Marine Marchande
A bord du nouveau câblier d'Orange Marine

Reportage

A bord du nouveau câblier d'Orange Marine

Marine Marchande

« Ce navire, il est fait pour durer 40 ans ». Raynald Leconte, président d’Orange Marine, a choisi le nom de son nouveau câblier : « Pierre de Fermat, parce que je voulais rétablir l’équilibre avec Descartes, qui est le nom d’un autre de nos navires. Même si Fermat est un peu moins connu, il ne faut pas oublier que c’est lui qui a posé le fameux principe à la base de l’optique ». Le principe de Fermat qui décrit la propagation du rayon lumineux. Un nom particulièrement approprié pour un navire dont la fonction principale, dans les prochaines décennies donc, sera de réparer, voire de poser, les câbles en fibre optique qui relient les îles et les continents pour transmettre la grande majorité des télécommunications.

 

(ORANGE MARINE)

(ORANGE MARINE)

 

Le Pierre de Fermat est arrivé à Brest le 29 octobre en provenance de sa Norvège natale. Si sa coque a été construite dans les chantiers Vard de Braila, en Roumanie, son armement a été réalisé aux chantiers de Brattvag, près du bureau d’études qui l’a imaginé. 100 mètres de long, 21.5 mètres de large, 7.1 mètres de tirant d’eau, une forme élancée et une étrave à brion, le nouveau câblier a été conçu selon le design CLV 01 de Vard et les spécifications précises du client.

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

La passerelle qui dispose d'une vision à 360° et d'un poste de contrôle avant et arrière (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

La passerelle qui dispose d'une vision à 360° et d'un poste de contrôle avant et arrière (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Rolf, le troll mascotte du chantier et du bateau (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Rolf, le troll mascotte du chantier et du bateau (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

« Ce bateau est avant tout prévu pour ne pas bouger. Il est davantage dédié à l’entretien qu’à la pose et a plutôt un profil d’intervention sur des câbles régionaux », détaille Raynald Leconte. Dans la forme et l’équipement du navire, on sent clairement l’influence des innovations de la construction navale offshore, dont il a bénéficié. La propulsion diesel-électrique est flexible : deux propulseurs Rolls-Royce tunnel à l’avant, deux azimutaux Rolls-Royce à l’arrière et un propulseur rétractable, qui peut être relevé en cas de travail dans des petits fonds.  L’alimentation électrique est fournie par quatre diesel-générateurs Caterpillar de 2.5 MW. Le navire, qui travaille beaucoup en station, est naturellement équipé d’un système de positionnement dynamique DP2, fourni par Alstom. Capable d'accueillir jusqu'à 70 personnes, équipage, techniciens et clients, il peut opérer en toute autonomie pendant 60 jours, avec notamment une production quotidienne de 500 m3 d’eau douce.

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

« Nous avons beaucoup réfléchi à l’ergonomie sur les différents postes de travail ». Dans la salle de contrôle du robot sous-marin télé-opéré (ROV) - baptisé Hector - située juste sous la passerelle, les pilotes ont devant eux deux dalles d’écran et déplacent, en fonction de leurs besoins, toutes les interfaces de contrôles du robot embarqué sur le câblier. Un engin qui dispose de son propre local, « c’est le seul navire câblier où le ROV est abrité », d’où il peut être mis à l’eau, grâce à un portique synchronisé avec le treuil déroulant les 3000 mètres d’ombilical le reliant au bateau, pour filmer, manipuler ou ensouiller un câble. Hector dispose de 4 hélices sur le dessus pour les mouvements verticaux, 4 hélices azimutales en dessous et 2 chenilles. De ce fait, le ROV est d’une grande manœuvrabilité et peut intervenir jusqu’à 2000 mètres de profondeur. Le Pierre de Fermat peut également mettre en œuvre une charrue pour des travaux d’ensouillage plus longs et plus profonds.

 

Salle de pilotage du ROV (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Salle de pilotage du ROV (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le ROV Hector (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le ROV Hector (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

« Ici c’est le centre névralgique du bateau ». A côté de la salle de pose, un très long pont de travail abrité le long duquel les câbles sont déroulés. « Le navire est paré à intervenir dès qu’un client reçoit un signal de dysfonctionnement d’un des câbles. Il nous indique la position estimé de l’affaiblissement de son signal, nous croisons avec nos cartes et nous y rendons ». Ensuite, il faut localiser la portion endommagée et partir à la pêche. « C’est un système de drague assez rudimentaire, piloté depuis le navire. On grappine et on remonte le câble cassé. A bord on le teste pour voir à quel moment on récupère le signal. A l’endroit où on le retrouve, on coupe, on accroche une bouée et on remet à l’eau ». La même opération est effectuée de l’autre côté. Les deux parties saines sont ensuite jointées par les techniciens du bateau, puis une épissure est effectuée.  Le câble réparé est ensuite soigneusement remis à l’eau, « une des parties les plus délicates ». Depuis le navire, on contrôle méticuleusement la vitesse de descente et l’angle de pose, soit avec la caméra de la charrue, soit avec un logiciel de suivi, de manière à ce que le câble arrive bien à plat sur le fond.

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le pont de travail (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le pont de travail (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Plusieurs types de grappins en fonction du diamètre du câble (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Plusieurs types de grappins en fonction du diamètre du câble (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Différents types de câbles sous-marins, dont l'épaisseur de la protection dépend de la nature du sol (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Différents types de câbles sous-marins, dont l'épaisseur de la protection dépend de la nature du sol (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Boite de jointage (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Boite de jointage (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Au fond du pont de travail, se situe l’entrée des deux cuves. « Nous avons une capacité d’emport de 2300 tonnes de câble ». L’une d’entre elles devrait être prochainement équipée d’un carrousel pour pouvoir recevoir un type de câble plus lourd et donc plus difficile à lover. « Parce que le Pierre de Fermat n’a pas uniquement vocation à entretenir ou poser du câble optique », explique Raynald Leconte. Dans cette deuxième cuve, le patron d’Orange Marine espère voir prochainement du câble de puissance, tel que celui reliant à la terre les installations d’énergies marines renouvelables, comme les éoliennes offshore et les hydroliennes.

« Le bateau a été pensé pour pouvoir travailler sur le marché des EMR. Nous l’avons déjà fait en câblant le site expérimental du SEM-REV, au large du Croisic, en 2012. Il y a un potentiel important sur ce marché où nous pouvons valoriser notre savoir-faire ». Le pont a d'ailleurs été renforcé pour pouvoir accueillir un deuxième ROV, qui serait, le cas échéant, dédié aux travaux EMR.

 

Une des cuves du navire (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Une des cuves du navire (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

En attendant ce marché, qui s’annonce au plus tôt en 2016, au large des côtes françaises, le Pierre de Fermat a déjà appareillé pour sa première mission dans les îles écossaises, où il va réparer un câble de BT dans des conditions bien hivernales. Un test grandeur nature pour le nouveau navire amiral d’Orange Marine.

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

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(ORANGE MARINE)

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Câbles sous-marins