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Bayonne : De nouvelles grues pour renforcer la compétitivité du port

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Après l’acquisition d’un moyen de dragage en propre et alors qu’il amplifie ses actions en faveur du report modal via le développement de solutions ferroviaires, le port de Bayonne va se doter de deux nouvelles grues. Cet investissement de 9 millions d’euros a été entériné la semaine dernière par la Chambre de Commerce et d’Industrie Bayonne Pays Basque et la Région Nouvelle Aquitaine, respectivement gestionnaire et propriétaire du port.

Répondre aux besoins des Laminoirs des Landes à Tarnos

A l’issue d’un appel d’offres, le constructeur allemand Liebherr, basé à Rostock, a été retenu pour fournir les deux nouvelles grues. Le contrat a été signé le 11 avril en vue d’une livraison des équipements avant l’été 2019. Ces grues sont de deux types. Une LPS 550 (qui sera nommée GR 15), d’une capacité de 50 tonnes à 40 mètres (124 tonnes à 20 mètres et une portée maximum de 48 mètres), équipera le quai de Tarnos, en aval du port. Elle sera notamment employée au profit des Laminoirs des Landes, nouvelle usine du groupe Añon qui va débuter son activité prochainement. La grue permettra de traiter les brames d’acier, sachant que ce trafic doit représenter 500.000 tonnes par an à partir de 2022 (230.000 tonnes la première année). La GR 15, qui pourra également être employée avec une benne, servira aussi à la manutention d’autres marchandises, comme les engrais, une activité qui se porte bien.

 

Le future grue GR 15 du terminal de Tarnos (© LIEBHERR)

 

Accroître le potentiel du nouveau quai de Blancpignon

L’autre grue est destinée au site de Blancpignon, sur la commune d’Anglet en amont du port, où elle va permettre de renforcer l’unique grue qui se trouve sur le quai Castel. Inauguré en 2015, ce dernier traite essentiellement des engrais et du soufre. L’objectif du port, en y ajoutant une seconde grue de forte capacité, est d’exploiter tout le potentiel de ce quai qui présente l’avantage d’être dans une position plus protégée qu’à l’embouchure et de pouvoir accueillir des vraquiers de 180 mètres. Nommé GR 21, le futur outillage sera du type LPS 420, capable de soulever des charges de 40 tonnes à 30 mètres (60 tonnes à 20 mètres et une portée maximale de 48 mètres).

 

Le future grue GR 21 du terminal de Blancpignon (© LIEBHERR)

 

« L’acquisition de ces grues répond aux besoins des industriels locaux et fait partie d’une stratégie à long terme qui vise à renforcer la compétitivité et l’attractivité du port de Bayonne.  Elles vont permettre de disposer de capacités supérieures, d’améliorer le rendement et de décharger plus vite les bateaux, avec pour conséquence de diminuer le coût du passage portuaire. Ces nouvelles grues ne vont pas remplacer d’anciens outillages mais viennent compléter les moyens existants. Nous aurons donc en tout sept grues, soit quatre en aval, une à Saint-Bernard et deux à Blancpignon. S’y ajoute un huitième moyen de levage, une pelle à bois sur le quai Saint-Bernard. Toutes les grues sont et resteront opérées par des grutiers du port », explique Georges Strullu, vice-président de la CCI Bayonne Pays-Basque et par ailleurs président de la station de pilotage de L’Adour. Ce dernier souligne que le port a fait le choix d’équipements à bogies montés sur rails et non de grues mobiles sur roues, pour des questions environnementales : « Nous avons eu la volonté d’opter pour du matériel électrique et pas des grues mobiles avec une motorisation thermique. C’est un vrai choix en faveur de la préservation de l’environnement car cela a un coût, de 500.000 euros supplémentaires par grue ».

Des bateaux jusqu’à 180 mètres et 20.000 tpl

Le renforcement des moyens de manutention portuaire va, notamment, permettre de traiter dans les meilleures conditions et plus efficacement les gros navires, qui sont de plus en plus nombreux à escaler dans l’Adour, où peuvent être accueillis des bateaux allant jusqu’à 180 mètres de long, 30 mètres de large et 20.000 tonnes de port en lourd.  Bayonne va également assurer une continuité de service sur les trois terminaux du port avec un minimum de deux grues sur chaque site,  offrant une redondance en cas de panne ou d’opération de maintenance programmée, sans avoir recours à une prestation externe.

L’achat des nouvelles grues s’inscrit dans le plan d’actions adopté en novembre dernier par la Région et la CCI, qui ont décidé de porter les investissements sur le port basque de 2.7 à 14.3 millions d’euros sur la période 2017-2023. Outre les outillages, qui représentent donc avec leur coût de 9 millions le gros de cette augmentation, il s’agit aussi d’accompagner la croissance du trafic maritime en réalisant des voies ferrées et refaire la toiture de deux magasins de stockage à Blancpignon.

 

 

Développement du ferroviaire avec l’OFP Sud Ouest

Pour se développer, le port mise en effet beaucoup sur la logistique et le rail. A cet effet, un opérateur ferroviaire de proximité a été créé en 2015 et a débuté ses opérations l’année suivante. Détenu par la CCI de Bayonne (40%), Euro Cargo Rail (24.9%), le GIE Maïsïca (10%), la Société Logistique du Pays Basque (10%) et pour 15.1% répartis entre quatre actionnaires locaux, l’OFP Sud Ouest vise à desservir le grand hinterland de Bayonne, de Bordeaux à la frontière espagnole en passant par Tarbes. Le port ambitionne de faire transiter un tiers des marchandises, soit environ 500.000 tonnes, par le train, avec notamment du coke de pétrole et du soufre (importés), du bioéthanol (export) mais aussi un tiers du maïs traité par le port, soit un trafic de 120 à 150.000 tonnes. « L’attractivité d’un territoire passe d’abord par ses capacités logistiques et le train en fait partie. Il s’agit de proposer, sur notre territoire, des solutions attractives aux entreprises pour l’import et l’export de marchandises passant par le port. Nous nous plaçons comme un acteur complémentaire aux grands opérateurs qui exploitent les lignes longues, comme le corridor Atlantique qui passe par chez nous. Le développement du transport ferroviaire est aussi important pour l’environnement puisque nous sommes sur un axe où 8 à 12.000 camions circulent chaque jour à la frontière franco-espagnole. Si on peut en enlever une partie, ce sera mieux. Il y a également un vrai avantage en matière de traçabilité de la marchandise. Un train de maïs, par exemple, c’est 1500 à 1600 tonnes chargées à un point et arrivant à destination en une fois, pas une multitude de camions. Et cela nécessite aussi moins de personnel », dit Georges Strullu, également président de l’OFP Sud Ouest.

Une plateforme logistique trimodale à Saint-Bernard

Pour faire croître l’offre de transport par le train, l’OFP Sud Ouest veut faire émerger à Saint-Bernard, à partir de 2019/2020, une zone logistique avec un centre de fret tri-modal (maritime, fer, route) qui aura vocation à développer le transport de fret (vrac et conventionnel) par le rail. « Cela a beaucoup de sens. Il y a un créneau à prendre avec la création d’une plateforme logistique à Saint-Bernard, en nous appuyant sur la connexion avec la gare de triage de Bayonne, par où passent les trains du corridor atlantique. L’idée est d’offrir aux clients des solutions clés en main ».

Un atelier de maintenance pour les locomotives et wagons

Dans cette perspective, l’OFP Sud Ouest monte en puissance. L’opérateur, qui a loué une première locomotive et compte en prendre d’autres au fil du développement du trafic, doit notamment recruter un second conducteur très prochainement. La mise en place d’un atelier mobile pour le matériel roulant, du fait du manque de structures de ce type dans la région, est également un succès. « Cela fonctionne et, par conséquent, nous devrions disposer d’ici la fin de l’année d’un hangar en dur, à Saint-Bernard, pour effectuer les réparations de locomotives et de wagons ». Une activité qui va elle aussi permettre de créer de l’emploi, l’OFP étant probablement amené à s’allier pour cette partie technique avec une société spécialisée.

 

La drague Hondarra (© CCI BAYONNE PAYS BASQUE)

 

Les bénéfices de la nouvelle drague

Le développement du port de Bayonne est aussi passé, ces dernières années, par la construction d’une drague, l’Hondarra. L’acquisition de ce navire a radicalement changé la donne, car le port ne disposait pas jusque-là de moyen propre et devait, deux fois par an, avoir recours à des entreprises extérieures de dragage.

Livré en 2015 par le chantier espagnol Muruetta, ce bateau neuf a été spécialement conçu pour opérer dans L’Adour et pouvoir être entretenu dans la cale sèche de Blancpignon. Longue de 62.3 mètres long pour une largeur de 12.8 mètres et un tirant d’eau de 4.2 mètres, l’Hondarra met en œuvre deux techniques pour aspirer ou extraire les sédiments. Elle utilise une élinde trainante à l’embouchure (fosse de garde/chenal) et dans le chenal intérieur jusqu’au pont Grenet, y compris la zone d’évitage et la zone d’approche de Saint-Bernard. Le dragage des souilles des différents quais du port se fait, quant à lui, au moyen d’une benne.

Dragage plus raisonné et maintien permanent des accès nautiques

Trois ans après l’arrivée de l’Hondarra, le bilan est apparemment très satisfaisant. « Cette drague nous permet de maintenir les accès nautiques toute l’année alors qu’auparavant, nous ne pouvions compter que sur les campagnes de dragage annuelles au printemps et à l’automne, avec entre les deux une évolution des sédiments variable selon les conditions météo. Souvent, certaines parties du fleuve étaient difficiles d’accès en fin de période. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, nous pouvons intervenir dès qu’il le faut et cela de manière plus raisonnée. En effet, quand on ne menait que deux campagnes par an, il fallait draguer beaucoup afin de pouvoir tenir jusqu’à la campagne suivante. Aujourd’hui, nous faisons seulement ce dont nous avons besoin, ce qui réduit aussi la rapidité avec laquelle les sédiments s’accumulent ».

Des économies et de nouvelles retombées pour le territoire

Cela, pour un coût moindre que le recours à des entreprises extérieures : « Nous constatons une économie de 600.000 à 900.000 euros chaque année », même en comptant la hausse de la masse salariale liée à l’armement et à l’entretien de la drague. « 14 personnes, ainsi qu’un capitaine d’armement, sont en charge de la drague. Nous avons pu mutualiser le personnel avec le remorqueur Baléa, qui appartient lui aussi à la CCI. Au final, une dizaine d’emplois a été créé et ce qui est intéressant, c’est que non seulement nous avons réduit le coût global du dragage, mais qu’en plus l’argent que nous dépensons dans cette activité part maintenant directement dans l’économie et l’emploi sur le territoire, ce qui n’était pas le cas auparavant ».

Les plages d’Anglet regarnies grâce aux opérations de clapage

Le projet d’acquisition de la drague avait aussi une dimension d’intégration de problématiques touchant à la fois le port et la ville, en particulier la lutte contre le phénomène d’érosion du trait de côte. Là aussi, les résultats sont aux rendez-vous explique Georges Strullu : « Conformément aux objectifs que nous avions fixés, 100% des sables dragués dans l’embouchure sont clapés au droit des plages d’Anglet et, aujourd’hui, les plages sont engraissées grâce à ces clapages, que nous menons selon les recommandations scientifiques ».

Augmenter le trafic d’un tiers d’ici 2023

Selon la CCI,  les nouvelles conditions d’exploitation du port permettent d’envisager une progression du trafic de 15% dès 2018, soit 2.68 millions de tonnes attendus (2.34 Mt en 2017). La projection 2023 table même sur une activité atteignant 3.11 millions de tonnes, soit une augmentation d’un tiers du trafic en six ans.

André Garreta, président de la CCI, avait présenté le 7 décembre dernier les quatre piliers sur lesquels s’appuient ces projections : En plus du démarrage de l’activité des Laminoir des Landes, Bayonne mise sur le retour des hydrocarbures raffinés qui devraient générer un trafic de 150.000 tonnes dès cette année. Alors que le salon professionnel Agri’Vrac, initié en septembre dernier avec succès est reconduit en 2018, la place portuaire basque veut confirmer ses positions sur les vracs agro-alimentaires : céréales, engrais et dans une moindre mesure nutrition animale devraient constituer un ensemble de 900.000 tonnes. Enfin, CELSA est appelé à croître avec un investissement à l’étude de 60 millions d’euros pour la construction de laminoirs. Ils permettraient à l’aciérie d’augmenter significativement sa capacité de production de 650.000 à 1.1 million de tonnes, avec pour le trafic maritime un impact à terme estimé à 300.000 tonnes.

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