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Reportage

A bord du RFA Lyme Bay

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Nous vous emmenons aujourd’hui à bord du transport de chalands de débarquement auxiliaire RFA Lyme Bay, le plus gros bâtiment britannique engagé la semaine dernière dans l’exercice Catamaran.

Second d’une série de quatre unités construites par les chantiers Swan Hunter et BAE Systems, ce navire et ses sisterships, mis en service en 2006 et 2007, ont été conçus pour appuyer les principaux bâtiments de la Royal Navy dédiés aux opérations amphibies et aéromobiles : le porte-hélicoptères HMS Ocean (retiré prématurément du service en début d’année et vendu au Brésil), ainsi que les grands transports de chalands de débarquement HMS Albion et HMS Bulwark.

Du fait de restrictions budgétaires, la tête de série, le RFA Largs Bay, a été cédée en 2011 à l’Australie, où elle poursuit depuis sa carrière sous le nom de HMAS Choules.

 

Le Lyme Bay devant Quiberon le 7 juin (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La Royal Fleet Auxiliary ne compte donc plus que trois TCD auxiliaires, les RFA Lyme Bay, RFA Mounts Bay et RFA Cardigan Bay. Longs de 176.6 mètres pour une largeur de 26.4 mètres, ils affichent un déplacement de 16.160 tonnes en charge et peuvent atteindre la vitesse de 18 nœuds, l’autonomie étant de 8000 milles à 15 nœuds. On notera qu’ils sont équipés d’un système de positionnement dynamique facilitant les manœuvres lorsqu’ils se positionnent devant une côte.

Contrairement aux Albion et Bulwark, ces navires ne sont pas armés par des marins militaires. « L’équipage est civil, nous sommes 75 à bord », explique un officier du RFA Lyme Bay. Ces équipages de la Marine marchande britannique disposent néanmoins d’un statut de réserviste, activé sur les bâtiments sont employés dans des zones à risques. C’est pourquoi les TCD auxiliaires relèvent, comme par exemple la flotte logistique britannique, de la Royal Fleet Auxiliary et non de la Royal Navy.

Les capacités d’emport en personnel sont très importantes. « En plus de l’équipage, nous pouvons accueillir pour une durée assez longue 320 soldats, et même jusqu’à 700 pour de courtes périodes ». La semaine dernière, au large de Quiberon, ils étaient en tout 489 à bord, dont environ 200 hommes et de nombreux véhicules de l’armée de Terre française.

 

Le Lyme Bay avec son radier ouvert, prêt à accueillir un chaland (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Véhicules français dans le pont garage du Lyme Bay (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Blindés et autres camions sont stockés dans un vaste garage offrant un linéaire de 1150 mètres, soit une capacité de 150 camions ou une trentaine de chars lourds comme le Challenger. « Nous avons un unique pont à véhicules qui est situé dans le prolongement du radier, ce qui facilite les manœuvres d’embarquement et de débarquement du matériel roulant sur des chalands ». Contrairement aux TCD classiques, le radier du Lyme Bay et de ses sisterships est très étroit. Il ne mesure en effet que 31 mètres de long pour 9 mètres de large. De quoi loger simplement un unique chaland du type LCU Mk10, long de 29.8 mètres et large de 7.7, ou deux petits LCVP de 15.7x3.5 mètres.

 

Le radier du Lyme Bay avec un CTM français (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Chaland britannique du type LCU Mk10, ici avec un EDAR français lors d'un précédent exercice (© MER ET MARINE - VG)

LCVP britannique (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Ces capacités amphibies réduites découlent du fait que ces bateaux sont conçus pour intervenir en support des TCD de la Royal Navy, dont les chalands, plus nombreux, peuvent venir chercher les véhicules. Les Bay sont aussi configurés pour embarquer et débarquer leur matériel depuis des infrastructures portuaires, grâce à des portes de bordé. Ils ont également la possibilité d’emporter jusqu’à deux grands pontons flottants automoteurs, saisinés de chaque côté de la coque et déployable sur les flancs des bateaux lorsque ceux-ci sont au mouillage. Matériel et véhicules peuvent y accéder depuis le garage avant de rejoindre la côte. Une capacité que le Largs Bay a notamment utilisée aux Antilles l’an dernier lors des opérations de soutien aux populations après le passage de l’ouragan Irma.

 

Ponton automoteur employé par le Largs Bay aux Antilles en 2017 (© RFA)

Ponton automoteur employé par le Largs Bay aux Antilles en 2017 (© RFA)

Le Lyme Bay avec sur tribord sur ponton saisiné à la coque (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Comme toutes les unités amphibies, les TCD auxiliaires britanniques sont en effet des outils très polyvalents, adaptés aux opérations militaires comme aux évacuations et au soutien humanitaire. Ils peuvent à cet effet recourir à leurs moyens de débarquement, leurs capacités hôtelières et médicales, ainsi qu’à des installations aéronautiques. Si ces bâtiments ne sont pas dotés d’un hangar, ils disposent d’une vaste plateforme avec deux spots d’appontage et une zone de parking, permettant d’organiser une noria aérienne avec la terre. La plateforme est conçue pour pouvoir accueillir des machines lourdes, comme un hélicoptère CH-47 Chinook ou un convertible MV-22 Osprey.

 

Hélicoptère Merlin appontant sur le Mounts Bay lors d'un précédent exercice (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Hélicoptère Chinook, ici sur le pont du BPC Tonnerre (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le pont supérieur, qui communique avec le garage au moyen d’un élévateur, offre une imposante surface de stockage permettant de loger des conteneurs ou du matériel très varié, y compris des véhicules supplémentaires. Le fret est manutentionné au moyen de deux grues d’une capacité de levage de 30 tonnes. Ce jour-là, ce sont trois aéroglisseurs de 12.6 mètres du type 2400 TD, employés lors de Catamaran par les Royal Marines, qui sont stockés sur le pont. On notera que ces engins d’assaut sur coussin d’air, conçus pour transporter 16 soldats et leur équipement, peuvent aussi opérer depuis le radier, équipé d’un puissant système de ventilation pour évacuer les gaz chauds produits par leur hélice.

 

Le pont supérieur du Lyme Bay  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Aéroglisseur stocké sur le pont supérieur du Lyme Bay  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

En matière d’armement, le RFA Lyme Bay dispose uniquement de moyens d’autoprotection. Ceux-ci se limitent habituellement à des mitrailleuses mais ils seraient renforcés en temps de guerre. A cet effet, des emplacements sont réservés pour des canons télé-opérés de 30mm, un système multitubes Phalanx et même des lance-leurres.

 

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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