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Construction Navale

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Barreras achève le flotel Reforma Pemex et lorgne sur la croisière

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Le Reforma Pemex, navire d’hébergement (flotel) destiné à la compagnie mexicaine Pemex, spécialisée dans les activités pétrolières offshore, est en achèvement à flot au chantier Barreras de Vigo, en Espagne. Après ses essais en mer, le navire avait été envoyé en avril se faire peindre à Viana do Castelo (Portugal), dans les installations de West Sea. Il est revenu fin mai à Vigo, paré de sa livrée verte, sa passerelle allant être peinte en blanc. C’est désormais la dernière ligne droite pour les travaux à bord avant la livraison, prévue cet été.

Une unité faite pour suivre les installations offshore

Long de 121 mètres pour une largeur de 27 mètres, le Reforma Pemex sera armé par 91 membres d’équipage et pourra héberger 688 personnels travaillant sur les installations offshore.

Doté d’un système de positionnement dynamique DP3, avec deux propulseurs d'étrave, un propulseur azimutal rétractable à l'avant et deux propulseurs azimutaux à l'arrière, de grues et de rampes de transfert, ainsi qu’une plateforme hélicoptère, ce flotel est conçu pour suivre les flottes offshore, en particulier les unités de forage.

 

 

 

Mise à l'eau de l'Orgullo Petrolero en août 2015 à Ferrol (©  NAVANTIA)

Mise à l'eau de l'Orgullo Petrolero en août 2015 à Ferrol (©  NAVANTIA)

 

Un sistership en construction chez Navantia

Lancé le 29 septembre 2015, le Reforma Pemex est le sistership de l’Orgullo Petrolero, mis à l’eau le 28 août 2015 par le site Navantia de Ferrol, qui le remettra à son armateur mi-septembre, soit deux mois après la date initialement prévue (plus de 800 personnes travaillent à bord en ce moment pour limiter le retard). Les deux chantiers espagnols avaient en effet remportés ensemble la commande de Pemex début 2014, pour un montant de 150 millions d’euros par bateau. La compagnie mexicaine, qui a repris 51% de Barreras en 2013, devait notifier l’an dernier une unité supplémentaire au chantier de Vigo, qui avait d'ailleirs commencé par anticipation sa construction . Mais la crise de l’industrie pétrolière, qui a obligé l’Etat mexicain à renflouer le groupe pour éviter sa faillite, a contraint Pemex à suspendre ce projet. Et Barreras à tenter de trouver un repreneur au bateau, sans succès pour le moment. 

 

Le ferry Abel Matutes, livré à Balearia en 2010 (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le ferry Abel Matutes, livré à Balearia en 2010 (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un projet de paquebot de luxe évoqué

Barreras se retrouve donc dans une situation délicate car son carnet de commandes est vide après le Reforma Pemex. Alors que le chantier avait misé sur l’offshore et son nouvel actionnaire pour se redresser, il doit revoir sa stratégie et compte notamment se repositionner sur le segment des navires à passagers. En dehors des ferries, dont il a réalisé de nombreux exemplaires, dont les Français Côte d’Albâtre et Seven Sisters (2006), mais aussi son plus gros navire, l'Abel Matutes (190 mètres de long pour 26 mètres de large) livré à la compagnie espagnole Balearia en 2010, Barreras lorgne sur le marché de la croisière, très porteur actuellement. Alors que les chantiers espagnols pourraient tenter de nouer des partenariats avec les grands constructeurs européens de paquebots, dont les cales sont actuellement saturées, selon le quotidien La Voz de Galicia (en date d’hier), des négociations sont toujours en cours entre Barreras et un armateur mystère pour la construction d’un navire de croisière « de luxe ». Le journal avait révélé cette information en mars dernier, citant des sources syndicales et un projet d’un montant de 300 millions d’euros. Il était alors question de la complexité du montage financier à mettre en œuvre et des problématiques détaxation et de couverture du contrat par le gouvernement de Galice. Mais la bonne nouvelle, qui était alors attendue incessamment par le président de la communauté autonome, n'est toujours pas intervenue.

 

Le Reforma Pemex chez Barreras (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Reforma Pemex chez Barreras (©  MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La longue crise de la navale dans la Ria

D’où l’inquiétude des autorités quant à l’avenir de l’un des principaux constructeurs locaux et l’impérieuse nécessité, pour toute la filière et l’économie régionale, que ce chantier mais aussi les autres engrangent rapidement des contrats. Il faut dire que la navale dans la Ria de Vigo, où l’on trouve Barreras mais aussi Armon, Metalship, Vulcano, Freire ou encore Cardama, a été touchée de plein fouet par le repli du secteur de la pêche, activité historique de Vigo, premier port de pêche espagnol et l’un des plus importants d’Europe. Un recul doublé des soubresauts économiques et financiers intervenus ces dernières années et qui ont mis à mal les autres segments d’activité dans la construction de navires civils.

Plus de 17.000 emplois détruits depuis 2000

Il y a quelques jours, la fédération de l’industrie du syndicat CIG a d’ailleurs alerté l’opinion publique sur les conséquences sociales et économiques d’une longue période de sous charge. Selon elle, pas moins de 17.446 emplois, dont 5882 directs, auraient été perdus depuis 2000. L’activité ne représenterait plus d’après la CIG que1400 emplois directs pour l’ensemble des chantiers de Vigo, contre 10.000 en 2008. Les effectifs ont donc été considérablement réduits suite à l’effondrement des commandes lié à la crise intervenue il y a 8 ans. Une crise venue accentuer les difficultés déjà rencontrées précédemment. Ainsi, d’après la CIG, seuls 432 salariés travaillent aujourd’hui chez Barreras, alors qu’ils étaient 2375 en 2000. La chute est encore plus vertigineuse chez Vulcano, passé en 16 ans de 1083 à seulement 90 employés, alors que les effectifs de Metalships ont fondu de 2545 à 157 sur la même période. En plus des suppressions de postes liées à l’effondrement des commandes depuis la crise, les syndicats dénoncent également le recours massif à la sous-traitance.