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Avec l'E-2D, les capacités du groupe aérien embarqué seront accrues
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Avec l'E-2D, les capacités du groupe aérien embarqué seront accrues

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Prévu de longue date, le projet d’acquisition par la marine française de trois nouveaux avions de guet aérien destinés au Charles de Gaulle et au(x) porte-avions de nouvelle génération (PANG) a franchi une nouvelle étape. Début juillet, le Congrès des Etats-Unis a en effet autorisé la vente par Northrop-Grumman de trois E-2D Advanced Hawkeye à la France. Une commande d’une valeur de 2 milliards de dollars, selon les Américains. Celle-ci n’est pas encore notifiée par la partie française, l’étape venant d’être franchie étant simplement l’équivalent des feux verts donnés en France par la Commission interministérielle pour l’exportation des matériels de guerre (CIEEMG). « L’instruction du dossier se poursuit. Compte tenu de la complexité de mise au point de ce type d’aéronef et du faible nombre nécessaire pour le groupe aéronaval français, la France a décidé de ne pas développer son propre aéronef mais de reconduire le choix d’acquérir les siens auprès des Etats-Unis », explique à Mer et Marine une source militaire, qui rappelle que l’actuelle loi de programmation militaire (2019-2025) prévoit le remplacement des trois E-2C actuellement en service dans l’aéronautique navale par la commande de trois nouveaux E-2D en début de période. Un calendrier qui correspond au fait que la France a actuellement la possibilité, en commandant ces avions un peu plus tôt, de les payer nettement moins cher.

Livrés en 1998, 1999 et 2004, les trois actuels E-2C de la flottille 4F, basée à Lann-Bihoué, près de Lorient, ont été récemment modernisés. Mais compte tenu des évolutions technologiques et aussi du fait que, peu nombreux, ils sont très sollicités (deux des trois avions sont embarqués sur le Charles de Gaulle lorsque celui-ci est déployé), ils devront être mis à la retraite dès la fin de cette décennie. La mise en service des Advanced Hawkeye au sein de la Marine nationale interviendra à cette échéance, avec des livraisons prévues pour le moment à partir de 2027 et une pleine capacité opérationnelle attendue pour 2030, au moment où le Charles de Gaulle sortira de son troisième arrêt technique majeur, doublé d’une nouvelle modernisation, notamment de ses senseurs.

 

Le Charles de Gaulle (©  MARINE NATIONALE - LISA BESSODES)

Le Charles de Gaulle (©  MARINE NATIONALE - LISA BESSODES)

 

 

L'un des trois Hawkeye de la 4F sur le Charles de Gaulle (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

L'un des trois Hawkeye de la 4F sur le Charles de Gaulle (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

L'un des trois Hawkeye de la 4F catapulté du Charles de Gaulle (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

L'un des trois Hawkeye de la 4F catapulté du Charles de Gaulle (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

L'un des trois Hawkeye de la 4F sur le Charles de Gaulle (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

L'un des trois Hawkeye de la 4F sur le Charles de Gaulle (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Les Hawkeye sont pour mémoire des avions radars spécialement conçus pour être mis en œuvre sur des porte-avions à catapultes et brins d’arrêt. « Ces avions garantissent la sûreté du groupe aéronaval par la détection et l’identification lointaine des menaces (mission de guet aérien avancé). Ils combinent également des capacités de commandement et de contrôle à forte élongation et dans la durée, primordiales dans le cadre des opérations aéromaritimes et de projection de puissance en mer et vers la terre, depuis le porte-avions », précise-t-on à l’état-major de la Marine nationale, où l’on souligne que « cet aéronef est le seul qui ait des performances adaptées au rayon d’action des Rafales Marine mis en œuvre depuis un porte-avions équipé de catapultes ».

Longs de 17.56 mètres pour une envergure de 24.58 mètres et une masse maximale au catapultage de 23.8 tonnes, les E-2C, équipés de deux turbopropulseurs de 5690 cv chacun, peuvent voler à la vitesse de 320 nœuds et franchir plus de 1500 nautiques, leur autonomie étant d’environ 6 heures.

 

L'un des trois Hawkeye de la 4F (©  MARINE NATIONALE)

L'un des trois Hawkeye de la 4F (©  MARINE NATIONALE)

 

Capables de suivre quelques 2000 pistes, les Hawkeye disposent d’un radar tournant APS-145, d’une portée de 250 nautiques. L’équipage comprend cinq marins, dont trois opérateurs dans l’espace tactique aménagé en tranche arrière. En plus des aéronefs, le radar est optimisé pour la détection des navires. Les E-2C bénéficient de capacités de renseignement grâce à des moyens de guerre électronique, en l’occurrence des capteurs permettant de recueillir sur 360 degrés des signatures électromagnétiques, qui sont analysées au retour des missions et corrélées avec les informations du radar. L’avion compte en tout 11 moyens de communication : UHF, VHF, HF, satellite, liaisons de données (L11, L16)… Alors que le troisième Hawkeye français avait été réceptionné au standard Hawkeye 2000, auquel ont été portés les deux autres en 2006 et 2007, les trois appareils de la 4F ont été modernisés entre 2017 et 2019 pour voler encore une dizaine d’années. Ont été rénovés l’avionique pour répondre aux normes OACI (interrogateur IFF), la guerre électronique (remplacement du système ESM ALR-73 par un ALQ-217) et le système de mission. De nouvelles consoles tactiques numériques Famous remplacent les équipements d’origine en tranche arrière, alors que les pilotes bénéficient d’une console Mark DL recopiant la situation tactique et permettant le transfert de données L11/L16. Le traitement des signaux radar a été amélioré afin d’optimiser la détection au-dessus de la terre et en zones littorales. Dans la perspective d’un engagement des Hawkeye dans des opérations aéroterrestres, l’intégration du système PRG4 est prévu afin d’assurer une interopérabilité avec les hélicoptères de l’armée de Terre.

Avec ses futurs Advanced Hawkeye, le groupe aéronaval français verra ses capacités accrues par rapport à ce qu’offrent les actuels appareils de la 4F. « Plus que d’assurer le renouvellement de cette capacité qui arrivera en fin de potentiel, les E-2D apporteront une endurance accrue via la capacité de ravitaillement en vol (heures de vol d’affilée doublée par rapport aux E-2C), une capacité de détection au meilleur standard et une amélioration du système de mission. Ces améliorations sont essentielles pour disposer à partir de 2030, et pour une trentaine d’années, d’un système cohérent avec les nouvelles capacités du groupe aéronaval et du groupe aérien embarqué sur porte-avions, constitué à la fin de cette décennie des dernières évolutions du Rafale ».

 

E-2D équipé d'une perche de ravitaillement (©  NORTHROP GRUMMAN)

E-2D équipé d'une perche de ravitaillement (©  NORTHROP GRUMMAN)

 

Les E-2D Advanced Hawkeye ont commencé à entrer en service en 2014 dans la marine américaine et y remplacent progressivement les E-2C. Développé sur la base de la même cellule, l’E-2D intègre un nouveau système de mission et des senseurs de dernière génération plus performants, comme le radar AN/APY-9 AESA. Il va en outre être doté d’une perche de ravitaillement en vol afin, comme on vient de le voir, d’accroître significativement son autonomie. Lors des essais de cet équipement, un E-2D de l’US Navy a réalisé l’année dernière un vol de plus de 8 heures.

- Voir notre reportage sur les Hawkeye embarqués sur le Charles de Gaulle

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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