Pêche
A bord du thonier-senneur Belle Isle

Reportage

A bord du thonier-senneur Belle Isle

Pêche

Avec ses 90 mètres de long pour 14.5 mètres de large, c’est un navire de pêche imposant. Exploité depuis décembre dernier en océan Indien, le Belle Isle est le dernier d’une classe de sept thoniers-senneurs surgélateurs construits par Piriou pour le compte de l’armement réunionnais SAPMER. Commandée en 2007, la tête de série, le Franche Terre, a été réalisée à Concarneau, qui l'a livrée en 2009. Ses sisterships ont, ensuite, été fabriqués au Vietnam où la filiale locale de Piriou, South East Asia Shipyard (SEAS), a spécialement créé un second chantier. En plus de son premier site de Ben Luc, dédié aux navires en aluminium et ouvert en 2007, le constructeur français a développé une nouvelle infrastructure pour les bateaux en acier. Il se trouve à Nha Be, près d’Ho Chi Minh Ville, au cœur du chantier X51 de l’arsenal de la marine vietnamienne.  Les Manapany et Bernica y sont nés en 2010. En plus des trois premiers navires, SAPMER a ensuite passé commande de deux lots de deux thoniers supplémentaires : les Dolomieu et Belouve, sortis en 2012, puis les Belle Rive et Belle Isle, mis en service l’an dernier.

 

Le Franche Terre (© : PIRIOU)

Le Franche Terre (© : PIRIOU)

 

Le Manapany (© : SAPMER)

Le Manapany (© : SAPMER)

 

La traque complexe d’un grand migrateur

 

Avec ces sept navires, SAPMER s’est constitué une flotte moderne dédiée à la grande pêche thonière en océan Indien. Les espèces ciblées sont l’Albacore et le Listao. Au départ de l’île Maurice, où le Belle Rive et le Belle Isle sont immatriculés (leurs prédécesseurs sont armés sous pavillon français) les thoniers de l’armement tricolore partent pour de longues navigations vers l'équateur et entre les Seychelles et le Mozambique. « Les campagnes durent environ 70 jours, les navires revenant lorsqu’ils sont pleins. C’est une pêche très particulière, où l’on peut ramener seulement 10 tonnes en une semaine puis 600 tonnes en deux jours », souligne Yannick Lauri, directeur général de SAPMER.

Il s’agit d’une chasse de longue haleine, qui nécessite de l’expérience, de la subtilité et même une bonne dose de stratégie. Car le « gibier » n’est pas simple à trouver, loin s’en faut. Le thon est, en effet, un grand migrateur qui parcoure les océans en franchissant des distances considérables. Les poissons se déplacent en bancs, que l’on appelle des « mattes » et qui peuvent être constituées de plusieurs milliers d’individus. Cette armée de prédateurs ratisse les eaux en quête de sa nourriture, faite de sardines, de maquereaux, d’anchois ou encore de méduses. Pour l’équipage du Belle Isle, fort de 34 marins, la partie la plus délicate de la pêche consiste sans doute à repérer les thons.

 

La passerelle du Belle Isle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La passerelle du Belle Isle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La passerelle du Belle Isle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La passerelle du Belle Isle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un navire bardé d’équipements

 

Pour cela, les moyens d’observation et de connaissance de la zone sont primordiaux et, à bord du navire, on est frappé par le nombre d’équipements et de systèmes mis à disposition des pêcheurs. « C’est un bateau très moderne, avec beaucoup d’équipements. Nous avons un sonar, des sondeurs latéraux, des radars à oiseaux et toute une cartographie électronique, comprenant notamment des informations recueillies par des satellites », explique Laurent Jourden, premier commandant du Belle Isle. Alors que les sondeurs vont balayer les masses d’eau pour détecter le poisson, le repérage des oiseaux est intéressant car les volatiles suivent souvent la matte. Deux radars optimisés permettent de repérer des oiseaux de petite et moyenne tailles à une distance de 6 à 12 milles, portée pouvant aller jusqu’à 24 milles pour de grandes espèces. « Le radar est un moyen complémentaire du sonar. Si les oiseaux vont vite, cela signifie qu’ils sont en vol classique, il n’y a rien d’intéressant. En revanche, si les échos sont stables, cela veut dire qu’ils ne bougent pas et qu’il y a sans doute quelque chose en dessous », précise Pierrick Gueguen, second du navire à sa sortie de chantier. Reste maintenant à savoir s’il s’agit d’un banc de thon ou d’objets flottants, comme des débris ou un cadavre d’animal marin.

 

Le nid de pie du Belle Isle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le nid de pie du Belle Isle (© : MER ET MARINE - VINCENT