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Bouclier antimissile en Europe : Obama s'en remet à la marine américaine

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Bouclier antimissile en Europe : Obama s'en remet à la marine américaine

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Barack Obama a annoncé, hier, une nouvelle approche dans la stratégie américaine en matière de bouclier antimissile. Le projet de son prédécesseur de déployer des missiles sol-air en Europe de l'Est est ajourné, décision saluée par la Russie, très hostile à cette idée de l'administration Bush. « Notre nouvelle architecture de défense antimissile en Europe assurera aux forces américaines et aux alliés de l'Amérique une protection plus forte, plus intelligente et plus rapide », a expliqué Barack Obama. Pour le Président américain : « La meilleure façon d'améliorer de manière responsable notre sécurité et la sécurité de nos alliés est de déployer un système de défense antimissile qui réponde au mieux aux menaces auxquelles nous sommes confrontés et qui utilise une technologie éprouvée et efficace en terme de coût ». Concrètement, le bouclier, imaginé principalement pour se prémunir des missiles balistiques iraniens, n'est pas abandonné. Mais, selon les experts du Pentagone, Téhéran travaille surtout sur des engins à courte et moyenne portée, plus que sur des missiles à long rayon d'action. Dans ces conditions, les systèmes navals déployés par l'US Navy semblent, pour le moment, suffisants pour contrer la menace.

Tir de SM-3 depuis le croiseur USS Shiloh (© : US NAVY)
Tir de SM-3 depuis le croiseur USS Shiloh (© : US NAVY)

Trois bâtiments en Méditerranée et mer du Nord

Le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a expliqué que le bouclier antimissile reposerait, dans un premier temps, sur des navires dotés du système de défense aérienne Aegis et de missiles antimissiles balistiques SM-3. En plus de ces moyens, des batteries terrestres pourraient être installées en Europe à l'horizon 2015, avec de nouveaux missiles. En attendant, Washington estime nécessaire de déployer en permanence trois croiseurs ou destroyers, soit deux en Méditerranée (ou autour), et un en mer du Nord. On notera que la Baltique, proche de la Russie, n'est pas mentionnée, bien que cette zone semble la mieux placée pour intercepter, au nord de l'Europe, des missiles du type Shahab 4 (en cours de développement et dont la portée est estimée à 2500 kilomètres).
On notera que, dans le cadre de l'OTAN, les Etats-Unis pourraient associer des marines européennes à ce bouclier. Plusieurs pays disposent, en effet, de bâtiments Aegis (comme l'Espagne) ou de navires capables de mettre en oeuvre le SM-3 (comme les Pays-Bas et l'Allemagne).

Tir de SM-3 (© : US NAVY)
Tir de SM-3 (© : US NAVY)

L'Aegis et le SM-3

A la demande du Pentagone, dans le cadre de la constitution du bouclier anti-missile voulu par le gouvernement américain, Raytheon a développé un nouvel engin. Le SM-3 est mis en oeuvre grâce aux systèmes Aegis dont sont dotés les croiseurs et destroyers du type Ticonderoga (22 en service) et Arleigh Burke (57 en service et 5 autres en construction). Depuis 2002, le SM-3 a connu plusieurs tirs d'expérimentation réussis, dans le Pacifique. En novembre 2007, l'USS Lake Erie (CG 70) a, notamment, été chargé d'intercepter deux missiles tirés depuis Hawaii. Le système Aegis Ballistic Missile Defense (BMD) du croiseur a rapidement détecté et poursuivi les deux cibles, tout en développant des solutions de tir pour les intercepter. Deux SM-3 Block IA Interceptor ont été lancés du croiseur, détruisant à l'impact, deux minutes plus tard, les cibles évoluant alors dans l'atmosphère terrestre (à 400 kilomètres au nord-ouest d'Hawaii).

Croiseur américain et frégate néerlandaise du type LCF (© : US NAVY)
Croiseur américain et frégate néerlandaise du type LCF (© : US NAVY)

En dehors de l'US Navy, plusieurs pays ont manifesté leur intérêt pour le SM-3. Des essais ont notamment été réalisés avec les marines nippone et néerlandaise. Les Pays-Bas prévoient de doter leurs frégates du type LCF de ce missile à partir de 2009/2010. L'Allemagne pourrait également les mettre en oeuvre sur les trois Sachsen (type 124). Le Japon en dotera d'ici 2010 ses destroyers lance-missiles du type Atago. Face au SM-3, aucun système européen n'existe pour le moment. MBDA espère convaincre les gouvernements européens d'investir dans le développement d'une version anti-missile balistique de l'Aster, mais le développement d'un tel système reste ambitieux et le lobbying américain sur certains pays européens est très puissant. L'arrivée en force du SM-3 en Europe semble entraver un peu plus ces ambitions.

Tir de SM-3 depuis un croiseur américain (© : US NAVY)
Tir de SM-3 depuis un croiseur américain (© : US NAVY)

US Navy / USCG