Marine Marchande
Beyrouth: Interpol émet des notices rouges contre les capitaine et propriétaire du Rhosus

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Beyrouth: Interpol émet des notices rouges contre les capitaine et propriétaire du Rhosus

Marine Marchande

L’un s’appelle Igor Grechushkin, l’autre Boris Prokoshev. Le premier serait le propriétaire et le second était le commandant du Rhosus, navire qui convoyait un stock de nitrate d’ammonium de Batumi (Géorgie) vers le Mozambique. Arrivé en novembre 2013 à Beyrouth, pour une escale imprévue, le vraquier fatigué n’avait pu quitter le port, bloqué par les autorités locales. Les 2750 tonnes du produit, utilisé tant pour faire des engrais que des explosifs, avaient finalement été déchargées et stockées sur place dans le hall 12. Sept ans plus tard, le 4 août 2020, le nitrate d’ammonium a provoqué une formidable explosion qui a coûté la vie à environ 200 personnes et ravagé une part de la capitale libanaise.

Cinq mois après la catastrophe, alors que plus d'une vingtaine de Libanais ont été inculpés pour leur responsabilité dans le drame, des notices rouges ont été émises par Interpol, à la demande du procureur général de Cour de Cassation, le juge Ghassan Khouri, selon l’agence de presse libanaise NNA. Elles visent les deux Russes, ainsi que Jose Moreira, un homme d’affaires portugais qui avait inspecté la marchandise dans l’entrepôt libanais en 2014.

En 2013, Igor Grechushkin possédait une société, Teto Shipping, basée à Chypre, semble-t-il. Devant les difficultés à Beyrouth, il s’était révélé être aux abonnés absents, abandonnant son navire pavillonné en Moldavie ainsi que l’équipage, tandis que personne ne réclamait le chargement. Le commandant et trois autres marins seraient restés 10 mois bloqués sur place. L’homme d’affaires russe avait répondu, deux jours après l’explosion, le 6 août, à la police chypriote. Depuis, il se fait discret.

En revanche, après l’annonce de l’émission d’une notice rouge à son encontre, le commandant du Rhosus, Boris Prokoshev, a réagi auprès de l’agence russe Tass, notamment. « Je n’ai pas encore reçu de papiers », d’Interpol, a-t-il dit. « Ce sont des nouvelles désagréables, bien-sûr, et je ne sais pas quoi faire pour le moment. Je vais observer l’évolution de la situation et me défendre par moi-même : je n’ai pas d’argent pour des avocats, bien-sûr, je vis de ma retraite. Je ne me considère pas comme coupable ». Selon lui, les services du port de Beyrouth avaient copié les documents de la cargaison et avaient donc été informés de sa dangerosité sans l’avoir déplacée pour autant.

Les notices rouges « concernent les fugitifs recherchés dans le cadre de poursuites ou afin qu’ils purgent leur peine » et consistent « à demander aux services chargés de l’application de la loi du monde entier de localiser et de procéder à l’arrestation provisoire d’une personne dans l’attente de son extradition, de sa remise ou de toute autre procédure judiciaire », explique Interpol.

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