Pêche
A bord du coquillier Eter Vag
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Reportage

A bord du coquillier Eter Vag

Pêche

La coquille Saint-Jacques se pêche près des Glénan depuis le 4 décembre. Nous avons embarqué avec David Chever et Laurent Kergoat sur l’Eter Vag. Récit de la journée.

Port de Loctudy, mardi, 7 h du matin. David Chever et Laurent Kergoat, les marins-pêcheurs qui ont accepté de nous laisser les accompagner pour leur journée de pêche, sont déjà là. En plein mois de décembre, le soleil ne s’est toujours pas levé. David est le capitaine de l’Eter Vag, un coquillier d’un peu plus de 11 m de long, et s’installe quelques minutes sur un navire proche avec d’autres marins et travailleurs du port. Ici, tout le monde se connaît. Quelques blagues, des commentaires grinçants sur les dernières déclarations du Président de la République, une cigarette de bon matin, quelqu’un se plaint de sa dernière prise et tout le monde part. Depuis le 4 décembre, la campagne de coquille Saint-Jacques autour du gisement des Glénan est ouverte.

 

De vieux loups de mer

Le temps est à la grisaille, empêchant de profiter d’un lever de soleil en mer. La pêche à la coquille Saint-Jacques suit des horaires stricts : de 9 h à 13 h, avec un maximum de 300 kg à pêcher par jour. David oriente la barre en direction des Glénan : il s’en approchera sans se presser pour économiser du carburant. David a 50 ans, les joues rougies par les embruns et la mine sérieuse ; Laurent a 49 ans, le visage allongé et le sourire facile. Tous deux sont des Loctudistes issus de famille de pêcheurs, qui ont commencé le métier avant d’être majeurs et arborent aujourd’hui les traits marqués des marins. « Sur mon premier bateau, la moyenne d’âge était autour de 20 ans. Maintenant elle est plus proche des 50… », soupire le capitaine qui déplore une profession qui souffre. Néanmoins, aucun des deux n’a jamais songé à la quitter.

Une pêche très réglementée

Le coin atteint, la pêche commence, alors que les autres coquilliers sont encore visibles au loin. David pilote bateau et machinerie, Laurent commence à mettre en place les dragues. Ces énormes armatures métalliques vont racler le fond marin à la manière d’un râteau pendant 15 à 20 minutes, capturant coquillages, crustacés, mollusques et même certains poissons, bien que la plupart passe entre les larges mailles du filet. Pendant cette période, David abaisse la vitesse de 7 à 4 nœuds. Les marins ont rôdé leur duo depuis longtemps et, sur un navire de 4 m de large, difficile de suivre leur travail sans les gêner. Dans un fracas, les prises sont déversées sur le pont, où Laurent fait le tri. Les règles sont strictes : les coquilles Saint-Jacques doivent avoir une largeur autour de 10,2 cm et 13,6 pour les grosses ; les poissons et crustacés blessés sont remis à la mer ; pas plus de 5 % des prises ramenées ne doivent être autre chose que les coquilles. « Ça va, on ne transporte pas des lingots d’or non plus », grommelle le capitaine, qui admet la nécessité de la réglementation pour permettre à l’environnement de se renouveler, et préserver ce métier qu’il chérit.

« Pas le métier le plus désagréable »

« Depuis que je fais de la coquille, je commence tard et je finis tôt, ça n’est pas le métier le plus désagréable », sourit David. L’homme ne connaît pas les 35 heures. Il a commencé sur des chalutiers qui partaient à 4 h, parfois pour la semaine. Alors, avec Laurent, il est satisfait de cette entreprise débutée ensemble sur l’Eter Vag il y a onze ans. « Je voulais l’appeler Éternel vagabond, mais il a fallu raccourcir, et comme « vag » signifie bateau en breton… ».

La pêche fraîche de coquilles Saint-Jacques a été vendue le jour même à 16 h sous criée pour 4,02 €kg. Les 21 coquilliers engagés vont poursuivre la campagne jusqu’au vendredi 28 décembre.

Un article de la rédaction du Télégramme