Défense
Boites noires de l'A330 : Pourquoi envoyer le sous-marin Emeraude ?

Actualité

Boites noires de l'A330 : Pourquoi envoyer le sous-marin Emeraude ?

Défense

Le sous-marin nucléaire d'attaque Emeraude est arrivé, hier matin, dans la région où a disparu, le 1er juin, le vol AF 447 d'Air France. La mission du SNA est de retrouver les boites noires de l'Airbus A330, qui s'est abîmé en mer avec 228 personnes à bord. Pour la Marine nationale, l'emploi d'un SNA dans ce genre d'opération est une première. Le recours à ce type de moyen est, notamment, consécutif à la nature de la zone où s'est crashé l'avion. Situé à plus de 1000 kilomètres des côtes brésiliennes, en plein océan Atlantique, ce secteur descend, par endroits, à plus de 4000 mètres. L'Emeraude ne peut pas plonger aussi profondément mais ses sonars sont à même de détecter les signaux émis par les enregistreurs. « Le sous-marin dispose de moyens d'écoute adaptés : des sonars, qui sont des microphones immergés. Les boites noires émettent sur des fréquences élevées, qui ne peuvent pas être entendues par l'oreille humaine. Les pings (bips, ndlr) émis par les boites pourront être captés par le sonar, puis seront traités par un ordinateur et matérialisés sur un écran, de manière à ce qu'ils puissent être exploités par les opérateurs. Cette recherche s'apparente au travail réalisé tous les jours par les équipages, qui surveillent le trafic maritime, pistent d'autres sous-marins ou effectuent des missions de renseignement », explique le capitaine de frégate Stéphan Meunier, expert en sous-marins à l'état-major de la marine. Très pointue, la détection sous-marine, pour être efficace, nécessite de « maîtriser » de nombreux paramètres. La propagation des ondes dans l'océan dépend, en effet, du bruit ambiant. Ainsi, plus l'activité biologique est importante, moins l'écoute est aisée. Elle dépend aussi de la météo, de la salinité de l'eau, de la température, de la pression, ou encore de la nature des fonds (sable ou roche par exemple). Le relief est, par ailleurs, très important. Or, dans la zone où l'Airbus d'Air France s'est crashé, les fonds pourraient s'apparenter aux Alpes, mais sous l'eau. En clair, si une montagne se situe entre les enregistreurs et le sous-marin, ce dernier ne détectera pas les échos. La zone doit donc être minutieusement investiguée pour éviter toutes les zones d'ombre liées au relief.

Un SNA du type Rubis (© MARINE NATIONALE)
Un SNA du type Rubis (© MARINE NATIONALE)

Environ 1300 km² carrés couverts chaque jour

La première mission du SNA, une fois sur place, est donc de connaître son environnement pour optimiser au mieux ses moyens de détection. En fonction des paramètres, compilés à bord par un ordinateur, l'équipage connaîtra la portée théorique des sonars. On peut l'estimer à, environ, 2000 mètres, mais cette distance varie évidemment suivant les paramètres, qui peuvent évoluer d'un jour sur l'autre. Lorsque l'on évoque 2000 mètres, on entend à l'horizontale du sous-marin, et non en profondeur. Cela ne signifie toutefois pas que le bâtiment restera sourd à une émission plus profonde que son immersion. Les ondes sonores peuvent en effet remonter vers la surface. Même si le SNA évolue à 300 mètres et que les boites noires sont situées à 3000 ou 4000 mètres, il peut donc, en théorie, être à même de les repérer (tout cela dépendant toujours des paramètres extérieurs, dont le bruit ambiant). Mais, pour cela, encore faut-il être au bon endroit pour pénétrer dans le volume d'eau où les boites sont audibles. Or, on ne sait pas avec précision où est tombé l'avion. Le SNA va donc inspecter la zone parcelle par parcelle. On estime qu'il devrait pouvoir couvrir un carreau de 20 nautiques de côté chaque jour (soit un secteur de 36 km/36km). Ce travail sera réalisé en étroite coopération avec les autres moyens déployés. Participeront aux recherches le bâtiment océanographique Pourquoi Pas ?, équipé d'un hydrophone, ainsi que deux remorqueurs civils de Fairmount (filiale de Louis Dreyfus Armateurs), sur lesquels des sonars tractés de l'US Navy vont être embarqués.

A bord d'un SNA (© MARINE NATIONALE)
A bord d'un SNA (© MARINE NATIONALE)

« Rester modeste et prudent sur les chances de succès »

Les moyens sont donc importants alors qu'une véritable course contre la montre s'est engagée. Car les boites noires sont conçues pour pouvoir émettre durant seulement 30 jours. Il reste, par conséquent, moins de trois semaines pour les retrouver. De plus, il n'y a aucune certitude quant à l'état des enregistreurs et sur leur position. Sont-ils toujours en capacité de fonctionner ? Et, si c'est le cas, se situe-t-ils dans une zone ou une position où leurs signaux pourront être captés ? Pour le commandant Meunier : « Il faut vraiment que les boites noires soient en bon état pour augmenter les chances de succès. Si elles sont en haut d'une colline sous-marine, pas trop profond et en bon état, on a bon espoir de les détecter. Mais elles peuvent aussi être endommagées, enfouies au fond d'une faille ou cachées par un morceau de carlingue. Il faut donc rester modeste et prudent sur les chances de succès ».
Si les sous-mariniers français où les moyens en surface parviennent à localiser les enregistreurs, dont les informations permettraient de comprendre ce qui est arrivé au vol AF 447, il faudra ensuite aller les repêcher. Ce sera le travail du Pourquoi Pas ? et de ses deux sous-marins embarqués, capables de réaliser ce genre d'intervention jusqu'à 6000 mètres de profondeur.

Marine nationale | Toute l’actualité de la marine française