Défense

Actualité

Bernard Prézelin présente la nouvelle édition de Flottes de Combat

Particulièrement attendue, la bible des marines militaires est en cours d’impression. En fin de semaine dernière, Bernard Prézelin, auteur de Flottes de Combat, a mis un point final à la nouvelle édition de cet ouvrage monumental, qui détaille, pays par pays, tous les moyens dont disposent les marines mondiales : qu’il s’agisse de bâtiments, d’aéronefs et d’équipements, le tout accompagné de fiches techniques complètes, d’une abondante iconographie et de textes retraçant l’évolution des bâtiments et des programmes au fil des années, ainsi que les projets futurs ou en cours de réalisation. La plus petite unité y est répertoriée, de même que toutes les forces navales, marines bien entendu, mais aussi les différentes administrations maritimes, comme les garde-côtes et les douanes. Jusqu’au dernier moment, il a fallu maintenir cette incroyable base de données à jour, avec une foule de modifications. « Le lecteur pourra, à la lecture des trois pages d’addendum prendre la mesure du nombre d’informations parues durant la seule période allant de la mi-septembre au 19 novembre et que bien entendu il n’a pas été possible d’incorporer dans le corps de l’ouvrage, celui-ci étant en cours d’impression et de fabrication », explique Bernard Prézelin.

Pour cette nouvelle édition, qui doit paraitre le 5 décembre, Flottes de Combat compte 1443 pages, soit 163 de plus que la précédente, 119 schémas et 5639 photographies (dont 4562 nouvelles), soit 954 de mieux qu’en 2008. Cela fait en effet quatre ans que cet ouvrage de référence n’est pas paru. Une durée très longue puisqu’habituellement la parution intervient tous les deux ans.

 

Flottes de Combat 2012 sortira le 5 décembre (© EDILARGE)

 

Pages de Flottes de Combat 2012 (© EDILARGE)

 

Un travail titanesque reposant sur une seule personne

 

Ce délai supplémentaire s’explique de plusieurs manières. D’abord, Bernard Prézelin a décidé d’arrêter son activité professionnelle il y a trois ans pour se consacrer entièrement au livre, une décision indispensable à la poursuite de l’aventure mais très chronophage dans la mesure où elle a nécessité de multiples formalités administratives. Mais le retard s’explique aussi par le travail colossal que représente la réalisation d’un tel livre, surtout en cette époque où les forces navales évoluent à une vitesse stupéfiante aux quatre coins de la planète. Il faut donc demeurer en alerte permanente pour collecter une multitude d’informations permettant de tenir à jour les bases de données. Une œuvre de fourmi rendue possible par la constitution, au fil des années, d’un réseau d’informateurs fiables, partout dans le monde, ainsi que la compilation, et la vérification, de dizaines de milliers d’informations circulant dans les revues spécialisées et sur la toile. Même les blogs, notamment asiatiques, doivent être suivis avec la plus grande attention. « Pour la marine chinoise, par exemple, c’est le seul moyen de se tenir au courant car il n’y a toujours pas de communication officielle », souligne Bernard Prézelin. Et le développement considérable des moyens d’information, au premier rang desquels Internet, mais aussi, en parallèle, l’accroissement du travail de vérification pour éviter les erreurs, les approximations et autres campagnes de désinformation, ne rendent pas le travail plus simple mais, au contraire, le complexifie souvent un peu plus. « Recherche et vérification de l’information, saisie informatique des modifications dans la base de données, sélection et cadrage des photos, composition de la maquette, relecture, vérification des épreuves… Et d’autre part la conjoncture internationale qui ne facilite pas la tâche, avec d’un côté des marines occidentales contraintes de réduire une énième fois leur format, ce qui génère de nombreux transferts et impose de naviguer à vue, et de l’autre des marines asiatiques en progression constante, voire fulgurante pour ce qui concerne la marine chinoise. Enfin une regrettable habitude qui a tendance à se généraliser chez certains équipementiers et constructeurs, à savoir le refus de communiquer sur les nouveaux contrats signés… Flottes de Combat constitue un travail passionnant mais considérable pour une seule personne ». Contrairement à une idée assez répandue (que l’on connait d’ailleurs bien à Mer et Marine), la réalisation de Flottes de Combat n’est, en effet, pas le fruit du travail d’une grosse équipe. Bernard Prézelin est seul à la barre de ce livre, ce qui rend le travail accompli d’autant plus remarquable.

 

 

Bernard Prézelin lors de l'une de ses nombreuses sorties pour photographier

et  visiter les bâtiments en escale. "Même à l'heure d'Internet, aller sur le terrain

demeure très important", explique-t-il (© JACQUES CARNET)

 

« Par passion et par conviction »

 

« Cela représente un investissement total, j’y passe 15 heures par jour environ et cela fait longtemps que je ne compte plus sur les week-ends, ce que mon épouse sait d’ailleurs me rappeler ! Quant aux vacances, je parviens à vraiment en prendre seulement une semaine par an. Et encore, avec Internet, quand je pars j’emporte régulièrement mon ordinateur portable pour continuer de traiter le flot de mails qui me parviennent ». Pour l’auteur, Flottes de Combat est un véritable sacerdoce. « Je ne le fais pas pour l’argent, car ce n’est pas une activité lucrative, loin s’en faut. J’avais jusqu’en 2009 une activité professionnelle dans le secteur des assurances. Mais j’ai décidé d’arrêter prématurément, avec cinq années d’avance sur le terme normal de ma carrière, afin de pouvoir me consacrer exclusivement à Flottes de Combat, même si cette décision a amputé d’un tiers ma retraite. Non, si je continue, c’est avant tout par passion et par conviction. Je suis en effet convaincu de l’utilité croissante des marines et de l’institution Marine nationale. L’importance croissante des enjeux maritimes peut d’ailleurs facilement se mesurer aux investissements considérables réalisés par les pays émergents dans leurs forces navales, par exemple en Asie et en Afrique ».

 

Il voulait être officier de marine, il sera assureur

 

Ayant fêté ses 63 ans le 17 octobre, Bernard Prézelin est à la tête de Flottes de Combat depuis 1990, après une édition de « transition », en 1988, qu’il a cosignée avec son prédécesseur, Jean Labayle-Couhat.  Installé à Paimboeuf, sur les bords de Loire, non loin de Saint-Nazaire, le cinquième auteur de Flottes de Combat est un enfant du pays, puisque c’est ici qu’il est né en 1949. Après avoir passé son baccalauréat en 1967 à Saint-Nazaire, il débute des études de droit et décroche une maîtrise en 1972. Un diplôme de juriste avec option « droit maritime ». Car le jeune Bernard est passionné depuis l’enfance par les bateaux, et plus particulièrement les bateaux gris. Stagiaire au centre de Préparation Militaire Marine de Nantes à partir de 1971, puis élève-officier au Centre d’Instruction Naval de Brest pour le cours EOR/ORSA (Élèves Officiers de Réserve/Officiers de Réserve en Situation d’Activité) dans la branche « chef de quart » en 72 et 73, il embarque les deux années suivantes sur les chasseurs de mines Circé puis Cybèle.  L’enseigne de vaisseau Prézelin aurait bien aimé embrasser une carrière d’officier de marine mais la vie en a voulu autrement. A contrecœur, il devra reprendre le cabinet d’assurance familial en 1975. Malgré tout, il continue de vivre sa passion et, en tant que réserviste, embarque régulièrement. Des moments de bonheur qui lui permettent de naviguer sur de nombreux bâtiments, des dragueurs aux porte-avions, en passant par les bâtiments de débarquement, les unités logistiques ou les bateaux écoles. L’assurance demeure une activité « alimentaire » mais il suffit de le rencontrer à son cabinet pour comprendre, immédiatement, où se trouve sa passion : tapes de bouches, photos, cadres… Au fil des années, les murs se couvrent d’une décoration marine très insolite pour un bureau d’assureur...

 

Bernard Prézelin a été fait Chevalier de la Légion d'Honneur en 2006 (© MM)

 

Première rencontre avec Jean Labayle-Couhat en 1980

 

Comme tous les officiers de marine, Bernard Prézelin est évidemment devenu très tôt un lecteur de Flottes de Combat, ouvrage de référence fondé en 1897 par le commandant de Balincourt, dont il acheté son premier exemplaire en 1968.

En 1980, cela fait six ans que Jean Labayle-Couhat rédige la « bible navale ». Bernard Prézelin, attentif aux différentes informations circulant sur les marines, décide de lui écrire pour lui communiquer des éléments. Coup de chance, l'un de ses amis connait le fils de l'auteur et la lettre arrive donc à bon port, suscitant l'intérêt de Jean Labayle-Couhat. « C’est là que nous nous sommes rencontrés, le courant est tout de suite passé. Il m’a d’abord proposé de relire les épreuves des futures éditions du livre, ce que j’ai accepté de faire bénévolement. Et puis, au moment de boucler l’édition 1986, il m’a demandé si je souhaitais prendre la suite ». Jean Labayle-Couhat avait trouvé en ce jeune passionné le candidat idéal pour reprendre le flambeau. « Mon cher Prézelin », devenu au fil des années « Mon petit Bernard », comme il appelait affectueusement son « fils spirituel », accepte immédiatement. « J’ai dit oui tout de suite, sans me rendre compte que je mettais le doigt dans un engrenage qui allait happer tout le bonhomme », confie-t-il avec le sourire. Car, s’il aime mettre les points sur les « I » sur l’investissement que représente Flottes de Combat et faire taire les mauvaises langues qui pensent que l’affaire est lucrative, le capitaine de vaisseau (R) Prézelin n’est pas dans la complainte. Bien au contraire, pour abattre un tel travail, il faut une sacrée dose de courage et d’abnégation. Et c’est sans doute cet aspect de son caractère qui a convaincu Jean Labayle-Couhat de lui passer le témoin.

 

A Paris, on regarde de haut le petit provincial

 

Pour autant, l’opération est à l’époque loin d’être évidente. Flottes de Combat est une institution quasi-séculaire et, à l’Etat-major de la marine, on surveille évidemment de près les changements d’auteurs. Quelques officiers-généraux en « retraite » (en « deuxième section » comme on dit dans la marine) convoitent d’ailleurs la succession de Jean Labayle-Couhat, alors septuagénaire. Mais celui-ci n’en démord pas. « Il voulait pour assurer la continuité du service un successeur jeune, passionné et désintéressé ».

Jean Labayle-Couhat a donc fait reconnaître par le chef d’état-major de la marine d'alors son poulain, qui n’avait en 1986 que 37 ans. Afin d’assurer au mieux la transition, il décide d’associer pleinement Bernard Prézelin à l’édition 1988, qu’ils rédigeront chacun pour moitié, puis se propose d’écrire la préface en 1990. A Paris, certains doutent pourtant du choix du nouvel auteur. Surtout qu’il n’est pas Parisien, ce qui à l’époque est manifestement considéré dans la capitale comme un insurmontable obstacle. Même Jean Labayle-Couhat estimait que de ne pas être à côté du commandement pouvait constituer un handicap. « Et bien l’une de mes plus grandes satisfaction est d’avoir démontré que dans notre lointaine province, on peut faire aussi bien qu’à Paris, voire mieux », explique, amusé, Bernard Prézelin. De fait, rapidement, il se montre à la hauteur de son aîné, qui le reconnait comme son digne successeur au cours de l’une de leurs ultimes conversations. « Au printemps 1994, quelques semaines avant son décès brutal, Jean Labayle-Couhat m’a confié qu’il pouvait partir l’esprit tranquille, étant sûr d’avoir fait le bon choix, ce qui m’a naturellement touché ».

 

Une indispensable mine d’informations

 

Cela fait désormais 32 ans que Flottes de Combat fait partie de la vie du Paimblotin et plus de 24 ans qu’il préside à sa destinée, avec le succès qu’on lui connait. L’ouvrage, traduit puis adapté par les Américains tant ceux-ci le trouvaient remarquable, est sans doute l’outil le plus complet et le plus fiable du genre dans le monde. Au cours de ses 115 ans d’existence,  Flottes de Combat a connu différentes évolutions, comme l’introduction des équipements électroniques sous Jean Labayle-Couhat et la démultiplication de sa pagination avec Bernard Prézelin. « Dans les années 50 et 60, il y avait moins de 500 pages et, jusqu’à la fin de la guerre froide, les choses étaient assez carrées. C’est ensuite que la situation a considérablement évolué, avec le développement de nombreuses marines, entrainant une augmentation du nombre de pages ». Amélioré et enrichi au fil des ans, mais conservant toujours son format à l’italienne, Flottes de Combat, désormais totalement en couleurs, a même atteint cette année, avec un record de 1443 pages, les limites techniques de son imprimeur et de son relieur, ce qui a contraint Bernard Prézelin à renoncer au traditionnel index des numéros de coque. Si une version numérique existe aujourd’hui pour le ministère de la Défense, l’ouvrage papier a encore de beaux jours devant lui. Car il est tout simplement indispensable pour les marins, comme les passionnés de bateaux gris. « Ils comptent tous dessus puisque c’est une mine d’informations. Ca fait par exemple plaisir de voir l’état des livres sur les passerelles, au bout de deux ans. Ils ne sont plus très frais mais ça prouve, au moins, qu’ils servent et ne sont pas restés dans leur boite », se félicite Bernard Prézelin, qui compte bien poursuivre plusieurs années encore ce labeur acharné, sa manière à lui de vivre sa passion et de servir la marine.  

_____________________________________________________________

 

- ACHETER FLOTTES DE COMBAT