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A bord de la frégate Latouche-Tréville
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A bord de la frégate Latouche-Tréville

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En avril, nous vous faisions découvrir l’Alsace, la plus récente des frégates de la Marine nationale. Aujourd’hui, nous vous embarquons sur la doyenne de la flotte, le Latouche-Tréville, qui va fêter le mois prochain ses 31 ans de service. Un reportage réalisé avant l’arrêt technique dont a bénéficié le bâtiment ces derniers mois et qui lui a notamment permis de recouvrer sa tête de mât. Celle-ci s’était, pour mémoire, brisée en janvier 2020 alors que la frégate affrontait des conditions de mer violentes au large de la Bretagne.

 

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(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

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(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

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(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baptisée en hommage à un brillant marin français du XVIIIème siècle

Ce bâtiment porte le nom de l’un des plus brillants officiers de marine français du XVIIIème siècle, Louis-René-Madeleine Levassor (1745-1804), comte de Tréville, qui prend le nom de Latouche-Tréville en 1788. Né à Rochefort, il participe à la guerre d’indépendance américaine, pendant laquelle il commande notamment la frégate Hermione (dont la réplique fut accueillie à Brest par la frégate Latouche-Tréville à son retour des Etats-Unis, en août 2015).

 

Le Latouche-Tréville avec la réplique de l'Hermione en 2015 

Le Latouche-Tréville avec la réplique de l'Hermione en 2015 (© : MARINE NATIONALE - F. LE BIHAN)

Le Latouche-Tréville avec la réplique de l'Hermione en 2015 

Le Latouche-Tréville avec la réplique de l'Hermione en 2015 (© : MARINE NATIONALE - F. LE BIHAN)

 

Sa carrière se poursuit ensuite en Méditerranée. A la Révolution, il est élu député de la noblesse et fait partie de ceux qui se joignent au tiers état pour voter l’abolition des privilèges en août 1789. Rejoignant les Jacobins et membre de la Constituante l’année suivante, période durant laquelle Latouche-Tréville est promu au grade de contre-amiral, il est emprisonné en 1793 durant la Terreur mais échappe à l’échafaud. C’est en 1800, avec le Consulta et Napoléon Bonaparte, qu’il revient aux affaires et va acquérir un énorme prestige. Nommé à la tête d’une division de quatre vaisseaux, il s’illustre en août 1801 en repoussant par deux fois les assauts de Nelson, venu attaquer le port de Boulogne où est construite une flottille destinée à l’invasion de l’Angleterre. Le génie de la Royal Navy essuie là deux de ses très rares revers. Latouche-Tréville commande ensuite l’escadre chargé de s’emparer de Saint-Domingue puis prend en tant que vice-amiral la tête de la flotte de la Méditerranée en 1803. Mais c’est surtout lui qui est à l’origine du projet d’invasion de l’Angleterre, présenté à Napoléon en 1801. Un plan très audacieux  visant à faire diversion en attirant la flotte britannique aux Antilles puis revenir vers le Pas-de-Calais en intégrant chemin faisant la flotte espagnole et les divisions françaises restées dans les ports atlantiques. L’ensemble doit gagner le Détroit pour y couvrir le passage de l’armée française, qui se masse à partir de 1803 à Boulogne, où une énorme flottille de débarquement doit être rassemblée. Mais Latouche-Tréville ne verra pas son œuvre aboutir, puisqu’il meurt d’épuisement à Toulon en 1804, à bord du Bucentaure. L’opération sera tout de même tentée l’année suivante, réussissant à attirer Nelson aux Antilles mais se soldant finalement par le désastre de Trafalgar, où l’amiral britannique écrase la flotte franco-espagnole commandée par Villeneuve. S’en est dès lors fini du projet d’invasion de l’empereur. Napoléon, qui considérait Latouche-Tréville comme le meilleur amiral français, regretta vivement sa disparition prématurée alors que la marine impériale manquait cruellement de grands chefs. L’amiral est d’ailleurs l’un des rares marins dont le nom est gravé sur l’Arc de Triomphe.

 

La FASM Latouche-Tréville (© :

La FASM Latouche-Tréville (© : MICHEL FLOCH)

La FASM Latouche-Tréville (© :

La FASM Latouche-Tréville (© : MICHEL FLOCH)

 

Dernière FASM en service

Pour lui rendre hommage, la marine française a jusqu’ici donné son nom à trois de ses bâtiments, un aviso et un croiseur-cuirassé construits au milieu et à la fin du XIXème siècle, puis la frégate encore en service aujourd’hui. Basée à Brest, il s’agit de la septième et dernière frégate anti-sous-marine (FASM) du type F70 ASM, et même l’ultime survivante de cette classe puisque ses six aînées ont toutes été désarmées : le Georges Leygues, qui avait été mis en service en 1979, a tiré sa révérence en 2013, suivi du Dupleix (1981-2014), du Montcalm (1982-2017), du Jean de Vienne (1984-2018), du Primauguet (1986-2019) et du La Motte-Picquet (1988-2020). Construit comme ses sistership par l’ancien arsenal de Brest, mais achevé par celui de Lorient (aujourd’hui Naval Group), le Latouche-Tréville, mis sur cale en mai 1985, mis à l’eau en mars 1988 et admis au service actif en juillet 1990, doit normalement prendre sa retraite en 2022. Sauf si le bâtiment est cédé à la Grèce dans le cadre d’un projet de renforcement et de modernisation de la composante frégates de la marine hellénique pour lequel la France est en compétition (voir notre article détaillé).  

 

Avec un SNLE 

Avec un SNLE (© : MARINE NATIONALE)

 

Protéger les SNLE, mais pas seulement

Long de 139 mètres pour une largeur de 15 mètres et un tirant d’eau de 5.8 mètres, le Latouche-Tréville affiche un déplacement de 4910 tonnes en charge et est armé par un équipage de 240 marins, dont une vingtaine d’officiers. Les FASM ont été spécialement conçues dans les années 70, en pleine guerre froide, pour la lutte ASM, en particulier la chasse aux sous-marins soviétiques à propulsion nucléaire. Depuis Brest, sa mission prioritaire était (et demeure) la protection des approches maritimes françaises et surtout la sûreté de la Force océanique stratégique (FOST) reposant sur les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) basés à l’Ile Longue. Depuis trente ans, le « LTT » a ainsi contribué au dispositif aéromaritime chargé de s’assurer qu’aucun intrus ne puisse pister les SNLE lors de leurs départs et retours de patrouilles. Mais la FASM a aussi évolué très loin des eaux bretonnes, des côtes africaines au Grand Nord en passant par la Méditerranée, la mer Rouge et l’océan Indien.

 

Au large de Liban lors d'une mission de l'ONU en 2008 

Au large de Liban lors d'une mission de l'ONU en 2008 (© : ERIC HOURI)

Dans les eaux glacées du Grand Nord en 2015 

Dans les eaux glacées du Grand Nord en 2015 (© : MARINE NATIONALE - C. DEVENNE)

Avec le groupe aéronaval et des bâtiments japonais en Asie du sud-est en 2019 (© :

Avec le groupe aéronaval et des bâtiments japonais en Asie du sud-est en 2019 (© : MARINE NATIONALE - CLARISSE DUPONT)

Le Latouche-Tréville dans l'opération Irini au large de la Lybie en 2020 (© :

Le Latouche-Tréville dans l'opération Irini au large de la Lybie en 2020 (© : MARINE NATIONALE)

 

En 2019, elle participait encore au déploiement du groupe aéronaval jusqu'en Asie du sud-est pour protéger le porte-avions Charles de Gaulle contre les menaces sous-marines, et a opéré plusieurs mois en Méditerranée l’année dernière dans le cadre de l’opération européenne Irini au large de la Libye. C’est un bâtiment spécialisé certes dans la lutte anti-sous-

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