Croisières et Voyages
A bord du Roald Amundsen, dernier-né polaire d'Hurtigruten

Reportage

A bord du Roald Amundsen, dernier-né polaire d'Hurtigruten

Croisières et Voyages

Il se sera fait un peu attendre et le commandant Kai Albrigsten le concède volontiers, « les derniers mois ont été longs ». Le Roald Amundsen, nouveau navire d’expédition polaire de la compagnie norvégienne Hurtigruten, est enfin en ligne après plusieurs mois de retard. Le chantier Kleven, en difficulté juste après la commande de l’Amundsen et de son sistership le Fridtjof Nansen, a été racheté par Hurtigruten, sans doute pour garantir la construction de cette nouvelle génération de navire. Une troisième unité a même été commandée dans la foulée. Sur les raisons du retard, on ne saura pas grand-chose, même si l’on imagine aisément la complexité de la construction d’un tel prototype dans un chantier quasi néophyte dans le secteur de la croisière, sur un design Rolls-Royce, dont ce n’était jusqu’ici pas non plus la spécialité. (Voir notre reportage détaillé à Ulsteinvik sur le chantier du navire)

(HURTIGRUTEN)

(HURTIGRUTEN)

Escale inaugurale à Tromsø (HURTIGRUTEN)

Escale inaugurale à Tromsø (HURTIGRUTEN)

 

Mais, après un dernier retard, le Roald Amundsen, annoncé fin mai, a finalement été livré le 28 juin et il a entamé sur les chapeaux de roue sa saison de croisière à Tromsø, dans le nord de la Norvège. Un tour au cap Nord et à Kirkenes en mer de Barents, les fjords norvégiens et le voilà à Hambourg où il fait le plein pour sa croisière de 14 jours qui va globalement suivre la route de l’Express Côtier le long de la côte ouest norvégienne. « Il n’y a qu’une seule cabine vide », se félicite le commandant. La clientèle allemande raffole des croisières Hurtigruten, d’où sans doute le positionnement dans le port d’Hambourg.

 

Le Roald Amundsen à Hambourg (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le Roald Amundsen à Hambourg (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le commandant Kai Albrigsten (HURTIGRUTEN - ESPEN MILLS)

Le commandant Kai Albrigsten (HURTIGRUTEN - ESPEN MILLS)

 

A bord du Roald Amundsen, c’est l’effervescence. Les passagers vont arriver à la mi-journée et on attend la barge de soutage qui tarde. Le navire va en effet faire le plein de gasoil dans le port allemand en prévision de son début d’été. Du gasoil, pas de fuel lourd contre l’utilisation duquel dans les zones polaires Hurtigruten mène une campagne résolue. Mais pas de gaz naturel liquéfié pour la propulsion de ce bateau qui s’affiche comme « très vert » cependant : « il n’y a aucune possibilité de se ravitailler en GNL dans les endroits où nous allons, cela n’aurait servi à rien », note Jan Andreas Grønas, le chef mécanicien. La propulsion diesel-électrique du navire intègre également un parc de batteries. Elle est composée de quatre moteurs Bergen B33.45 de 3.6 MW, qui alimentent deux propulseurs azipulls à aimant permanent de 3MW et deux propulseurs tunnels, eux aussi à aimant permanent, de 1.5 MW. Le parc de batteries Corvus est constitué par deux ensembles de 685 kWh.

 

L'ensemble de la propulsion a été fournie par Rolls-Royce, dont l'Unified Bridge (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

L'ensemble de la propulsion a été fournie par Rolls-Royce, dont l'Unified Bridge (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le chef mécanicien au PC machine (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le chef mécanicien au PC machine (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

La salle des batteries (HURTIGRUTEN - ESPEN MILLS)

La salle des batteries (HURTIGRUTEN - ESPEN MILLS)

 

Un parc de batteries, qui, donc, permet de qualifier le navire d’hybride. Mais, il ne s’agit pas pour autant tout à fait d’une révolution environnementale. Les batteries servent avant tout au lissage de consommation du navire (peak shaving) et pourraient permettre une économie de 20% de combustible, et donc, évidemment, une réduction d’autant des émissions. Pour ce qui est de la propulsion purement électrique, il est évident que ce dimensionnement de parc de batteries ne peut pas faire de miracle sur un bateau de 140 mètres de long pour 23.6 mètres de large et 21.000 GT de jauge.  « Nous tiendrons environ 30 minutes sur un mode pur électrique ». Un mode d’appoint, donc, mais un bon début. La salle des batteries est aux trois quart vide, ce qui laisse la possibilité de rajouter des batteries supplémentaires. Et le Fridtjof Nansen devrait déjà bénéficier de davantage de capacité. Toujours côté électrique, le Roald Amundsen n’est, en revanche, pas équipé de prise de raccordement au courant quai. « Là aussi, nous n’escalons pas dans des ports qui offre cette possibilité, le bateau n’en est donc pas pourvu ».

Dans le navire, l’ambiance est bien évidemment scandinave, tons sobres, décoration simple et chaleureuse, l’essence du « hygge », ce style de décoration devenu tellement à la mode. Pas de débauche de vitrines et d’activités mais trois restaurants : l’Aune, le plus grand, qui tire son nom de Tinus Aune, premier shipchandler d’Hurtigruten, installé dans le port de Tromsø. On y trouve des buffets de cuisine internationale et de spécialités norvégiennes. Le Lindstrøm, plus gastronomique, rend hommage à Adolf Lindstrøm, chef cuisinier des expéditions de Roald Amundsen, notamment sur le Fram. Le Fredheim, ouvert toute la journée, propose des plats de type street food. Il porte le nom d’une cabane de chasse du Spitzberg, ouverte dans les années 20 et devenue depuis un point de rendez-vous pour les voyageurs qui y trouvent de la nourriture locale. Enfin, au pont 10, l’Explorer Lounge&Bar offre une large vue sur l'extérieur. Il y a, bien sûr, un sauna, une piscine extérieure et deux jacuzzis, une salle de sport et un spa.

 

L'Explorer Lounge (HURTIGRUTEN - ESPEN MILLS)

L'Explorer Lounge (HURTIGRUTEN - ESPEN MILLS)

Une des 123 cabines polaires (entre 17 et 23 m2) du navire ( HURTIGRUTEN - AGURTXANE CONCELLON)

Une des 123 cabines polaires (entre 17 et 23 m2) du navire ( HURTIGRUTEN - AGURTXANE CONCELLON)

Une des 53 suites Expédition (22 à 48 m2)  (HURTIGRUTEN - AGURTXANE CONCELLON)

Une des 53 suites Expédition (22 à 48 m2)  (HURTIGRUTEN - AGURTXANE CONCELLON)

Le restaurant Fredheim (HURTIGRUTEN - AGURTXANE CONCELLON)

Le restaurant Fredheim (HURTIGRUTEN - AGURTXANE CONCELLON)

L'Aune, plus grand restaurant du bord (HURTIGRUTEN - AGURTXANE CONCELLON)

L'Aune, plus grand restaurant du bord (HURTIGRUTEN - AGURTXANE CONCELLON)

Le Lindstrøm, table gastronomique du navire (HURTIGRUTEN - ESPEN MILLS)

Le Lindstrøm, table gastronomique du navire (HURTIGRUTEN - ESPEN MILLS)

Le sauna avec vue extérieure (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le sauna avec vue extérieure (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(HURTIGRUTEN - ESPEN MILLS)

(HURTIGRUTEN - ESPEN MILLS)

 

Mais il y a surtout le centre scientifique, « le cœur du navire » comme l’appelle Wayne Brown, le chef d’expédition. Une grande salle de conférence, des microscopes Zeiss dernier cri, mais également un pont d’observation extérieure complètement abrité qui accueille une table de dissection et un aquarium. « Un navire comme celui-là, c’est un musée à ciel ouvert. On peut y voir la faune au plus près, comme par exemple les baleines. On peut aussi y découvrir le rôle du plancton, que nous prélevons grâce à un filet et que nous pouvons ensuite examiner au microscope. Nous pouvons aussi pêcher des poissons et les observer dans notre aquarium ». Des conférences se tiennent tous les jours, ainsi que des présentations thématiques en petits groupes, « à la carte selon les intérêts des passagers ». Le navire accueille également des scientifiques en résidence, qui travailleront sur le plancton, les micro-plastiques, mais également sur la géologie, et effectue en permanence des relevés de température et de salinité de l’eau. Des observations scientifiques qui seront particulièrement précieuses en raison des latitudes dans lesquelles le Roald Amundsen va croiser, et notamment le passage du Nord-Ouest qu’il devrait franchir à partir du 24 août

 

Les microscopes du Science Center (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Les microscopes du Science Center (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le Science Center (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le Science Center (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Une fois dans le Pacifique, l’Amundsen rejoindra les côtes d’Alaska puis se positionnera pour sa saison hivernale en Antarctique à compter de novembre. Il devrait ensuite être baptisé en Antarctique où, en lieu et place de la traditionnelle bouteille de champagne, il recevra un morceau de glace.

 

(HURTIGRUTEN)

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(HURTIGRUTEN - ESPEN MILLS)

(HURTIGRUTEN - ESPEN MILLS)

 

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