Défense
A bord de la frégate Auvergne
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Reportage

A bord de la frégate Auvergne

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Après vous avoir fait découvrir début juillet un exercice de lutte anti-sous-marine sur la frégate multi-missions Auvergne, nous vous proposons le second volet de ce reportage, consacré au bâtiment en lui-même et aux marins chargés de mettre en œuvre cet outil ultra-moderne (voir notre article consacré à l’équipage). Depuis sa livraison à la Marine nationale en mars 2017, son déploiement de longue durée jusqu’en Asie et en Océanie l’été suivant, puis les missions qui ont suivi son admission au service actif en février 2018, l’Auvergne a déjà été très active. Avec ses sisterships, elle constitue désormais l’ossature de la flotte de surface française. Nous avons profité de cet embarquement pour refaire un point complet sur ces frégates de nouvelle génération.

 

L'Auvergne à Toulon (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

L'Auvergne à Toulon (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

L'Auvergne (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

L'Auvergne (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un changement de génération bientôt achevé

Avec la livraison cet été d’une sixième FREMM, et deux autres à suivre, la Marine nationale va bientôt achever le renouvellement de ses frégates lourdes. Les anciennes F70, dont il ne reste plus que trois exemplaires encore en service (La Motte-Picquet, Latouche-Tréville et Jean Bart), auront tiré leur révérence sous trois ans. Puis ce sera au tour des cinq La Fayette d’être remplacées très avantageusement par les futures frégates de défense et d’intervention (FDI), livrables entre 2023 et 2029 par Naval Group, qui lancera en octobre prochain la production de la tête de série sur son site de Lorient, où sont nées les FREMM.

En attendant, l’heure est donc à la montée en puissance des nouvelles frégates multi-missions, dont le premier exemplaire, l’Aquitaine, a été livré en 2012. Après une longue phase d’essais, de mise au point et d’apprentissage, ce prototype a été admis au service actif en 2015. Bénéficiant de son retour d’expérience, ses sisterships ont suivi à un rythme régulier : sont ainsi venus garnir la flotte française la Provence (2016), le Languedoc (2017), l’Auvergne (2018), la Bretagne (2019) et maintenant la Normandie, qui sera pleinement opérationnelle l’année prochaine. S’y ajouteront deux unités aux capacités de défense aérienne renforcées (FREMM DA), les Alsace et Lorraine, qui seront livrées à la Marine nationale en 2021 et 2022. Elles seront basées à Toulon, tout comme la Provence et le Languedoc. L’Auvergne, qui y est également stationnée, prendra en 2022 ses quartiers à Brest, où elle s’ajoutera aux Aquitaine, Bretagne et Normandie.

 

La FREMM Provence avec le porte-avions Charles de Gaulle (© MARINE NATIONALE - L. BESSODES)

La FREMM Provence avec le porte-avions Charles de Gaulle (© MARINE NATIONALE - L. BESSODES)

 

Plus grandes et intégrant les dernières technologies, les FREMM, longues de 142 mètres pour une largeur de 20 mètres et un déplacement de 6000 tonnes en charge, offrent des capacités bien plus importantes que leurs aînées. C’est le cas dans tous les domaines de lutte, en particulier l’anti-sous-marin, où ces plateformes sont présentées par la Marine nationale, experte en la matière, comme les meilleures au monde. Mais elles présentent bien d’autres atouts, à commencer par l’action vers la terre. Ainsi, la France fait désormais partie, avec les FREMM, des rares pays dans le monde et du premier en Europe à disposer de bâtiments de surface dotés de missiles de croisière. Une nouvelle arme, le MdCN, qui a été pour la première fois employée en Syrie en 2018.

 

Tir de MdCN depuis une FREMM (© MARINE NATIONALE - L. BERNARDIN)

Tir de MdCN depuis une FREMM (© MARINE NATIONALE - L. BERNARDIN)

 

Une évolution majeure et deux ruptures

Pour la marine, ces nouvelles frégates représentent un saut opérationnel considérable. « Avec les FREMM, il y a une évolution majeure et deux ruptures. L’évolution, on la trouve à peu près sur tout, c’est-à-dire que nous avons amélioré l’ensemble des systèmes existant. Il y a à bord d’excellents radars et sonars, une guerre électronique moderne et de l’armement de pointe. Et il y a donc deux ruptures. D’abord, le MdCN, qui constitue une rupture stratégique forte puisque la France a rejoint le club très fermé des pays équipés de ce type de missile. C’est un nouvel outil majeur mis à disposition du pouvoir politique et cette capacité va s’étendre puisqu’en dehors du nombre de FREMM en service, les nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque du type Barracuda en seront aussi dotés », explique le capitaine de vaisseau Yannick Bossu, commandant de la frégate Auvergne.

 

Le capitaine de vaisseau Yannick Bossu, commandant de l'Auvergne (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le capitaine de vaisseau Yannick Bossu, commandant de l'Auvergne (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 « Une bête de guerre avec l’esprit d’un aviso »

La seconde rupture, c’est celle de l’automatisation très poussée des systèmes, qui a entrainé une réduction sensible du dimensionnement de l’équipage. « Nous avons assisté à un resserrement extrême de l’équipage. Sur les F70, des bateaux de 4500 tonnes, nous étions jusqu’à 250. Sur les FREMM, qui sont 30% plus grosses, l’équipage n’est que de 125 marins, 109 sans l’hélicoptère ». Initialement, il était même prévu d’armer ces frégates avec seulement 94 marins (hors détachement hélico) mais, à la lumière du retour d’expérience des premières FREMM, il est vite apparu que ce chiffre était trop bas. « Grâce à l’automatisation très forte, de la mécanique à la propulsion en passant par la mise en œuvre des armes et le regroupement de la restauration, le bateau a été extrêmement bien conçu pour naviguer à 94. Mais l’équipage était sous-dimensionné pour fonctionner organiquement. Il nous manquait par exemple des gens pour l’organisation des repas et pour l’entretien, nous avons donc renforcé les fonctions administratives. Par ailleurs, même si la maintenance des équipements est facilitée, il faut quand même y passer du temps, les robots ne font pas tout ». Des postes ont aussi été ajoutés pour la lutte ASM, un fusilier-marin est arrivé en renfort… Au final, l’équipage des FREMM a donc été relevé à 109 marins. « C’est un équilibre pertinent, à ce niveau la vie à bord est normale, facile et agréable. On se retrouve sur une bête de guerre avec l’esprit d’un aviso, c’est-à-dire qu’il y a une proximité, une vraie connaissance mutuelle entre les membres d’équipage », souligne le pacha de l’Auvergne.  

 

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La partie énergie/propulsion

L’une des parties où la réduction du nombre de marins est la plus frappante est celle  dédiée à la production d’énergie, la propulsion et la sécurité du navire. « Sur les frégates d’anciennes génération, nous étions 9 à 10 au PC Navire, ici seuls 3 personnes sont nécessaires grâce à l’automatisation », explique le lieutenant de vaisseau Marc, chef de ce service. La frégate bénéficie en effet d’un système intégré de mangement de plateforme (IPMS), qui permet à l’équipage d’avoir une vue globale et détaillée de tous les systèmes et de les piloter, quand ce ne sont pas les automates qui s’en chargent. Le PC Navire, où toutes les informations et commandes sont centralisées (avec des postes de secours à d’autres endroits de la frégate) est réparti en deux espaces principaux : un dédié à la conduite de la plateforme (énergie, auxiliaires, propulsion) et l’autre à la sécurité. En cas de sinistre, c’est de là que les opérations de lutte contre un incendie ou une voie d’eau, évènements accidentels ou provoqués par une avarie de combat, seraient gérées. Les exercices en la matière sont d’ailleurs très réguliers, comme sur tout bâtiment de guerre où le feu est le principal ennemi. L’équipage bénéficie d’une solide formation à la sécurité, et s’organise en cas de besoin en équipes de pompiers lourds ou légers. Tout le matériel nécessaire est réparti à différents endroits du bateau.

 

Le PC Navire de l'Auvergne (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le PC Navire de l'Auvergne (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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