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B2M : Nouvelles précisions sur le programme

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On en sait un peu plus sur les futurs bâtiments multi-missions de la Marine nationale. Trois unités de ce type ont été commandées le 30 décembre à Piriou et DCNS, le premier étant chargé de la construction et le second du maintien en condition opérationnelle des B2M durant six ans. Le tout pour près de 100 millions d’euros. Le contrat est également assorti d’une option pour un quatrième exemplaire. La tête de série doit être livrée en décembre 2015, pour une mise en service prévue dès février 2016. Quant à ses deux sisterships, ils suivront en août et octobre de la même année. Les trois B2M seront basés à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, Papeete, en Polynésie française, et Fort-de-France, en Martinique.

 

 

Une très forte autonomie et 250 jours de mer par an

 

 

Longs de 65 mètres pour une largeur de 14 mètres et un tirant d’eau de 4.2 mètres, les nouveaux bâtiments présenteront un déplacement lège de 1500 tonnes, qui atteindra 2300 tonnes à pleine charge. Capables d’atteindre 15 nœuds, ils pourront franchir 5000 milles à 12 nœuds. Toutefois, pour tenir compte des très vastes espaces océaniques dans lesquels ils seront amenés à évoluer, des réservoirs de carburant supplémentaires pourront être embarqués de manière à porter l’autonomie à 9000 milles. Capables de rester 30 jours en opérations sans ravitaillement, les B2M seront réalisés aux normes civiles et adoptent un design inspiré des navires de services à l’offshore, des bateaux hauturiers caractérisés par leur robustesse et leur endurance. Ainsi, les B2M sont conçus pour effectuer jusqu’à 250 jours de mer par an.

 

 

Le design B2M développé par Piriou et DCNS (© PIRIOU)

Le design B2M développé par Piriou et DCNS (© PIRIOU)

 

 

Des plateformes très polyvalentes

 

 

Destinés à assurer des missions de présence, de surveillance et de protection de territoires ultramarins, d’action de l’Etat en mer (lutte contre les trafics et l’exploitation illicite des fonds marins, police des pêches, assistance aux navires en difficulté et sauvetage en mer…) et d’appui logistique au profit des collectivités territoriales, ils devront également pouvoir assurer la projection intra-théâtre de forces militaires ou de police avec leur matériel et des munitions. A cet effet, les B2M pourront héberger 20 passagers en plus de leurs 20 membres d’équipage. Leurs capacités d’emport seront importantes, avec la possibilité de stocker à bord six conteneurs de 20 pieds (EVP), un engin de travaux publics et deux véhicules de type 4x4. Alors que les bâtiments auront une embarcation de travail de 8 mètres de type chaland de débarquement, la manutention pourra être réalisée au moyen d’une grue pouvant lever 12 tonnes à 14 mètres (ou 10 tonnes à 17 mètres).

Utilisable lors d’opérations humanitaires, par exemple pour acheminer du matériel, du fret, des vivres et des médicaments, ou encore projeter une unité médicale dans une zone sinistrée, les B2M seront également gréés pour intervenir sur des incendies (canons à eau) et lutter contre la pollution. Ils présentent, en outre, des capacités de remorquage, avec une traction au point fixe de 30 tonnes.

 

 

La nouvelle ECUME des commandos marine (© MARINE NATIONALE)

La nouvelle ECUME des commandos marine (© MARINE NATIONALE)

 

 

Mise en œuvre de forces spéciales et d’un drone aérien

 

 

Côté armement, les bâtiments ne seront équipés que de deux mitrailleuses de 12.7mm, ce qui est néanmoins suffisant pour les missions prévues. Ils disposeront, de plus, de deux embarcations rapides destinées aux contrôles et interceptions de bateaux. Equipés d’un support pour une mitrailleuse, ces semi-rigides seront du type EDO NG, des engins de 7 mètres et 3.4 tonnes capables d’atteindre 30 nœuds avec 5 personnes à bord et 20 nœuds avec 14 passagers (35 EDO NG ont été livrées par Zodiac Milpro à la marine française en 2011 et 2012).

 

 

EDO NG (© JEAN-MICHEL ROCHE)

EDO NG (© JEAN-MICHEL ROCHE)

 

 

On notera par ailleurs que les B2M seront capables de mettre en œuvre des ECUME, les nouvelles embarcations de 9 mètres des commandos marine, ce qui signifie qu’ils pourront servir de support au déploiement de forces spéciales, y compris des nageurs de combat (les plateformes sont conçues pour la mise en œuvre de plongeurs). L’embarquement des ECUME pourra se faire au port ou en pleine mer, par exemple suite à un aérolargage des embarcations par un avion de transport.

Enfin, on notera que la Marine nationale envisage d’équiper les B2M d’un drone aérien, solution qui permettrait de renforcer significativement les capacités de surveillance, de détection, d’identification et de poursuite. S’il voit le jour, l’embarquement d’un engin sans pilote nécessitera quelques adaptations sur la plateforme arrière.

 

 

Un drone aérien, ici le Camcopter S-100 (© MARINE NATIONALE)

Un drone aérien, ici le Camcopter S-100 (© MARINE NATIONALE)

 

 

En attendant Batsimar

 

 

Les B2M sont destinés à remplacer en urgence les bâtiments de transport légers (Batral) Jacques Cartier (qui était basé à Nouméa et a été retiré du service l’été dernier), Dumont d’Urville et le La Grandière. Les deux derniers, datant respectivement de 1983 et 1987, sont stationnés à La Réunion et en Martinique. Afin de tenir jusqu’à l’arrivée de leurs successeurs, ils ont (Dumont d’Urville) ou vont  (La Grandière) bénéficier de travaux de remise en état.

 

 

Le Batral La Grandière (© MARINE NATIONALE)

Le Batral La Grandière (© MARINE NATIONALE)

 

 

Très attendus en raison de la réduction globale des moyens de la marine française Outre-mer ces dernières années, malgré l’intérêt que ces gigantesques territoires représentent, les B2M sont toujours présentés par l’état-major de la marine comme une solution de « transition », en attendant l’arrivée des futurs bâtiments de surveillance et d’intervention maritime (Batsimar). Ce programme, destiné à assurer la relève des vieux patrouilleurs français, a été reporté à la prochaine loi de programmation militaire. C'est-à-dire que les Batsimar ne seront au mieux commandés qu’en 2020. Reste que le projet est encore flou et incertain, tant dans son périmètre que dans son format, l’ensemble étant conditionné par l’état futur des finances publiques. D’ici là, la marine n’a d’autre choix que de prolonger ses bâtiments actuels. Ainsi, les derniers P400, qui datent de 1987, pourraient naviguer jusqu’en 2021. Quant aux B2M, comme souvent avec la flotte française, le provisoire a probablement de grandes chances de se transformer en solution durable... 

Marine nationale Piriou Naval Group (ex-DCNS)