Marine Marchande
BOURBON : Quelle stratégie face à la crise ?

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BOURBON : Quelle stratégie face à la crise ?

Marine Marchande

Après la crise financière et la crise économique dont on redoute les effets, quelles sont les analyses et les stratégies des groupes maritimes français ? Mer et Marine a sollicité sur ces questions plusieurs armements, qui nous ferons part, tour à tour, de leur approche de la situation. La première compagnie à répondre à nos questions est BOURBON, groupe très intéressant dans la mesure où son activité concerne deux secteurs très différents : L'offshore et le vrac. Laurent Renard, Directeur Général délégué Finance et Administration, fait le point avec nous sur ces questions.
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Mer et Marine : Quelle est votre analyse par rapport à la crise actuelle et sur ses effets sur les secteurs où est positionné BOURBON ?

Laurent Renard : Concernant les services maritimes à l'offshore pétrolier, BOURBON est plutôt confiant sur les perspectives de croissance. L'une des principales caractéristiques de ce marché est qu'il a des cycles longs et que les horizons d'investissements des pétroliers sont très longs.

Le marché de l'offshore pétrolier est et devrait rester en forte croissance du fait de la nécessité d'augmenter les réserves prouvées, de mettre en production les nouvelles découvertes pour compenser ainsi la décroissance inéluctable de la production des champs existants.

Par ailleurs, la capacité d'investissement des sociétés pétrolières, qui demeure forte, n'est pas impactée par le cours du pétrole à court terme.
Les investissements d'exploration/production réalisés par les compagnies pétrolières sont planifiés sur une durée moyenne de 20 ans et ne seront évidemment pas remis en cause à brève échéance ou par des variations ponctuelles des cours du brut.
Les pétroliers basent leurs investissements sur une hypothèse de la moyenne du prix du brut sur 10 ans, qui était de 15-20 US$ pendant les années 1998-2002, et qui est aujourd'hui entre 45 et 60 US$. Il faudrait donc que le baril repasse significativement et durablement sous ce seuil pour que les investissements soient remis en cause.

Toutefois, si le cycle du marché de l'offshore pétrolier est estimé favorable pour les 10 ans à venir, la croissance de la production est freinée par plusieurs facteurs : les goulets d'étranglement chez les fournisseurs d'équipements (appareils de forage, unités de surface, installations sous marine comme les têtes de puits, etc.), les délais nécessaires à l'approbation des développements souhaités par les pays producteurs et les difficultés croissantes à mobiliser les ressources humaines nécessaires.

Précisons pour finir que ce point de vue sur la durée du cycle n'est pas uniquement la vision de BOURBON. Il est partagé par d'autres grands acteurs du marché, comme Schlumberger qui prévoit un cycle de croissance long et fort.

La crise actuelle a-t-elle des conséquences sur l'activité Offshore de BOURBON ? Faut-il s'attendre à un arrêt des commandes de navires, par prudence, ou éventuellement à un étalement des unités commandées ?

Non ! L'activité est très soutenue, les renouvellements de nos contrats se font dans des conditions de prix en dollar très satisfaisantes et les navires nouvellement livrés sont contractualisés dans des conditions également très satisfaisantes; qui plus est, le raffermissement du dollar améliore nos performances en euro. La crise financière actuelle ne remet en cause ni notre stratégie dans l'Offshore, ni notre analyse du marché sur les 5 années à venir. Ne vous attendez donc pas à un ralentissement du rythme des livraisons !

Ainsi, dans le cadre du plan stratégique Horizon 2012, BOURBON prévoit d'investir un total de 1 700 millions d'euros pour sa seule Division Offshore, dont 1 100 millions pour l'activité Marine Services et 600 millions pour son activité Subsea Services.

Grâce à ces investissements très importants, nous ambitionnons de doubler notre flotte de navires pour confirmer notre leadership sur le marché des services maritimes à l'offshore pétrolier.
Plus concrètement pour notre Division Offshore, au 30 juin 2008, BOURBON a un total de 248 navires en services et pas moins de 161 en commande ! En 2012, nous aurons donc 409 navires pour un âge moyen exceptionnellement bas sur notre marché de 6,4 ans.

Alors, effectivement, ici ou là, le marché constate des difficultés financières de chantiers de construction navals. Nos liens forts et nos relations à long terme nous permettent d'avoir pleine confiance dans les chantiers navals auprès de qui nous avons passé nos commandes.
BOURBON a d'ailleurs pris la décision il y a plus d'un an de faire construire en série des navires dans des chantiers navals fiables et à couts compétitifs, dont la solidité financière n'est pas remise en cause, et qui ont déjà démontré leur capacité à délivrer dans les délais des navires innovants et de qualité.
La série des Bourbon Liberty, dont nous avons commandé près de 80 unités, illustre cette volonté forte de BOURBON.
Aujourd'hui et comme prévu par les plannings de livraison, les 10 premières unités de cette série des Bourbon Liberty sont non seulement en activité mais donnent pleine satisfaction à leurs clients. Les prochaines unités attendues sont d'ailleurs toutes d'ores et déjà contractées.

Pour résumer donc en quelques mots, BOURBON va bien. Comme annoncé, nous prenons livraison en moyenne d'un navire tous les 12 jours, et nous aurons doublé notre flotte en 2012 pour atteindre plus de 400 navires.

Nous nous autorisons par ailleurs à saisir d'éventuelles opportunités de rachat de navires supply offshore haut de gamme et modernes qui pourraient se présenter dans ce contexte.

Vous n'envisagez donc pas de mesures particulières concernant l'Offshore ?

Nous l'avons vu, nous n'anticipons pas de risque marché particulier.
Dans le cadre du plan stratégique Horizon 2012, BOURBON a su anticiper les attentes du marché et se positionner bien avant ses concurrents sur les différents segments :

- La demande porte principalement sur les importants développements en offshore profond où l'essentiel des découvertes a eu lieu ces dernières années. BOURBON dispose sur ce segment de la plus jeune flotte de navires modernes et innovants.
- L'activité des champs actuellement en production est maintenue et génère nécessairement une activité de maintenance. BOURBON s'est positionné sur ce segment avec son activité Subsea Services et ses navires et robots dédiés à l'Inspection, la Maintenance et la Réparation (IMR).
- L'exploitation de champs en offshore continental, dont le support est aujourd'hui assuré par une flotte de navire obsolètes, dynamise la demande pour les navires de remplacement sur ce segment de marché. Les perspectives de BOURBON sur le marché du remplacement de ces navires obsolètes sont favorables grâce à notre commande en série de près de 80 navires polyvalents (série des Bourbon Liberty annoncées en avril 2006 et février 2007) adaptés à l'exploitation en offshore continental et dont 10 sont déjà livrés.

Les marchés spot tels que ceux de la Mer du Nord et du Golfe du Mexique sont bien sûr plus volatils que les autres; leurs variations reflètent l'évolution de l'équilibre instantané entre l'offre et la demande de navires.

En ce qui concerne BOURBON, l'impact des variations, à la hausse comme à la baisse, du marché spot est relativement faible grâce à la politique de contractualisation à moyen et long terme de notre flotte (85% de la flotte est ainsi contractualisée). Nos nouveaux navires sont également contractés en général 6 mois à l'avance.

Et comme les navires que nous proposons à nos clients sont modernes et plutôt « haut de gamme », les taux journaliers de contractualisation de nos navires sont plutôt en hausse, qu'il s'agisse de renouvellements de contrats arrivant à échéance ou de nouveaux contrats sur les navires neufs sortis des chantiers.

De plus, la tendance actuelle et récente de raffermissement du dollar vient, au moins à court terme, renforcer cette tendance générale positive pour BOURBON.

Enfin, comme à l'habitude de BOURBON, le plan Horizon 2012 sera largement autofinancé, grâce notamment à la régularité des cash flows générés par une politique de contrats à moyen-long terme qui reflètent la relation dans la durée que nous avons su établir avec nos clients. Nous n'anticipons pas de changement de cap sur ce point non plus.

En conclusion pour la Division Offshore, si certains chantiers vont probablement devoir faire face à des difficultés, nous avons su sécuriser nos commandes et nous avons la chance d'avoir des clients plus que solvables.

En quelques mots, grâce à notre stratégie unique annoncée dans le cadre du plan Horizon 2012, BOURBON n'identifie pas de risque marché susceptible de modifier son plan de croissance, et les variations actuelles du marché ne remettent pas en cause cette stratégie.

La situation dans le secteur du vrac est toute autre. Quel est l'impact de la crise sur les activités de BOURBON dans ce domaine ?

Le marché du transport de vrac sec est un marché volatil qui depuis 3 ans affichait des niveaux de prix exceptionnels. La volatilité actuelle n'est donc ni nouvelle, ni surprenante. Bien entendu, la baisse des prix de ces dernières semaines, très rapide et prononcée, impacte BOURBON, mais de façon moins prononcée que la moyenne de l'industrie du fait de notre politique de contractualisation.
Par ailleurs, BOURBON a su, au moment le plus favorable dans ce contexte, saisir l'opportunité que représentait la cession d'un vraquier, en se dessaisissant en juillet 2008 du Fructidor, générant ainsi une plus-value substantielle.

Quelle stratégie et quelles mesures envisagez vous d'adopter dans ce contexte économique difficile ?

Dans le cadre du plan Horizon 2012, BOURBON prévoit d'investir 300 millions d'euros dans la construction de 16 nouveaux vraquiers pour renforcer sa flotte détenue en propre et pérenniser ainsi les cash flows de cette Division, la rentabilité des navires détenus en propre étant bien plus élevée que celle de navires affrétés.

BOURBON savait bien, comme l'ensemble de l'industrie, que les arbres ne montent pas jusqu'au ciel et que les prix exceptionnellement élevés de ces dernières années ne dureraient pas éternellement.

A titre d'illustration, sur les 7 dernières années la moyenne de l'indice « Baltic Supramax » (BSI) est de 18 836$/jour ; celle de la seule année 2007 a été de 47 263$/jour ; celle de l'année 2008, telle qu'arrêtée au 15 octobre est de 50 250$/jour.
Dans le cadre de notre plan Horizon 2012, nous avons retenu des hypothèses de prix nettement inférieures aux prix connus ces derniers 18 mois ; ce plan conservateur affiche un objectif de rentabilité, mesuré par le ratio Excédent Brut d'Exploitation/capitaux engagés moyens de 29% en 2012. Au premier semestre 2008 ce ratio était de 149%.

Nous n'avons donc pas l'intention de remettre en cause notre stratégie.

Quelle est, notamment sur le vrac, votre position sur les affrètements et les cargaisons (long/ court terme) ?

La politique commerciale de la Division Vrac repose sur la contractualisation à moyen et long terme des navires gérés, et ce avec des contreparties fiables. Ce choix commercial permet de lisser les effets des variations du BSI, à la baisse comme à la hausse.

Pour bien comprendre les effets de l'évolution des prix sur le résultat de la Division Vrac, il convient de distinguer deux éléments :
- d'une part, l'activité assurée par les navires détenus en propre par BOURBON ; pour ces 5 navires, toute variation de prix se traduit par une variation de l'EBITDA ;
- d'autre part, l'activité assurée par des navires que nous affrétons sur le marché ; dans ce cas il n'y a pas de décalage entre la variation des prix donnés pour les cargaisons et la variation de nos coûts d'affrètement. Donc les variations de l'indice BSI n'affectent pas la rentabilité de ce segment.

Pour conclure sur la Division Vrac, les variations actuelles du marché ne remettent pas en cause la stratégie de BOURBON sur cette Division, qui ne représente tout compte que fait que 5% des capitaux engagés de BOURBON.

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