Défense
A bord du patrouilleur Holland, de la marine néerlandaise

Reportage

A bord du patrouilleur Holland, de la marine néerlandaise

Défense

C’est au petit matin, devant de Den Helder, la grande base navale de la flotte néerlandaise, que nous embarquons sur le Holland. Au large, la mer est agitée, force 4 apparemment. Il fait encore nuit lorsqu’un remorqueur nous conduit sur le nouveau patrouilleur de la Koninkiljke Marine, mouillé à l’abri des digues du port, dont les lumières laissent deviner la silhouette grise du bâtiment. Même dans la pénombre, le Holland en impose, avec son allure massive, surmontée de l’impressionnant IM-400, le tout nouveau mât intégré développé par Thales. Après avoir récupéré ses nouveaux passagers, le bâtiment appareille pour retrouver les caprices de la mer du Nord en cette période hivernale afin de mener à bien une nouvelle campagne de qualification de ses équipements électroniques.

 

Le Holland au petit matin (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Holland au petit matin (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le Holland au petit matin (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Holland au petit matin (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le Holland au petit matin (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Holland au petit matin (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un très gros patrouilleur

 

Certes, ce bateau, entré en service en juillet, se classe dans la catégorie des patrouilleurs hauturiers, mais ses dimensions, comme son tonnage, en font plutôt une petite frégate. Le Holland mesure en effet 108 mètres de long pour 16 mètres de large, avec un déplacement lège de 3000 tonnes atteignant 3750 tonnes à pleine charge. A titre de comparaison, les frégates de surveillance françaises du type Floréal ne mesurent que 93.5 mètres pour un déplacement de 2650 tpc, alors que les avisos n’atteignent que 80.5 mètres pour 1410 tpc. De manière générale, d’ailleurs, tous les nouveaux patrouilleurs hauturiers, ou OPV (Offshore Patrol Vessels), récemment construits en Europe sont des unités de moins de 100 mètres. C’est le cas de L’Adroit français (Gowind OPV de DCNS) avec ses 87 mètres et 1500 tpc, du BAM espagnol de Navantia (93.9 mètres, 2840 tpc), du PV80 de l’Allemand Lürssen destiné au Brunei (80 mètres, 1625 tpc) ou encore de l’Amazonas brésilien (ex-Port of Spain commandé par Trinidad et Tobago) réalisé par le Britannique BAE Systems (90 mètres, 1800 tpc). C’est pourquoi, compte tenu de leurs dimensions et de leurs capacités, les Holland ne sont pas appelés OPV par les Néerlandais mais OGPV (Ocean Going Patrol Vessel).

 

Le Holland (© : THALES)

Le Holland (© : THALES)

 

Le Holland (© : RNLN)

Le Holland (© : RNLN)

 

Conçus pour remplacer des frégates sur l’essentiel de leurs missions

 

C’est en 2007 que la marine néerlandaise a commandé au groupe Damen quatre OGPV. L’objectif était de remplacer à moindre coût les frégates du type M (classe Karel Doorman), grands bâtiments de 122 mètres et 3320 tonnes livrés entre 1991 et 1994, dont il ne reste que deux exemplaires en service aux Pays Bas, les Van Amstel et Van Speijk. Les six autres ont été vendus et transférés au Chili (Tjerk Hiddes et Abraham Van der Hulst en 2004), à la Belgique (Karel Doorman et Willem Van der Zaan en 2007 et 2008) et au Portugal (Van Nes et Van Galen en 2009). En raison des restrictions budgétaires, la marine néerlandaise a été contrainte de réduire fortement son format, ne conservant dans le domaine des frégates que les quatre LCF (De Zeven Provincien, Tromp, De Ruyter et Evertsen), mises en service entre 2002 et 2005, ainsi que les deux dernières unités de la classe M, qui bénéficient d’une modernisation, avec notamment un nouveau mât intégrant un radar de veille surface Seastar et un système de veille TV/IR panoramique Gatekeeper (le Van Speijk est désormais équipé, le Van Amstel devant l’être en 2013/2014).

 

Le Holland et une frégate du type LCF (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Holland et une frégate du type LCF (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Frégate du type LCF (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Frégate du type LCF (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Frégate du type M (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Frégate du type M (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Faute de moyens financiers, il n’était pas question de construire quatre nouvelles frégates fortement armées pour remplacer les bâtiments vendus à des marines étrangères. Les marins néerlandais sont, en revanche, parvenus à convaincre leur gouvernement qu’il serait souhaitable de construire de grands patrouilleurs, bien plus économiques que des frégates et à même de remplir l’essentiel de leurs missions. « Les OGPV ont été conçus comme des bâtiments hauturiers, très économiques en coûts d’exploitation et capables d’effectuer de longs déploiements outre-mer. Ces bâtiments ne sont pas conçus pour faire de la lutte antinavire, de la lutte antiaérienne ou de la lutte anti-sous-marine. Ils sont destinés aux missions de garde-côte, de surveillance des espaces maritime, de lutte contre la piraterie, de lutte contre les trafics de drogue ou encore pour les opérations de sauvetage », explique Chris Van Den Berg, commandant du Holland.

 

Le Holland (© : THALES)

Le Holland (© : THALES)

 

Premiers bâtiments à recevoir l’Integrated Mast de Thales

 

Les Holland se distinguent par l’adoption d’un mât unique où sont intégrés, en une seule et même structure, la quasi-totalité des senseurs et moyens de communication dont disposent les bâtiments. Développé par Thales, l’Integrated Mast se décline en plusieurs modèles, suivant la taille de la plateforme et des équipements électronique dont elle est dotée. Du petit patrouilleur à la frégate de premier rang, Thales propose, ainsi, l’I-Mast 50, l’I-Mast 100, l’I-Mast 400 et l’I-Mast 500. « L’avantage de ce concept est qu’il permet de faire cohabiter des systèmes électronique dont le nombre est de plus en plus important. La mâture unique offre une vision permanente et panoramique, à 360°, mais aussi un gain de place », explique-t-on chez Thales. Via sa filiale Thales Nederland, leader européen dans le domaine des radars, le groupe d’électronique a développé tout un savoir-faire sur le remplacement des traditionnels radars tournants par des antennes fixes, configuration dont bénéficient les quatre LCF néerlandais et les trois frégates allemandes du type 124 (mises en service en 2004 et 2006) avec le radar APAR. Fort d’une dizaine d’années d’expérience à la mer de ces systèmes, Thales a développé le premier radar européen de veille air à longue portée doté de quatre faces planes. Il s’agit du Smile (SeaMaster 400), dont la portée atteint 250 km. Ce radar tridimensionnel fonctionnant en bande S est, pour la première fois, intégré sur l’I-Mast 400 dont sont dotés les Holland, offrant à ces bâtiments une capacité de détection équivalente à une frégate et bien supérieure aux autres patrouilleurs. Les quatre antennes du Smile se distinguent très bien sur le mât. Il s’agit des plus grandes plaques ressortant sur la structure, les premières en partant de sa base.

 

La famille I-Mast (© : THALES)

La famille I-Mast (© : THALES)

 

L'I-Mast 400 (© : THALES)

L'I-Mast 400 (© : THALES)

 

L'I-Mast 400 (© : THALES)

L'I-Mast 400 (© : THALES)

 

Lutte contre les menaces asymétriques

 

Présentant une emprunte de 8 mètres de côté à sa base, pour une hauteur de 13.6 mètres et un poids de 52 tonnes, le mât intégré du Holland comprend bien d’autres équipements, dont un radar de veille-surface Seastar (bande X). Doté également de quatre antennes fixes, fins rectangles situés sur la partie haute de la structure, sous la grosse boule accueillant un système de communication par satellite, ce radar a été spécialement conçu par Thales pour pouvoir repérer et pister de petits mobiles de surface. Au large de Den Helder, ce moyen de détection subissait, justement, une série de tests pour valider ses performances. A une distance plus ou moins importante du patrouilleur, une embarcation rapide, capable de filer à plus de 45 nœuds, ainsi qu’un jet-ski, évoluaient à plus ou moins grande vitesse, effectuant également différentes manœuvres, y compris évasives, afin de jauger la capacité du Seastar à détecter et poursuivre en pleine mer ces mobiles malgré leur petite taille, leur vitesse et leurs brusques changements de cap. A bord du Holland, les marins néerlandais et les ingénieurs de Thales suivaient, sur leurs écrans, l’évolution des deux cibles, matérialisées par des plots en continuel mouvement. Malgré leurs brusques manœuvres, l’embarcation comme le jet-ski ne sont pas parvenus à tromper le système de détection, qui les a constamment accrochés. On notera d’ailleurs que le Seastar sert également de conduite de tir pour l’artillerie, mais aussi de radar d’approche pour le guidage de l’hélicoptère embarqué.

 

Jet-ski manoeuvrant autour du Holland (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Jet-ski manoeuvrant autour du Holland (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Jet-ski manoeuvrant autour du Holland (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Jet-ski manoeuvrant autour du Holland (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

RIB manoeuvrant autour du Holland (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

RIB manoeuvrant autour du Holland (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

RIB manoeuvrant autour du Holland (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

RIB manoeuvrant autour du Holland (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

RIB manoeuvrant autour du Holland (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

RIB manoeuvrant autour du Holland (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

RIB et jet-ski autour du Holland (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

RIB et jet-ski autour du Holland (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L'IM-400 comprend, par ailleurs, un système électro-optique (vidéo TV et infrarouge) de surveillance et d'alerte Gatekeeper. Implanté aux angles du mât, à la même hauteur que les antennes du Smile, ce système automatique offre lui aussi une capacité de détection à 360 degrés.

En conjuguant les capacités du Smile, du Seastar et du Gatekeeper, ainsi que des radars de navigation, Thales a non seulement offert au Holland la possibilité de détecter des menaces traditionnelles, mais également de disposer d’une parade au développement des menaces asymétriques, comme les attaques de petites embarcations rapides, de nageurs de combat ou de drones aériens. Les moyens électro-optiques du Gatekeeper permettent, par exemple, d’obtenir des images assurant l’identification visuelle d’un nageur à plus de 500 mètres,

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