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Bouées acoustiques : Thales relance une filière française et veut s’imposer à l'export
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Bouées acoustiques : Thales relance une filière française et veut s’imposer à l'export

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La France a officiellement relancé une filière nationale dans le domaine des bouées acoustiques avec la SonoFlash de Thales, qui doit entrer en service dans la Marine nationale en 2025. Une activité stratégique car ce type d’équipement est crucial dans le domaine de la lutte anti-sous-marine, où la menace ne fait que s’accroître, alors que les perspectives à l’export sont importantes sur un marché aujourd’hui sous monopole américain. L’occasion s’est présentée pour les Français d’y mettre fin tout en recouvrant leur souveraineté technologique dans ce domaine grâce aux compétences de Thales mais aussi d’une dizaine de PME et ETI nationales.

Des systèmes critiques pour la lutte ASM

Les bouées acoustiques sont mises en œuvre par des avions de patrouille maritime (dont elles sont le principal outil de détection sous-marine) et des hélicoptères qui sont embarqués sur frégates ou déployés depuis la terre (et sont quant à eux également dotés d’un sonar trempé). L’objectif est de profiter de la réactivité, de la vitesse et du rayon d’action de ces moyens aériens pour compléter les sonars des navires et rendre plus efficace la chasse aux sous-marins adverses. Des barrages de bouées permettent par exemple, en mode actif (émission), d’insonifier une zone afin de s’assurer qu’aucun sous-marin ne s’y trouve ou l’empêcher d’y pénétrer. En mode passif, (écoute uniquement) ces barrages servent à détecter le passage d’un sous-marin sans qu’il s’en rende compte pour le pister ou le surprendre et, au passage, tenter d’obtenir sa précieuse signature acoustique. Les informations recueillies et transmises par les bouées au moyen d’une liaison radio peuvent être employées directement par les aéronefs de patrouille maritime pour identifier et neutraliser un adversaire (au moyen des torpilles embarquées par les avions et hélicoptères), ou être corrélées avec les données provenant d’autres capteurs, comme le sonar de coque et les antennes remorquées d’une frégate, afin de mieux classifier et localiser un sous-marin. Tous ces moyens sont complémentaires sur le plan tactique, qu’il s’agisse de détection ou d’attaque. Les bâtiments de surface peuvent par exemple, à coup d’émissions sonar actives, rabattre un sous-marin vers une zone où l’adversaire se pense à l’abri mais où des bouées passives préalablement déployées permettent aux aéronefs de le surprendre et le neutraliser.

 

Avion de patrouille maritime Atlantique 2 larguant une bouée acoustique (© DGA)

Avion de patrouille maritime Atlantique 2 larguant une bouée acoustique (© DGA)

Bouée acoustique tombant à l'eau, la descente étant freinée par un petit parachute (© DGA)

Bouée acoustique tombant à l'eau, la descente étant freinée par un petit parachute (© DGA)

 

Une production française qui s’était arrêtée avec la guerre froide

Jusqu’à la fin des années 90, la France concevait et produisait ses propres bouées depuis le site Thales de Brest. Mais cette activité avait finalement cessé du fait d’un changement de contexte stratégique et de nouvelles priorités budgétaires. La menace sous-marine, à commencer par celle que faisait peser la flotte soviétique durant la guerre froide, s’était considérablement amoindrie après la chute de l’URSS. Les besoins étant significativement réduits, et les ressources allouées aux armées avec, les volumes ont été à l’époque jugés insuffisants pour maintenir la production, qui s’est donc arrêtée. A l’époque, il y avait au sein de l’OTAN des alternatives américaine, britannique et canadienne mais, au fil du temps, seuls les Etats-Unis se sont maintenus sur cette activité. Comme les autres, la France achète donc ses bouées aux Américains, dont les deux grandes sociétés spécialisées dans ce domaine, Ultra et Sparton, ont fini par se retrouver en situation de monopole sur le marché occidental. On notera que Sparton, racheté en 2019 par le fonds d’investissement Cerberus, a été vendu en décembre 2020 à la filiale américaine du groupe israélien Elbit Systems.

Net regain de la menace sous-marine

Mais ces 20 dernières années, l’environnement naval a progressivement changé, ce qui a fini par remettre en cause le choix français d’abandonner la conception et la production de bouées. « Nous avons une menace sous-marine en augmentation, avec des sous-marins toujours plus discrets, plus furtifs et avec des capacités offensives de plus en plus importantes, l’enjeu est de poursuivre notre amélioration de la détection de la menace pour assurer la sécurité de nos opérations », explique-t-on au ministère des Armées. La menace est multiple. Il s’agit notamment de faire face au regain d’activité de la marine russe, qui a sensiblement accru ses opérations sous-marines en Atlantique ces dernières années pour retrouver son niveau de la guerre froide, mais aussi en Méditerranée où d’autres pays développent aussi leurs capacités, comme les Turcs qui construisent des sous-marins de nouvelle génération (des type 214 de conception allemande) ou encore les Algériens, qui disposent depuis cinq ans de Kilo russes équipés de missiles de croisière. La Chine, aussi, ne cesse de développer sa flotte et notamment ses forces sous-marines. Dans ce contexte, l’objectif est de continuer à garantir la protection des approches maritimes

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