Défense
Aviation embarquée : La révolution du Rafale Marine

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Aviation embarquée : La révolution du Rafale Marine

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C'est au cours de l'opération militaire en Afghanistan, débutée fin 2001, que le Rafale a connu son premier déploiement au sein de l'aéronavale. Pendant l'opération Heraclès, cinq chasseurs ont été engagés sur le porte-avions Charles de Gaulle, les missions d'assaut étant assurées par les Super Etendard. Après quelques mises au point techniques et une période de rodage d'environ deux ans, classiques pour un nouvel appareil, le Rafale semble donner, aujourd'hui, toute satisfaction : « On sent le saut de génération. Il y a une très grosse différence aéronautique, notamment en matière de commandes de vol, de motorisation, de capacités d'accélération, de manoeuvrabilité... Les performances sont nettement supérieures », explique Aldo (*). Ce capitaine pilote depuis deux ans l'un des Rafale de la flottille 12F. Avant de voler sur le nouvel avion, Aldo a passé deux ans et demi sur Super Etendard. De l'attaque air-sol et air-mer, l'officier est donc passé à la défense aérienne, seule capacité disponible jusqu'ici sur le Rafale (version F1), en attendant l'entrée en service du standard F2 (assaut) : « La défense aérienne est quelque chose de complexe. Il faut se faire une représentation mentale de la situation tactique. Nous avons des indications via les communications et les ordinateurs de bord pour savoir où sont les amis et les ennemis et quels sont les amis les mieux placés pour engager l'ennemi ». Dans la version F1, le Rafale peut emporter jusqu'à 6 missiles Mica (électromagnétique - EM), missile air-air de la classe des 30 nautiques, ou un panachage avec des Magic 2 pour l'autodéfense ( de 300 mètres à 8 kilomètres). A 30 nautiques, soit une soixantaine de kilomètres, la cible n'est pas visible. Dans l'absolu, grâce à son radar, le pilote pourrait effectuer un tir à longue portée mais, si l'appareil visé fait demi-tour, il peut épuiser le missile avant que celui-ci ne l'ait atteint. Cette tactique, utilisée par certains pays, n'est donc pas forcément payante. Le pilote doit jouer avec son radar, la distance du but et l'angle d'attaque pour obtenir la meilleur « probability of kill ».

« Pas grand-chose à envier aux autres »

Aldo estime qu'après les mises au point initiales, le Rafale a « maintenant atteint le stade de la maturité ». Le pilote se rappelle avoir été impressionné lors de son premier vol : « Au début, c'est assez déroutant. Les commandes de vol sont très sensibles et très efficaces. On a 15 tonnes de poussée contre seulement 5 sur le Super Etendard. C'est un peu comme si on comparait la conduite d'une 4 ailes et le départ d'un grand prix ». Par rapport au Super Etendard Modernisé (SEM), l'avionique a fait des progrès colossaux. Le pilote a toutes les informations sous les yeux et dispose d'écrans tactiles et de quatre viseurs principaux (tête haute, collimateur tête moyenne et deux viseurs latéraux). Pour Aldo, le Rafale présente également l'avantage d'avoir une meilleure habitabilité par rapport au SEM : « C'est un avion plus confortable, notamment au niveau du siège, ce qui est important pour les longues missions. Il dispose aussi de l'air conditionné, appréciable dans certaines zones d'opérations où, lorsque l'appareil est en attente au soleil sur le pont, la température dans le cockpit atteint facilement 50 degrés ». En matière d'autonomie, le Rafale emporte une quantité nettement plus importante de pétrole. Si dans les configurations classiques, le chasseur peut rester en vol de 40 minutes à 3 heures, avec les ravitaillements en cours de mission, il peut tenir une dizaine d'heure. Par rapport au SEM, dont l'autonomie est limitée à environ 6 heures (ravitaillé) en raison de problèmes d'huile moteur, le gain est très appréciable.
Depuis 2001, les 10 Rafale F1 livrés à la flottille 12F, basée à Landivisiau (Finistère), ont été opposés à de nombreux appareil : « On s'est mesuré à pas mal d'avions de défense aérienne, comme le F-14, le F-15, le F-18, le Gripen, le Mirage 2000 et, ce mois-ci, à l'Eurofighter. On voit qu'on n'a pas grand-chose à envier aux autres. Le Rafale est un avion comparable au F-18 et il suscite beaucoup de curiosité ».

Le standard F2 arrive

Le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle en océan Indien est l'occasion, pour la marine, de déployer pour la première fois ses nouveaux Rafale au standard F2. Trois appareils flambants neufs rejoindront dans les prochains jours le bâtiment, en escale début mars à Djibouti. Les deux premiers ont été livrés l'été dernier et en octobre, le troisième venant de l'être. « Le F2 est un appareil très attendu car avec lui, on va atteindre la dimension de l'avion multi-rôles. Par rapport au F1, il disposera notamment de la liaison 16, permettant de transmettre des informations entre les avions ou entre les navires et les avions. Grâce à cette amélioration, nous pourrons voir en permanence, sur l'écran tactique, ce que les gens de la force voient, avec des plots et des habillages amis et ennemis. C'est un gros plus ». Le Rafale F2 bénéficie d'un suivi de terrain automatique à basse altitude et à grande vitesse, ainsi que d'une amélioration de l'optronique, avec une caméra TV et infrarouge, autorisant des identifications à longue portée. La différence la plus significative par rapport au F1 résidera, bien entendu, dans l'armement. Conçu pour la chasse tout comme les missions air-sol, le nouveau standard pourra embarquer 6 bombes de 250 kilos GBU, guidées laser, ainsi qu'un missile de croisière Scalp EG. La mise en oeuvre de l'AASM (Armement Air/Sol Modulaire) est également prévue, cette munition étant en cours d'essais. Développés par Sagem, les « 2ASM », guidés par GPS, pourront être tirés de 15 à 50 kilomètres d'altitude vers un objectif prédéterminé, qu'ils atteindront avec une précision de l'ordre de 10 mètres en version inertie/GPS tout temps, et de quelques mètres seulement en version à guidage terminal infrarouge jour/nuit. En matière de défense aérienne, le F2 mettra en oeuvre le missile Mica EM mais également le Mica IR. Doté d'un autodirecteur infrarouge, ce dernier remplacera le Magic 2, avec une portée bien évidemment accrue. En revanche, si le F2 dispose déjà d'un mode radar air-mer, il faudra attendre le standard F3 pour que l'avion soit capable de mettre en oeuvre le missile antinavire Exocet AM 39, tout comme le missile nucléaire ASMP-A. Prévue pour arriver en 2008/2009, la version F3 bénéficiera, par « rétrofit », à l'ensemble des Rafale Marine avant 2020. En attendant la mise en service d'un Rafale totalement polyvalent, Aldo estime que le Super Etendard Modernisé, dont le standard 5 vient de sortir, « reste un super avion d'assaut ».

« Quand on lance une bombe, c'est 2000 personnes qui l'ont fait »

Forte de plus de 160 aéronefs, dont 50 SEM et désormais 13 Rafale, l'aviation navale compte 7000 personnels. Dans un milieu où les pilotes sont parfois jugés comme « une espèce à part », le lieutenant de vaisseau aime à rappeler qu'il est « marin avant d'être aviateur ». Sa formation, il l'a d'abord débutée à l'Ecole navale : « j'ai d'abord fait du quart en passerelle avant de monter dans un avion. Pilote c'était un rêve de gosse mais je voulais être à tout prix sur porte-avions, parce que c'est la marine ». Toutefois, entre le volant et le navigant, sur un bateau, l'aviation restera toujours « un métier pas comme les autres. Beaucoup n'ont pas conscience de ce qu'est vraiment une mission aéronavale, qu'il s'agisse de la préparation ou de l'exécution ». Au moins autant que l'équipage, les personnels des flottilles, basés à terre, son chez eux sur le Charles de Gaulle, d'autant plus aujourd'hui que le bâtiment est le seul et unique porte-avions de la marine : « En 12 ans de carrière, j'ai sans doute passé plus de temps sur le navire que la plupart des gens à bord », note Aldo. Le capitaine met l'accent sur l'interdépendance de tous les personnels: « Les relations avec les techniciens, qui ont des conditions de travail assez pénibles, sont par exemple très importantes. On leur demande beaucoup et le fait d'aller parler et échanger avec eux permet de savoir quels problèmes ils rencontrent sur les avions et, aussi, de leur donner un retour sur leur travail ». Pour le pilote de Rafale, au-delà des techniciens, c'est à l'ensemble de l'équipage que les flottilles doivent la possibilité de partir en opérations : « Sans le bord on ne pourrait rien faire. C'est pourquoi, quand on lance une bombe en Afghanistan, j'estime que c'est l'ensemble des 2000 personnes du Charles de Gaulle qui l'a fait ».
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(*) En raison des risques liés aux missions que mènera dans le prochaines semaines le groupe aérien du Charles de Gaulle au dessus de l'Afghanistan, nous ne donnons le nom du pilote n'est pas donné.

- Ecouter l'interview de Jean-Marc Gasparini, directeur-adjoint du programme Rafale chez Dassault

- Ecouter l'interview de l'amiral Wilmot-Roussel, premier commandant du Charles de Gaulle


A bord du porte-avions Charles de Gaulle