Défense

Reportage

À bord du Falcon 50 de la Marine lors du défilé du 14 juillet

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Samedi, c’était le grand jour pour l’ensemble de la communauté militaire. Le 14 juillet, outre le fait d’être la Fête nationale, offre aussi et depuis très longtemps la possibilité aux forces armées de se rapprocher des citoyens. De nombreuses manifestations et portes ouvertes ont lieu partout en France. La plus connue et la plus importante manifestation reste bien entendu le traditionnel défilé sur les Champs Élysées. Aujourd’hui, nous vous proposons de revivre de l’intérieur le vol du Falcon 50MS de la Marine nationale engagé dans la partie aérienne de cette grande parade militaire.

 

La base de lann-Bihoué avec l'un des Falcon de la 24F (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Le Falcon 50 MS n°27 de la 24F (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Dernier briefing avant le départ

C’est un peu avant 7 heures du matin, dans le lieu de vie de la flottille 24F de la base d'aéronautique navale de Lann-Bihoué, près de Lorient, que le capitaine de corvette David réalise un dernier point sur le vol de ce matin. Cette grande salle sert aussi bien pour le repos des équipages que pour les briefings. Le vol du 14 juillet est préparé en amont de longue date, une dernière répétition s’est tenue dans la semaine. Le briefing est donc court et sert uniquement à faire un dernier point sur les prévisions de trafic, sur la météo et enfin de rappeler les procédures en cas de problème. Le risque n’étant pas neutre et la nature du vol étant si importante, tout est prévu pour faire face au moindre incident : changement d’avion au décollage, déroutage sur tel ou tel aéroport, etc. Ils sont cinq membres d’équipage à prendre part à ce vol, David et Adrien au pilotage, Vincent (Vinz) au poste de communication, JP à l’observation et enfin le radariste, lui aussi prénommé David.

 

Les pilotes juste avant le décollage (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Dans la foulée du briefing, l’équipage se rend à pied au hangar de la 24F. A l’intérieur, les mécaniciens sont déjà en train de préparer les différents Falcon 50 qui doivent voler dans la journée. En tout, huit appareils sont en service dans la flottille, dont plusieurs sont prépositionnés à tour de rôle dans d’autres lieux (dont un à Dakar dans le cadre d’un accord bilatéral au profil de l’aéroport international pour une alerte OACI).

Préparation de l’avion

L’avion choisi pour le défilé, le numéro 27, est déjà sorti sur le tarmac, prêt pour la check-list. Les marins se répartissent les tâches, JP approvisionne notamment l’avion en vivres. « On embarque toujours un stock assez important pour tenir en vol. Surtout que là, aujourd’hui, nous avons un deuxième vol de prévu sur le même appareil dans l’après-midi. Donc on prépare l’avion pour deux vols en réalité », indique celui qui s’occupe de la réception des alertes AIS et de l’observation à vue par le grand hublot sur la gauche de l’appareil. « On emporte du matériel de survie, des mae west (gilets de sauvetage, ndlr), des combinaisons étanches, des balises flottantes et des radeaux gonflables. En cas d’amerrissage forcé, on évacue par l’arrière gauche de l’appareil, c’est pourquoi les radeaux et combinaisons sont stockés à côté du poste radar. Il y a aussi des lignes de vie pour nous permettre de ne pas dériver le temps de nous organiser une fois dans l’eau. On peut facilement les sectionner en cas de besoin ».

Vincent installe son pc pour les communications et embarque tout un ensemble de matériels divers. « Ils serviront pour notre mission de cet après-midi. Après notre retour, on repartira en patrouille au-dessus de l’océan Atlantique ».

De leur côté, les deux pilotes réalisent la check-list obligatoire avant tout vol pendant que le radariste David prépare sa navigation. Vers 7 heures 30, le Falcon 50MS commence le roulage vers la piste. Puis, grâce à la puissance de ses trois réacteurs Garrett TFE731 de 16.5 kN de poussée chacun, l’élégant appareil, issu de la célèbre gamme de jets d’affaires de Dassaut Aviation et converti en avion de surveillance maritime, décolle du plancher des vaches avant d’entamer un léger survol de la banlieue lorientaise. Cap ensuite sur les zones d’attente de l’ouest parisien.

Falcon 50MS, un avion flexible au service de l’Action de l’État en Mer

Le Falcon 50 est à l’origine un triréacteur conçu pour apporter confort et long rayon d’action à une clientèle privilégiée. Il est en effet capable de réaliser des vols transatlantiques sans ravitaillement. Initialement, quatre appareils avaient été pris en compte par la Marine nationale au sein de la 24F dans un standard appelé MI. Le Falcon 50MI SURMAR (pour SURveillance MARitime) constitue un moyen rapide de projection pouvant rester longtemps disponible sur zone (l’avion peut voler pendant plus de 6 heures). Ses missions vont de la surveillance maritime à la recherche et au sauvetage. Les premiers Falcon (MI) sont en effet pourvu d’un système de lancement de chaînes SAR (search and rescue). Cela fait 18 ans que la 24F est passée sur cet appareil. Au début des années 2000, la flottille utilisait aussi des Embraer EMB-121 Xingu et des Nord 262.

 

Le Falcon 50 MS n°27 de la 24F (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

À partir de 2014, la 24F a réceptionné quatre nouveaux Falcon 50 dits « B », utilisés précédemment pour des missions de transport à usage gouvernemental. Ceux-là sont désignés Falcon 50MS par l'aéronautique navale. Les Falcon 50 civils sont uniquement dotés d’un radar météo dans le nez de l’avion. Leur transformation a donc consisté à les militariser avec l’intégration d’un radar de surveillance optimisé pour un emploi maritime, d’une boule électro-optique rétractable, de consoles et d’un système de mission, ainsi que de hublots d’observation.

 

Le poste radar avec les points bleus sur l'acran matérialisant les points de passage de ce matin. Le joystick du flir est à gauche (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Au poste arrière droit, on trouve la console du radar de surveillance maritime (placé dans le nez de l’avion). Cette console sert aussi au maniement de la boule optronique rétractable. La coordination de l’équipage est cruciale, car le travail se fait réellement en commun. L’opérateur radar prévoit les points de passage pour la navigation, c’est aussi lui qui peut guider les pilotes sur des échos radars. Pour communiquer entre les différents postes, les militaires utilisent des casques branchés sur un canal interne (qui permet toutefois aussi d’entendre les échanges radio avec l’extérieur). Pour ce vol du 14 juillet, le radar de surveillance maritime n’est d’aucune utilité. « C’est fait pour repérer des embarcations en mer. Là, on ne distingue rien au-dessus du sol à cause du relief et des bâtiments ». Par contre, le plan de vol est affiché et suivi en temps réel sur la console radar. Le circuit d’attente est matérialisé sur l’écran, ainsi que le circuit d’approche sur Paris.

 

L'observateur est placé à gauche et le responsable des communications à droite (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

À l’avant, JP et Vincent sont positionnés côte à côte. Dans une mission SURMAR, le premier peut réaliser de l’observation visuelle et le suivi des alertes AIS. Son coéquipier à droite peut lui avoir accès à des réseaux de communication par satellite. Il peut par exemple se documenter sur un navire repéré visuellement par l’observateur.

L'arrivée sur les circuits d'attente

Peu après 8 heures du matin, notre avion arrive sur zone. Très vite, il retrouve l’Atlantique 2 de la 21F qui nous avait précédé au décollage à Lann Bihoué. Pendant environ une heure, les deux appareils vont se suivre à bonne distance, ATL2 en premier et F50 en second. Ils effectuent des tours dans un circuit au-dessus de la région de Dreux. Pour l’instant, le vol est relativement simple. Il se complique quand, vers 9h30, les deux avions sont appelés pour se mettre en formation.

 

L'Altantique 2, visible au loin lors de la première phase d'attente (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Le Falcon 50 rejoint alors l'Atlantique 2 de patrouille maritime en se calant directement dans son sillage. Pendant près d’une heure, jusqu’au défilé au-dessus des Champs Elysées, les deux avions ne vont plus se quitter. Les évolutions à basse vitesse en formation ne sont pas de tout repos pour l’équipage. Le pilote est constamment obligé de rectifier sa trajectoire pour rester en formation. Cela demande pour les personnes situées à l’arrière d’avoir le cœur bien accroché. « On ressent plus les sensations à l’arrière », explique David, le pilote. Lui et Adrien sont en constante discussion lors de cette phase. Ils échangent continuellement en se donnant des conseils et en avertissant l’autre de la manœuvre en cours. « Là tu vois, il faut que tu avances un peu, le pilote de l’Atlantique doit t’avoir en visuel sur sa gauche », indique l’un des pilotes, ou encore : « Là tu descends et après tu fais rouler sur la droite. Comme ça après tu passes facilement de l’autre côté ». Ils se laissent aussi plusieurs fois le manche entre eux. « Pour le choix des pilotes pour le vol du 14 juillet, on choisit des pilotes qui ont de l’expérience », indique le capitaine de corvette David.

 

En formation rapprochée avec l'Atl2 (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Si de son côté l’Atlantique 2, avion à hélices, est spécialement conçu pour voler bas et à basse vitesse afin notamment de chasser les sous-marins, il n’en reste pas moins que les missions peuvent aussi être difficiles pour l’équipage. « Dans un Atlantique 2, les conditions pour le personnel navigant peuvent être compliquées. On est amené à rester pendant 8 à 10 heures confiné dans le fuselage, sans vue sur l’extérieur ou presque et avec l’avion qui effectue de brusques changements de direction à basse altitude et parfois par mauvais temps », explique Vinz. « C’est notamment le cas quand il s’agit de chercher des sous-marins. On est formés et sélectionnés pour ça. Le personnel navigant doit être capable de rester opérationnel malgré les conditions parfois difficiles ».

Alors que l’espace arien commence à se remplir avec l’arrivée d’Alphajet, de chasseurs, de ravitailleurs et d’avions de transport, les hélicoptères s’annoncent déjà par radio au contrôle aérien pour leur approche finale. Étant largement moins rapides que les avions, les voilures tournantes prennent de l’avance. Par radio on discerne d’ailleurs très nettement le bruit des pâles d’hélicoptères quand les pilotes échangent avec le contrôle aérien.

 

Des Alphajet en attente eux-aussi (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Passage final et retour sur la Bretagne

À partir du moment où le président de la République rejoint la tribune officielle, le top est donné. L’ensemble des 64 aéronefs du défilé rejoignent leurs positions et se lancent dans un survol à basse altitude de la capitale. Le paysage, magnifique, défile à grande vitesse. Le timing est serré et les pilotes n’ont le droit qu’à 3 secondes de décalage sur le temps de passage au-dessus de la tribune officielle. Notre avion passe avec 2 secondes, mission réussie. Par la suite, la formation serrée avec l’ATL2 prend la direction nord-est. À la verticale de l’aéroport de Roissy, le contrôleur aérien nous autorise à rompre la formation. Chacun va alors rejoindre un palier de vol optimal pour rejoindre sa base. Après avoir survolé le Pays de Châteaubriant et Redon, le Falcon 50M rejoint la côte. Nous redescendons alors à basse altitude et à vitesse élevée, terminant ce vol en remontant la côte morbihannaise.

 

Sur l'axe des Champs Elysées, on passe devant les plus beaux monuments de Paris, comme la Tour Eiffel ... (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

... Ou encore les Invalides (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Vidéo tournée lors de ce même vol par les équipes de la marine (© MARINE NATIONALE)

 

Arrivé à Lann Bihoué, l'équipage salue une autre équipe, prête au départ pour rejoindre une base du sud de la France. Tous les jours, peu importe l’heure et la date, les marins de la 24F tiennent l’alerte pour assurer une permanence opérationnelle. « Les jours ouvrables, on doit pouvoir décoller en 1 heure. Les jours non ouvrables c’est 2 heures. Mais, c’est le temps théorique. On décolle souvent beaucoup plus rapidement. Quand on est appelé sur une mission SAR et qu’il y a une vie humaine en jeu, chaque minute compte », explique JP. Sur les cinq marins de note vol du défilé, trois se préparent déjà à reprendre l'air pour une patrouille au-dessus de l’Atlantique qui commencera en début d’après-midi. « Légalement, nous sommes limités à deux vols de 6 heures consécutivement », explique l’observateur. Pour réaliser leurs missions, les équipages s’entraînent  très dur pour maintenir leur savoir-faire et une capacité opérationnelle totale. Quant à leurs huit Falcon 50 MS et MI, ils ne sont pas de trop pour remplir leurs nombreuses missions, qui vont des eaux hexagonales à l'Afrique, en passant par la zone Antilles/Guyane et jusqu'en océan Indien. 

 

(© DASSAULT AVIATION)

(© DASSAULT AVIATION)

Marine nationale