Construction Navale
B. Retailleau (STX) : « L’Etat devra préempter si Fincantieri ne répond pas aux garanties »

Interview

B. Retailleau (STX) : « L’Etat devra préempter si Fincantieri ne répond pas aux garanties »

Construction Navale

Président de la région des Pays de la Loire et du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau suit de très près le dossier de la vente des chantiers STX France de Saint-Nazaire. Parmi les repreneurs potentiels évoqués ces derniers mois, Fincantieri n’avait pas sa préférence, sentiment partagé d’ailleurs par la plupart des élus locaux. Maintenant que le groupe italien est seul en course pour la reprise du constructeur français, il nous livre sa vision de la situation.

MER ET MARINE : Fincantieri a, contre toute attente, été finalement le seul à déposer une offre de reprise auprès du tribunal de Séoul en charge de la vente des actifs du groupe sud-coréen STX Offshore & Shipbuilding. Quelle est votre sentiment à ce sujet ?

BRUNO RETAILLEAU : La première chose à souligner est que nous avons évité le pire, qui aurait été que le tribunal de Séoul relance la procédure au motif qu’il n’y avait qu’une seule offre ou qu’elle était trop basse. Dans ce cas, nous nous serions probablement retrouvés face à une option chinoise dont nous ne voulions à aucun prix. Maintenant, même s’il ne reste que l’offre de Fincantieri et qu’il s’agit d’un industriel européen, je ne crois pas que nous soyons au bout de nos peines. Je constate toujours, localement, des inquiétudes à propos de Fincantieri : ce rachat est celui d’un grand concurrent de Saint-Nazaire, qui a des liens avec les chantiers chinois. De plus, en cas de baisse de charge, il y a des craintes quant à la tentation de transférer les commandes et le savoir-faire en Italie.

L’idée de constituer un « Airbus naval » afin de créer un ensemble européen de dimension mondiale, apte à résister à la concurrence internationale, notamment asiatique, est souvent évoquée. Qu’en pensez-vous ?

Cela peut avoir du sens de créer un Airbus de la mer, mais pas à n’importe quelles conditions. Il nous faut un certain nombre de garanties, sur le capital et au niveau du pacte d’actionnaires.

Concernant le capital, vous ne souhaitez pas, du moins initialement, que Fincantieri dispose d’une majorité absolue…  

La meilleure des hypothèses, à mon avis, est que dans une première phase, le temps pour que nous nous connaissions mieux avec Fincantieri, le bloc public, constitué de l’Etat, de DCNS et pourquoi pas de la Région, soit équivalent au poids du groupe italien, c’est-à-dire environ 40 à 45% du capital. Les armateurs pourraient prendre le reste des parts et je pense qu’il faudrait aussi pouvoir y associer le management, le personnel, ou les deux. Un tel tour de table préserverait les équilibres tout en donnant à Fincantieri un rôle en tant qu’opérateur industriel. Mais pour cela, il nous faut un pacte d’actionnaires robuste.

Quelles garanties souhaitez-vous voir figurer dans ce pacte d’actionnaire ?

L’Etat doit par exemple prévoir que, sur les grandes décisions - celles qui ont trait à l’avenir du chantier - il disposera d’un droit de veto. Il faudra aussi obtenir de Fincantieri des engagements sur le développement et la diversification, en particulier les énergies marines, afin que Saint-Nazaire ne soit pas transformé en simple unité de production. Le chantier doit rester une entité autonome, avec son management, sa force commerciale et ses propres moyens de R&D. Je pense, de plus, qu’en cas d’appel d’offres il devra pouvoir présenter des propositions concurrentes de celles de Fincantieri.

Voir préempter les parts de STX par l’Etat, qui en a la possibilité dans le cadre de l’actuel pacte d’actionnaires, conclu en 2008 avec les Sud-coréens, est-ce pour vous une option ?

Pour moi, il est évident que l’Etat devra préempter les parts de STX si Fincantieri ne répond pas aux demandes de garanties que je viens d’énoncer. Il est clair qu’il ne faut écarter aucun moyen, et c'est aussi valable pour la Région. Au cas où, nous réfléchissons d'ailleurs à une solution avec des entreprises et des banques. 

L’heure est donc aux négociations…

Le tribunal coréen s’est donné plusieurs mois pour étudier l’offre de Fincantieri et l’Etat aura une période d’un mois après le closing de l’opération pour agir s’il le faut. Nous avons donc ce temps devant nous pour travailler dans l’intérêt de tous les acteurs, avec comme objectif d’assurer la pérennité et le développement du site, de ses emplois, de la sous-traitance… Ce dossier doit faire l’objet de la plus grande attention car l’avenir de Saint-Nazaire constitue un enjeu majeur.  Régionalement, et même au-delà, ce chantier naval est en effet un atout exceptionnel. C’est à la fois notre patrimoine et notre avenir industriel, une activité qui génère 7000 emplois directs et indirects, qui fait vivre tout un écosystème et maille le territoire. Et puis il y a bien sûr des enjeux stratégiques pour la France avec l’activité dans la construction navale militaire.  

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Interview réalisée par Vincent Groizeleau, © Mer et Marine, janvier 2017

 

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)