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Birmanie : Comment le Mistral se prépare à débarquer son aide humanitaire

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Birmanie : Comment le Mistral se prépare à débarquer son aide humanitaire

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Arrivé le week-end dernier au sud du delta de l'Irrawaddy, zone de la Birmanie la plus touchée par le cyclone Nargis, le Bâtiment de Projection et de Commandement Mistral attend toujours le feu vert de la junte militaire pour débarquer les 1000 tonnes d'aide humanitaire qu'il a chargées en Inde. « Nous restons en dehors des eaux territoriales birmanes, au-delà des 12 nautiques. Nous avons la chance de disposer sur zone d'un navire parfaitement adapté à cette situation mais le malheur de ne pas pouvoir l'utiliser », explique le contre-amiral Alain Hinden, joint hier par la rédaction de Mer et Marine. Vivres, bâches de protection, eau potable, médicaments... Le BPC embarque de quoi assurer la survie de 100.000 personnes durant deux semaines mais se heurte toujours au refus des militaires birmans d'accepter le débarquement de cette aide. Dans l'attente d'obtenir l'autorisation d'approcher des côtes (les discussions se poursuivant depuis Paris) les marins français ont commencé hier à s'entrainer au large avec leurs chalands de transport de matériel (CTM).

 Le fret stocké dans les garages du Mistral (© : MARINE NATIONALE)
Le fret stocké dans les garages du Mistral (© : MARINE NATIONALE)

Un mystère : Dans quel état est la côte

Posté à une heure de navigation du rivage, le Mistral est idéalement situé, face à un delta dont l'accès par la route demeure très difficile. Positionné à proximité de la zone la plus sinistrée, on peut penser que le fret atteindra plus facilement les populations, bien qu'il reste à voir comment l'aide sera prise en charge sur les plages pour être ensuite distribuée.
Pour la Marine nationale, le principal problème réside dans l'état du littoral après le passage du cyclone. « Nous ne sommes pas entrés dans les eaux territoriales et on ne sait pas dans quel état est la côte, que nous connaissons par ailleurs très mal. Il est donc impératif, avant de décharger le fret, d'aller voir sur place pour savoir comment travailler avec nos CTM. Il faut trouver le bon endroit, à définir avec les ONG, et voir ce qu'accepteront les autorités birmanes. En tout état de cause, il faudra plusieurs jours pour débarquer la cargaison », souligne l'amiral Hinden. Pour permettre aux CTM de faire la navette entre les soutes du Mistral et la rive, les marins doivent notamment déterminer quel est l'ensablement et l'envasement des bras de mer. Il faudra aussi vérifier qu'il n'y a pas d'obstruction au débarquement. Troncs d'arbres, pieux ou rochers affleurant la surfaces sont autant d'éléments pouvant empêcher la progression des chalands, voire même les endommager, ce qui serait le pire des scénarios. Or, seule une observation in situ permettra de s'en assurer, les images satellites n'étant pas assez précises pour assurer la sécurité d'une opération amphibie.

 Chargement du fret à Chennaï, en Inde (© : MARINE NATIONALE)
Chargement du fret à Chennaï, en Inde (© : MARINE NATIONALE)

BPC : Le « couteau suisse » de la marine française

Livré il y a seulement deux ans par DCNS, le Mistral et son sistership, le Tonnerre, se révèlent comme des unités aux capacités très précieuses. A l'été 2006, le Mistral s'était illustré en évacuant plusieurs milliers de ressortissants du Liban et, dans le même temps, en acheminant des moyens militaires sur place. Il y a quelques mois, le Tonnerre menait quant à lui un déploiement dans le golfe de Guinée, marqué par l'interception d'importantes quantités de drogue. « Ce sont de véritables couteaux suisses, des bâtiments multi-usages pour lesquels un commandant me disait qu'il découvrait pratiquement chaque jour de nouvelles capacités », note l'amiral Hinden. Longs de 199 mètres pour un déplacement de 21.500 tonnes, les BPC sont à la fois des porte-hélicoptères d'assaut, des navires de commandement et des hôpitaux flottants. Ils peuvent embarquer 16 hélicoptères lourds, 4 CTM, 450 soldats et 70 véhicules, dont des chars. Dotés d'installations hospitalières très développées, avec blocs opératoires, ils abritent également un PC interarmées pouvant accueillir 150 opérateurs. Ils ont en outre été conçus pour pouvoir être employés dans le cadre d'opérations humanitaires ou suite à des catastrophes naturelles. « C'est typiquement le bateau qu'il fallait au bon endroit et au bon moment ». Le bon navire et un équipage rôdé : Hasard du calendrier, le Mistral, juste avant d'être dérouté, participait à un exercice avec la Marine indienne dont le scénario portait, justement, sur une opération humanitaire après le passage d'un cyclone...

 Chargement du fret à Chennaï, en Inde (© : MARINE NATIONALE)
Chargement du fret à Chennaï, en Inde (© : MARINE NATIONALE)

 Chargement du fret à Chennaï, en Inde (© : MARINE NATIONALE)
Chargement du fret à Chennaï, en Inde (© : MARINE NATIONALE)

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