Marine Marchande

Reportage

A bord du baliseur côtier Gavrinis

Marine Marchande

Nous vous emmenons aujourd’hui à bord du dernier-né de l’Armement des Phares et Balises. Entré en service cet hiver, le Gavrinis est mis à disposition de la Direction interrégionale de la mer Nord Atlantique Manche Ouest (DIRM NAMO) afin d’assurer l’installation et l’entretien de la signalisation maritime, indispensable à la sécurité de la navigation. « Il s’agit du balisage flottant, mais aussi de travaux de génie maritime et de peinture sur les tourelles et les phares », précise Marc Léger, directeur de l’APB.

Le nouveau baliseur côtier est spécialement adapté pour intervenir dans les zones de faibles fonds entre l’embouchure de la Vilaine et la pointe de Penmarc’h, en passant par le golfe du Morbihan et son archipel. Il sera plutôt stationné en hiver à Lorient et, pour la belle saison, interviendra depuis Port Haliguen, sur la presqu’île de Quiberon, où les Phares et Balises utilisent un quai.

 

Le Gavrinis en opération (© APB)

 

Conçu par le bureau d’architecture nantais HT2 d’Alain Tobie et réalisé par le chantier Delavergne d'Avrillé, en Vendée, le Gavrinis mesure 27.5 mètres de long pour 7.3 mètres de large. Ce bateau en aluminium affiche un déplacement lège de 68.5 tonnes et de 102 tonnes en charge. Pour intervenir au plus près des côtes et dans les eaux peu profondes du littoral de Bretagne sud, son tirant d’eau a été réduit à seulement 1.2 mètre. Ses propulseurs, externes, peuvent être à cet effet légèrement réglés en hauteur.

 

Le Gavrinis (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Les propulseurs du Gavrinis (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Côté énergie/propulsion, le navire, qui peut filer 12 nœuds, compte deux moteurs de 450 cv chacun, avec une réserve de 12.5 m3 de carburant. Précédé par un petit atelier, le compartiment machine abrite deux groupes Scania. Ces derniers sont couplés à des centrales hydrauliques alimentant la propulsion Hydro Armor, mais aussi l’énergie nécessaire aux moyens de manutention et au bord. A quai et au mouillage, celle-ci est produite par un générateur Cummins. Les locaux techniques abritent par ailleurs une caisse de traitement des eaux usées (grises et noires), équipement pour lequel l’APB aurait pu avoir une dérogation mais que l’armement a souhaité ajouter dans le cadre de ses efforts en faveur de l’environnement.

 

 

Le compartiment machine du Gavrinis (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Pour intervenir sur le balisage, le Gavrinis dispose d’une grue d’une capacité de levage de 18 t.m, d’un treuil enrouleur de 8 tonnes avec une capacité de 40 mètres de chaîne d’un diamètre de maille de 30mm, ainsi qu’un cabestan de 3 tonnes au bordé. Ces moyens sont disposés sur un grand pont de travail de 70 m², qui peut recevoir des charges de 15 tonnes. Pour faciliter les opérations, une plateforme proche de la ligne de flottaison a été intégrée à l’arrière, entre les propulseurs. Elle permettra notamment de faciliter les transferts lorsque le navire travaillera en tandem avec son futur chaland. Destiné en particulier à opérer dans de très faibles fonds et soutenir les interventions du Gavrinis, cet engin, qui sera remorqué par le baliseur, mesurera 10 mètres et sera probablement réalisé lui-aussi en aluminium. Il n’a pas encore été construit.

 

Le pont de travail (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le pont de travail (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Gavrinis en opération (© APB)

Le Gavrinis en opération (© APB)

 

Le pont de travail est surplombé par la passerelle, panoramique. Elle dispose d’un poste de balisage avec une vue dégagée sur cette plage arrière et commandes des propulseurs. Et sur l’avant de la timonerie, on trouve le poste de navigation. Pour faciliter les manœuvres, le Gavrinis est équipé d’un propulseur d’étrave. Toutefois, il ne dispose pas aujourd’hui d’un positionnement dynamique, mais a été pré-câblé pour permettre, si besoin, la mise en place d’un tel système.

 

 

La passerelle du Gavrinis (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

En entrant dans la superstructure par le pont de travail, on arrive aux locaux vie, avec un espace donnant accès à un carré et deux échappées pour rejoindre la passerelle et les machines. Sur l’avant, les postes de l’équipage sont aménagés sur deux demi-ponts. Il y a là plusieurs cabines, avec en tout 6 couchages pour le capitaine, le chef mécanicien, un maître d’équipage et deux ouvriers polyvalents. « Le couchage supplémentaire peut servir à un stagiaire, puisque nous en accueillons entre 60 et 80 par an sur nos navires », explique Marc Léger. Le Gavrinis bénéficie de locaux vie modernes et confortables, une nécessité puisque le navire est amené à opérer plusieurs jours d’affilée. « La plupart du temps il réalise des missions d’une durée d’une semaine et le confort est donc important, le fait que les propulseurs soient placés à l’extérieur permettant aussi de disposer d’un bateau très silencieux ».

 

 

L'une des cabines du Gavrinis (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L’arrivée du Gavrinis a constitué un vrai changement par rapport à la situation précédente. Il remplace en effet deux vedettes de l’APB, les Logoden (16.9 mètres, 1959) et Locmaria (15.6 mètres, 1957). « Avec leur successeur, la nouveauté est de disposer d’un navire plus grand et surtout d’un baliseur côtier habitable, ce qui nous permet d'avoir outil polyvalent, plus souple d’exploitation et plus performant ». Il peut donc réaliser des missions plus longues qu’à la seule journée, comme c’était le cas avec les anciennes vedettes, dont les équipages ont été regroupés pour armer le Gavrinis et, ainsi, permettre son exploitation toute l’année.

Livré en novembre dernier, le navire se révèle comme un très bel outil et à l’APB, on ne cache pas sa satisfaction : « Ce bateau travaille depuis maintenant plus de cinq mois et nous en sommes extrêmement satisfaits. La construction du Gavrinis, pour laquelle les relations ont été très bonnes avec le chantier, a été un projet passionnant et très important pour nous puisque c’est le premier navire neuf que nous recevons depuis le Côte de Cornouaille en 2008 », rappelle Marc Léger. Le directeur souligne que c’est également une première pour l’Armement des Phares et Balises, créé 2007, puisque les projets relatifs aux constructions neuves étaient auparavant conduits par le Centre d’études techniques maritimes et fluviales (CETMEF).

Et l’aventure va se poursuivre puisque l’APB travaille maintenant sur la construction de cinq nouveaux bateaux, qu’il espère réceptionner d’ici 2022.

- Voir notre article détaillé sur les projets de nouveaux bateaux de l'APB