Construction Navale
A bord du Côte d’Ambre, le premier chalutier d'Allais

Reportage

A bord du Côte d’Ambre, le premier chalutier d'Allais

Construction Navale

Affluence à bord du Côte d’Ambre. Mis à l’eau le 16 mars, le premier chalutier des chantiers Allais du groupe Efinor est présenté au public deux mois plus tard. Pavoisé, quai de l’Entrepôt, dans le port de Cherbourg, le bateau destiné aux frères Laurent et Yann Treguier ne passe pas inaperçu. Vendredi 17 mai, de nombreux visiteurs se pressent dans la salle des machines ou la cale du langoustinier de 16.5 mètres avant qu’il parte rejoindre son futur port d’attache de Keroman, à Lorient.

 

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

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De l’extérieur, le chalutier langoustinier construit en acier (pour la coque et le portique) et aluminium (pour le pont et la timonerie) présente une étrave peu commune : ni droite, ni avec un bulbe. Souhait des frères Treguier, cette étrave inversée avec un retour frégaté permet d’augmenter les volumes à bord et surtout d’améliorer la pénétration dans l’eau afin de réduire la consommation de gasoil du bateau qui marche à environ 10 noeuds. Pendant les six premiers mois, les pêcheurs transmettront leurs relevés de consommation de carburant pour évaluer si les tests en bassin de carène virtuel se confirment, mais les concepteurs pensent que les résultats pourraient dépasser leurs espérances.

 

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

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Première surprise à bord, les treuils du chalutier, qui a affiché lors des essais de traction un bollard pull de plus de 8.2 tonnes, ne sont pas sur le pont. Ils sont abrités, à l’intérieur du bateau, dans un local dédié, entre celui pour les machines et celui abritant l’appareil à gouverner. Un graisseur automatique a été installé à côté des treuils qui sont surveillés par une caméra. Cette configuration vise à apporter un gain de sécurité pour l’équipage, préserver le matériel de la mer et éviter que des projections d’eau touchent les machines.

 

L'un des deux treuils (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Local de l'appareil à gouverner

Local de l'appareil à gouverner (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

Autre innovation, tout un système de viviers a été développé au centre du bateau. Dans la coursive centrale, un premier vivier de pont réfrigéré et oxygéné de neuf caisses permet d’endormir les langoustines qui viennent d’être pêchées et de les nettoyer de leurs impuretés. Un second vivier en colonne d’une hauteur de 3.5 m pouvant accueillir 44 caisses avec un système d’ascenseur offre la possibilité d’empiler les caisses et de conserver la pêche. Ces deux viviers sont à hauteur d’homme pour faciliter la manipulation des caisses. Le bateau arrivé à quai, les langoustines peuvent être sorties fraîches avec une grue hydraulique à travers une trappe sur le pont.

 

Petit vivier (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Vivier en colonne (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

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Trappe sur le pont. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Trappe sur le pont. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

Autour du vivier en colonne, le bateau dispose d’une cale à poisson de 30 m3 avec huit compartiments - le Côte d’Ambre devrait pêcher le poisson pélagique un quart de son temps. Elle peut accueillir jusqu’à 400 caisses quand l’emplacement pour 4 tonnes de glace dans l’étrave est vide. Un local à tribord a également été prévu pour le zéro rejet.

 

Cale à poisson (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

La timonerie offre une bonne visibilité à 360 degrés avec un vitrage incorporé et non des vitres découpées dans la tôlerie. À l’intérieur, l’électronique vient essentiellement de chez Furuno et Simrad. Des écrans permettent de visionner les images des nombreuses caméras qui surveillent les deux treuils, l’arrière du bateau quand les chaluts remontent, la coursive centrale et la plage arrière.

 

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

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Ecran des caméras (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

Côté machine, le Côte d’Ambre est propulsé par un Caterpillar C18 de 350 kW couplé à un réducteur. Un imposant silencieux de 29 décibels a été installé pour plus de confort. L’hélice à pas fixe de 1.8 m de diamètre est placée dans une tuyère pour la protéger et gagner en performances. Un propulseur d’étrave améliore la manoeuvrabilité du bateau.

 

Moteur principal (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Moteur auxiliaire (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Moteur auxiliaire (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

Avec ses trois soutes à combustible, le Côte d’Ambre peut embarquer 11.000 litres de gasoil. La salle des machines accueille encore un moteur auxiliaire Caterpillar C 7.1 pour l’hydraulique notamment, ainsi que deux génératrices, tableaux électriques, pompe d’embrayage, compresseur de froid, tableau de gestion du froid, système d’extinction incendie Novec, caisse hydraulique de 500 litres, pompe de barre, pompe d’assèchement, pompe d’hydraulique secours, pompe de réfrigération d’huile…

Trois cabines, avec chacune deux couchettes et un placard, sont prévues pour l’équipage de six personnes maximum. Le Côte d’Ambre devrait faire des marées de trois jours avec trois ou quatre marins à bord. À tribord, se trouvent le carré et une petite cuisine. Le bateau dispose encore d’une petite salle de douche.

 

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

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« Pour un premier chalutier, ça nous semble être une belle réussite. Tous les gens qui viennent à bord repartent avec les yeux plein d’étoiles », se réjouit Gwénolé Bosseur dit « Toby », architecte naval chez Efinor, qui ne cache pas une certaine « fierté » arrivé au bout de ce projet en gestation depuis novembre 2016. Pour le moment, il n’y a pas d’autres chalutiers prévus, mais le chantier qui historiquement réalise des crew boats pour les champs pétroliers compte sur le Côte d’Ambre pour « nous faire connaître » dans le domaine de la pêche.

Les armateurs « avaient un cahier des charges bien défini avec le désir d’avoir un navire qui leur ressemble. Il y a eu un vrai partenariat avec eux sur la conception de ce projet » qui a été réalisé « sur-mesure » avec l’appui du cabinet Mauric, explique Benjamin Boitout, responsable du bureau d’études navales chez Euridis ingénierie. Il se félicite de l’étroite collaboration menée avec la famille Treguier pour aboutir à un bateau « toutes options », « quasiment équipé comme sur un 22 mètres ». : « Ils nous ont partagé leur savoir pour concevoir ce bateau. Ca nous a permis de nous qualifier sur ce qu’on ne connaissait pas, sur une ergonomie pêche bien spécifique. On a mélangé leur savoir-faire de pêche et notre savoir-faire du naval ».

« Évidemment, il y avait une part de risque assez importante, comme à chaque fois qu’un bateau est fait dans un chantier qui n’a pas l’habitude de faire ce genre de produit », explique de son côté, Laurent Treguier. « Mais c’était une prise de risque pour tout le monde. Pour nous, comme pour eux, je pense ». Finalement, il ne boude pas son plaisir : « Sur ce qu’on a pu voir, à l’heure actuelle, on ne peut que se féliciter. On ne l’a pas testé encore en réel, donc ce n’est pas facile de tirer des conclusions, mais sur le visuel je le trouve vraiment réussi. On a eu l’occasion d’en voir un bon paquet et les différentes sociétés qui sont intervenues à bord ont eu le même retour, donc je suis vraiment satisfait à l’heure actuelle ».

Une bonne nouvelle pour Allais, qui compte évidemment capitaliser sur la vitrine que représente ce premier chalutier pour décrocher de nouvelles commandes à la pêche. Dans ce domaine, le constructeur cherbourgeois travaille aussi sur le développement d'un sistership du Côte d'Ambre équipé d'une propulsion fonctionnant avec une pile à hydrogène. L'activité a par ailleurs repris sur le marché offshore, avec de nombreux projets en discussion et deux bateaux en commande. Il s'agit de crew boats de 19 et 22 mètres, livrables cette année en Afrique. 

 

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