Marine Marchande
Blocage au terminal LD Lines de Boulogne

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Blocage au terminal LD Lines de Boulogne

Marine Marchande

Drapeaux de la CFDT en main, une centaine de salariés de SeaFrance a bloqué, hier matin, le terminal de LD Lines à Boulogne-sur-Mer. Les manifestants dénoncent l'installation de la compagnie à proximité de Calais, où SeaFrance, actuellement en difficulté, exploite ses navires à destination de Douvres. LD Lines a récemment lancé une première rotation triangulaire entre Dieppe, Douvres et Boulogne, avec l'un des navires de Transmanches Ferries ; compagnie exploitée au travers d'une Délégation de Service Public. Les syndicats de SeaFrance avaient, alors, dénoncé l'utilisation de la DSP par l'armateur privé, LD Lines rétorquant que le ferry était affrété au prix du marché pour effectuer cette liaison.
En mars, la filiale de Louis Dreyfus Armateurs s'était portée candidate à la reprise de SeaFrance, confrontée à de graves difficultés financières et à une baisse significative du trafic en raison de la crise économique. Mais les syndicats de cette filiale de la SNCF s'y étaient vigoureusement opposés. Contrainte de jeter l'éponge, LD Lines est alors revenue à son plan de développement initialement prévu à Boulogne. En plus du Côte d'Albâtre, le Norman Arrow, un nouveau catamaran rapide a débuté samedi dernier ses rotations entre le port boulonnais et Douvres. Les syndicats, qui jugent « scandaleuse » le développement d'une nouvelle compagnie dans une zone déjà ultra-concurrentielle, dénoncent une concurrence déloyale, le Norman Arrow étant armé sous pavillon britannique (qui est moins onéreux que le pavillon français).

Un bras de fer qui dure depuis 2005

Le registre britannique est pourtant utilisé depuis longtemps dans le secteur transmanche, à commencer par Calais, où les ferries de P&O, par exemple, côtoient depuis des années leurs homologues français sans le moindre problème. « Le Norman Arrow est opéré sous pavillon britannique. A ce titre, l'ensemble des navigants bénéficie de conditions négociées et approuvées par les syndicats anglais représentatifs des personnels Pont et Machines (Officiers et Personnel d'exécution) et du personnel Hôtelier. Ces conditions font l'objet d'un accord finalisé avant la mise en service du navire », précise LD Lines, qui dénonce les procès d'intention qui lui sont faits. Déjà, en 2005, des actions avaient été lancées, au Havre, contre le Norman Spirit, qui venait de reprendre la ligne vers Portsmouth abandonnée par P&O. Les syndicats avaient alors obtenu que le navire, initialement exploité sous pavillon italien, soit inscrit au registre britannique. Mais, devant la violence des actions, des plaintes avaient été déposées et plusieurs responsables syndicaux avaient été finalement condamnés. « LD Lines ne peut que s'indigner du comportement de certains syndicats qui sous des prétextes fallacieux visent en fait à entraver la libre concurrence et la liberté de circulation tout en bloquant le développement du port de Boulogne. LDA (maison mère de LD Lines, ndlr) ne peut tolérer d'être importuné par quelques individus, plusieurs fois condamnés par la justice française. Rejeter la responsabilité des problèmes de Seafrance sur la libre concurrence est tout simplement malhonnête », estime Louis Dreyfus Armateurs.

SeaFrance dans la tourmente

Le groupe a fait appel à la force publique pour dégager le terminal boulonnais. Après un blocage total puis un filtrage, les manifestants ont quitté les lieux en début d'après-midi. Alors que d'autres actions pourraient intervenir, LD Lines indique qu'elle se réserve le droit d'initier d'éventuelles actions en justice.
Quant à SeaFrance, la compagnie, filiale de la SNCF, souhaite mettre an place son plan de redressement. Le processus a été lancé fin mai en Comité d'Entreprise, après le recueil de l'avis des syndicats présents. Le projet prévoit une réduction de la flotte à quatre navires, soit les ferries Rodin, Berlioz et Molière, ainsi que le fréteur Nord-Pas-de-Calais. Quelques 500 suppressions d'emplois sont prévues d'ici 2013, sur un effectif actuel de 1650 salariés. Alors que les négociations se poursuivent au sein de l'entreprise, une réunion est prévue lundi avec les cadres de la SNCF. Pour le groupe ferroviaire et sa filiale maritime, il y a urgence à mettre sur pieds le plan de redressement. En raison des difficultés financières de SeaFrance, c'est en effet la SNCF qui, depuis plusieurs mois, « paye les salaires », pour reprendre les termes d'un représentant du personnel. Or, dans le groupe public, on craint que l'Europe ne finisse par venir demander des comptes à l'entreprise, si la situation perdure.

Louis Dreyfus Armateurs