Construction Navale

Reportage

Barillec : 60 ans d'histoire d'électricité à Concarneau

Construction Navale

Cela sent encore la peinture fraîche et les nouveaux meubles fraîchement déballés. Dehors, le soleil concarnois vient saluer la nouvelle façade de la compagnie Barillec, à cinquante mètres du quai du Moros. « Ca vous plait ? » Roger Barillec, fringant octogénaire, se promène avec plaisir dans les bureaux rénovés de cette société, qu’il a crée en 1957 et qui, soixante ans plus tard, porte toujours son nom.

 

Loic Gromellon, actuel président de Barillec, et Roger Barillec, fondateur de la société, devant un des robots de la société (DR)

 

« On en a vécu des choses, ici et partout dans le monde ». Roger Barillec feuillette volontiers le livre de ses souvenirs pour raconter ses débuts d’artisan électricien dans les années 50. Tout jeune titulaire d’un CAP et après un passage en Alsace et à Paris, il revient dans sa Bretagne natale. Premier chantier à Concarneau, la réfection du bar-hôtel L’Amiral. C’est là qu’il rencontre celui qu’il appelle toujours « Monsieur » André Dhellemes. Ce dernier, grand armateur thonier concarnois, voit bien le potentiel du jeune électricien et sait à quel point la maîtrise de l’électricité est, déjà à l’époque, un atout sur les navires. Les deux hommes s’associent, la société Barillec & Cie ouvre ses portes en février 1957 dans un ancien dépôt voisin de l’armement Dhellemes.

 

Roger Barillec et André Dhellemes (DROITS RESERVES)

 

Le début d’une grande aventure qui va suivre l’évolution de la flotte concarnoise, accompagner l’essor des conserveries, l’arrivée de nouveaux équipements électroniques à bord des thoniers et les conteneurs frigorifiques pour stocker le thon pêché en Afrique. Roger Barillec est un entrepreneur, il sait que pour accompagner sa croissance, il doit pouvoir maîtriser tous les compartiments de l’installation électrique. Dès les années 60, il rachète l’atelier de rembobinage électrique Ermel, puis crée la SITEL une filière dédiée aux secteurs industriels et tertiaires et ouvre un atelier d’outillage. Au début des années 70, il installe sa société dans les locaux actuels dans la zone portuaire du Moros, crée une filiale dédiée à l’électronique et un atelier de tôlerie-câblage. En 1978, il ouvre même un magasin d’électro-ménager pour les particuliers !

 

Les locaux de Barillec dans la zone du Moros en 1971 (DROITS RESERVES)

 

« On en a fait des kilomètres, des voyages pour aller là où étaient les clients : l’Afrique, le Moyen-Orient et même l’URSS ». Il y a, chez Roger Barillec, le même gout du large que chez ses voisins marins concarnois. Dès le début, il n’a pas hésité à partir à l’aventure. Il rachète ainsi, dans les années 60, un atelier de dynamos et de démarreurs à Dakar et fonde la Compagnie Africaine d’électromécanique qui emploie 20 personnes spécialisées dans le rebobinage, les batteries. Mais il ne s’arrête pas là, et les techniciens de Barillec interviennent partout : Libye, Nigeria, Algérie, Mozambique, Arabie Saoudite, Bénin, Maroc et même en Irak où ils réalisent l’installation électrique d’une usine de poudre de lait à la fin des années 70.

Dans les années 80, Roger Barillec est à la tête d’une holding qui emploie 120 salariés, dont la réputation est internationale. En 1984, il décroche un gros marché pour la modernisation d’une usine de produits d’alimentation infantile en URSS : 11.000 heures de travail qui ouvriront la voie à de nombreux marchés soviétiques, à l’époque où il n’était pas évident, pour une entreprise de l’ouest, de faire sa place sur ce territoire. « Une sacré belle aventure l’URSS », sourit encore aujourd’hui Roger. Au milieu des années 80, les partenaires décident de vendre la majorité des parts de société au groupe devenu aujourd’hui Vinci Energies, toujours propriétaire de la l'entreprise. Roger Barillec restera ingénieur-conseil et est toujours président d’honneur.

 

L'atelier de câblage Serticel (DROITS RESERVES)

 

Depuis, ses successeurs ont pris le relais en gardant le goût de l’innovation et de l’aventure. Ils ont continué à développer les différentes activités, dans la marine, dans les services et dans le tertiaire. Gardant une indépendance d’action au sein du groupe Vinci, ils ont aussi pu bénéficier du réseau de leur maison-mère, que ce soit d’un point de vue technique ou commercial. « Aujourd’hui, nous employons 219 personnes et avons réalisé un chiffre d’affaires de 34 millions d’euros en 2016, avec plus de 800 clients dans l’ensemble de nos activités », détaille Loïc Gromellon, président de Barillec. « La marine représente actuellement 45% de nos activités, l’industrie 35%, le reste étant réparti entre le tertiaire et notre entreprise Omexom spécialisée dans la conversion et le stockage d’énergie ».

 

 

La marine, dont l’activité est dirigée par Maurice Buttet, montre « une très bonne dynamique », constate Loïc Gromellon. Si le plus gros client de Barillec est actuellement son voisin Piriou, il n’est, de loin, pas le seul. « L’électricité est en plein développement sur les navires, notamment pour la partie propulsion. Les technologies avancent très vite, la montée en puissance des voitures électriques crée ce besoin qui va bénéficier au reste de l’industrie ». Les ingénieurs de Barillec Marine le savent, il faut être prêt pour cette nouvelle frontière. Alors ils prennent les devants, en imaginant notamment un projet de navire à pile à hydrogène, et s’appuient sur leurs collègues des services et de l’industrie qui, eux aussi, suivent de près l’évolution des batteries, de la robotique, des automates...  « On sera prêt à fournir la propulsion dont notre client a besoin. L’adaptabilité c’est le cœur de notre métier, notre ADN d’assemblier ».

 

(DROITS RESERVES)

 

L’héritage est encore bien présent. Comme Roger Barillec, les techniciens et ingénieurs de Barillec continuent à voyager et à s’expatrier. Après l’ouverture d’une filiale au Vietnam, dans le sillage du groupe Piriou, une implantation aux Pays-Bas est désormais envisagée. « Nous avons remporté un beau contrat en Hollande avec Doeksen. Ce pourrait être le point de départ pour se positionner sur les marchés nordiques ».

Et comme à l’époque, le groupe étend son activité grâce à des rachats. Ainsi, Barillec vient d’annoncer la reprise de son ancien concurrent concarnois Le Gall. Soixante plus tard, l’histoire continue à s’écrire à Concarneau et bien au-delà.

 

(DROITS RESERVES)