurent rares, c’est qu’ils sont posés sur un éperon rocheux. Une ancienne île granitique aujourd’hui enserrée par des sols argileux et gorgés d’eau qui ont été formés par les sédiments charriés par Loire, jusqu’à former la plaine que l’on connait aujourd’hui.

 

L'atelier avec au fond à gauche le moule où est produit le 12 mètres pour Granville (

L'atelier avec au fond à gauche le moule où est produit le 12 mètres pour Granville (©  MER ET MARINE - VG)

 

Un atelier de près de 1000 m² refait et bientôt agrandi

C’est donc dans ce cadre atypique qu’Avizo a élu domicile. La société s’est installée dans l’un des hangars de l’ancien chantier Alumarine, qui n’avait pu mener à bien son projet de développement au cœur de cette zone Natura 2000 et a déménagé en 2008 sur un nouveau site de l’autre côté de la Loire, à Couëron. L’ancien propriétaire d’Alumarine, Yannick Hérissé, n’avait conservé à Port-Lavigne qu’un site d’hivernage et de réparation de bateaux, essentiellement de plaisance, toujours actif et dont Avizo loue des surfaces, qui vont d’ailleurs bientôt d’accroître pour faire face à la hausse du plan de charge. « Nous avons actuellement près de 1000 mètres carrés et pour soutenir notre montée en puissance nous allons récupérer 450 m² de la nef située à côté », explique Olivier Bissonet, directeur d’Avizo. Isolation, éclairage, marbres, nouveaux outillages… « l’atelier a été complètement refait ». Et les bureaux, aujourd’hui situés dans un hangar voisin, vont être réaménagés sur une mezzanine surplombant l’atelier. La modernisation de la rampe de mise à l’eau, équipée aujourd’hui d’un simple ber sur rails est également envisagée. Des discussions en ce sens ont lieu avec les acteurs publics de l'agglomération nantaise, sachant qu’une partie de la production n'aura pas besoin d'être mise à l'eau à Port-Lavigne puisqu'elle partira du chantier par voie routière et non via la Loire.  

 

La rampe de mise à l'eau et son ber, qu'Olivier Bissonet souhaite moderniser (

La rampe de mise à l'eau et son ber, qu'Olivier Bissonet souhaite moderniser (©  MER ET MARINE - VG)

 

La pêche et les navires de travail jusqu’à 25 mètres

A l’intérieur de l’atelier, sur le marbre géant entièrement refait, est posé le moule dans lequel est en train d’être fabriquée la coque du chalutier-coquiller de Granville, conçu par l’architecte Alain Tobie du bureau H&T. Et bientôt prendra place à ses côtés un autre moule destiné au futur fileyeur vendéen, dont les plans sont signés Pierre Delion. Le premier bateau doit être livré cet été et le second en tout début d’année prochaine. « Nous avons la place pour faire deux bateaux de front. Là ce sont des 12 mètres mais nous pourrons faire des bateaux plus grands. Notre idée est d’aller jusqu’à des unités de 25 mètres », précise Olivier Bissonet. Et pas que dans la pêche : « Ce marché est actuellement très porteur mais nous nous positionnons également sur tout ce qui est navires de charge et bateaux rapides, avec des discussions en cours pour des projets de ce type ».

Des bateaux complets en infusion

Avec une spécialité peu commune : une fabrication en matériau composite (vinylester) avec la technique de l’infusion : « Les bateaux professionnels en infusion, il y en a très peu. Nous amenons donc cette nouvelle technologie dans le secteur, où les chantiers traditionnels qui travaillent le composite font du contact, en imprégnant le tissu à la main et en ponçant entre chaque couche. Certains font un peu d’infusion, mais ce n’est que pour certaines parties des bateaux. Ici, on intègre toute la structure dans le moule, on bâche et on fait le vide avec des compresseurs d’air puis, une fois tous les tissus plaqués, on envoie la résine. Nous sommes les seuls à faire des bateaux professionnels entièrement en infusion ». La technique présente différents avantages, comme la possibilité de réaliser des pièces de grande taille, un meilleur rapport poids/résistance, moins d’émissions de solvants ou encore une imputrescibilité qui intéresse par exemple les pêcheurs pour les cales à poissons.

 

La coque du chalutier-coquiller de Granville dans son moule (

La coque du chalutier-coquiller de Granville dans son moule (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La coque du chalutier-coquiller de Granville dans son moule (

La coque du chalutier-coquiller de Granville dans son moule (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

« Faire de beaux produits dans une entreprise à taille humaine »

Issu d’une famille de marins-pêcheurs de l’île d’Yeu, Olivier Bissonet, la petite quarantaine, travaille dans la construction navale depuis 20 ans. Passé par les Chantiers de l’Atlantique, Bénéteau et Alliaura Marine, où il a été formé à l’infusion, il a ensuite créé en 2009 avec un associé le bureau d’études Yceoo, installé aux Sables d’Olonne et dont il a vendu ses parts en janvier dernier. Cela, pour se consacrer pleinement à l’aventure de patron de chantier naval. « Le but est de faire de beaux produits dans une entreprise à taille humaine, c’est pourquoi je souhaite que nous restions une petite équipe avec un esprit de famille ». D’où, aussi, une certaine discrétion dans la communication d’Avizo, qui a d’abord pris le temps de bien installer son activité et ses premiers contrats. Dont pour commencer un vrai challenge puisque se lancer avec un 18 mètres ne fut pas une sinécure. Le défi a cependant été surmonté et la jeune société en est sortie plus forte et soudée pour gérer la suite.

 

Le Solitaire II, premier bateau réalisé par Avizo (

Le Solitaire II, premier bateau réalisé par Avizo (©  AVIZO)

 

Fort de son expérience et du savoir-faire de son équipe, Olivier Bissonet a imaginé avec eux différentes « recettes maison » pour parfaire le procédé industriel du chantier, qu’il s’agisse des techniques d’infusion, dont par exemple les accroches mécaniques ou chimiques, ou encore des moules, « que l’on fait très rapidement » et pour lesquels « nous avons trouvé des astuces afin de pouvoir les réutiliser ». Avec comme objectif, évidemment, de pouvoir faire des séries de bateaux.

 

Olivier Bissonet (

Olivier Bissonet (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Fabrication de pièces en composite pour différents clients

Et le chantier de Bouguenais, qui emploie cinq personnes et cherche deux modeleurs-stratifieurs supplémentaires, complète son activité avec la fabrication de pièces en composite pour différents clients. Il peut s’agir de cloisons de bateaux mais aussi de productions bien éloignées de la construction navale, comme actuellement des enrouleurs destinés à des panneaux de retournement de piscines. Ces pièces sont réalisées sur un second marbre, de 14 mètres de long pour 4 mètres de large et qui présente la particularité d’être chauffé.

 

Le second marbre, à gauche (

Le second marbre, à gauche (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Réalisation d'enrouleurs pour des panneaux de retournement de piscines (

Réalisation d'enrouleurs pour des panneaux de retournement de piscines (©  MER ET MARINE - VG)

 

Un second site aux Sables pour le refit

Avizo s’appuie également sur un second site, ouvert aux Sables d’Olonne en 2017. Cinq personnes y travaillent, trois stratifieurs et deux menuisiers, plutôt sur des projets de réparation navale, refits de navires et aménagements intérieurs. « Les Sables font beaucoup d’arrêts techniques de bateaux de pêche et autres navires professionnels, par exemple des refits de structures, d’intérieurs ou de cales à poissons. Ils travaillent comme un client du site nantais, où l’on peut fabriquer les pièces nécessaires en avance et qui sont ensuite installées sur place. L’activité de services des Sables nous permet aussi de vulgariser la réparation en infusion. On entend en effet souvent dire que les reprises ne sont pas possibles, ce qui est faux ». Parmi les dernières réalisations en date d’Avizo, il y a notamment eu la réfection de la timonerie d’un fileyeur lorientais, Les Océanes, ou encore la transformation du catamaran de pêche malouin Sébastien IX. Ce dernier a été équipé dans le port vendéen de nouveaux bulbes et a vu sa longueur passer de 13 à 15 mètres grâce à l’ajout de prolongements en composite sur ses flotteurs.

 

Travaux réalisés aux Sables sur le Sébastien IX (

Travaux réalisés aux Sables sur le Sébastien IX (© AVIZO)

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(© AVIZO)

La nouvelle timonerie du fileyeur Les Océanes a été produite à Port-Lavigne et installée aux Sables (

La nouvelle timonerie du fileyeur Les Océanes a été produite à Port-Lavigne et installée aux Sables (© AVIZO)