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Bourbon va installer le prototype d’éolienne flottante de TetraSpar

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Bourbon va installer le prototype d’éolienne flottante de TetraSpar

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Ce sera l'aboutissement de deux ans de travail avec TetraSpar Demonstrator ApS, concept développé par Stiesdal Offshore Technologies, qui associe TEPCO Renewable Power, Shell et RWE. Bourbon Subsea Services a décroché un contrat clé en main pour transporter et installer le prototype d’éolienne flottante Tetraspar avec une turbine de 3,6 MW Siemens Gamesa Renewable Energy, sur le site test de Metcentre (Marine Energy Test Centre), en Norvège. Ce dernier se situe en mer du Nord, à proximité de Stavanger, à une dizaine de kilomètres au large, par des fonds de 200 mètres.

(© METCENTRE)

(© METCENTRE)

 

La fabrication des composants chez le danois Welcon, le transport et l’assemblage du flotteur dans le port de Grenaa (Danemark) ont déjà commencé depuis l’été dernier. L’installation est programmée pour cet été. Elle aura lieu entre mai et juillet avec une première phase pour installer les ancrages et une seconde pour remorquer le flotteur et le raccorder aux ancrages et au câble d’export. La mise en service aura lieu dans la foulée.

Un système innovant

Ce flotteur est constitué de modules en acier tubulaires. Ces éléments standards, ressemblant à des mâts d’éoliennes présentent l’intérêt d’être déjà industrialisés, quand d’autres flotteurs vont devoir l’être. Assemblés, ils forment un tétraèdre, sous lequel est suspendue, par six câbles, une quille constituée de trois tubes ballastés formant un triangle qui assure la stabilité de l’ensemble.

C’est la principale innovation de ce concept. Au port, la quille est posée au fond, le flotteur amené au-dessus et elle soulevée pour être amarrée juste sous le flotteur. L’ensemble est remorqué jusqu’à trouver une profondeur suffisante. Puis, grâce à des systèmes de treuils, elle est descendue à la profondeur désirée, pour apporter la stabilité nécessaire à la tenue en haute mer. Pour ce prototype, il faudra compter huit jours de remorquage entre le Danemark et le site de tests norvégien. Là, l’éolienne flottante sera amarrée avec trois lignes d’ancrages classiques, avant d’être connectée au réseau électrique. Pour effectuer l’ensemble de ces opérations maritimes, des petits remorqueurs (au port) et un remorqueur releveur d’ancre (AHTS), voire un deuxième pour mettre en tension les ancres devraient suffire.

 

 

Une installation délicate

Si les câbles entre la quille et le flotteur remplacent une structure métallique, réduisant les coûts, la phase d’installation est délicate. « Il ne s’agit pas de remorquer un objet flottant en mer. Au-delà des aspects ancrage ou connexion au câblage électrique, il faut arriver à descendre la quille qui a été préinstallée sous le flotteur », explique à Mer et Marine Christian Daumarie, DGA Projets Bourbon Subsea Services. Un point de fragilité qui nécessite une grande attention. Une fois en place, quand tout est tendu, ce n’est plus un problème, mais, durant « toute la phase où on doit manipuler la quille, il y a des aspects dynamiques, avec des secousses et il ne faut pas se retrouver à endommager le flotteur ou le système de câblage ».

Après avoir signé un accord de coopération il y a deux ans, le groupe français a été directement impliqué dans la conception du flotteur. Bourbon a notamment apporté son savoir-faire sur l’installation et les opérations marines, travaillant sur l’ingénierie pour s’assurer que le flotteur puisse être installé en mer sans encombre. Au-delà de l’installation, « on fait maintenant de plus en plus d’engineering et du procurement sur l’éolien flottant », explique Christian Daumarie.

Expérience acquise dans le flottant

Une reconnaissance de son expertise dans ce marché en pleine expansion, dans lequel il s’est investi « assez tôt », rappelle Christian Daumarie. En effet, dès 2011, le groupe français s’était vu confier l’installation du premier prototype Windfloat 1 de 2 MW monté sur un flotteur Principle Power Inc (PPI). Bourbon avait alors réalisé la gestion de projet, l’ingénierie, les achats et les opérations en mer. C’est encore Bourbon qui a redéployé le prototype à Kincardine, en Ecosse, en 2018. Ses équipes ont ensuite installé, l’année dernière, les trois éoliennes de 8.4 MW du parc Windfloat de Viana do Castello (Portugal), remorquées depuis Ferrol (Espagne), fournissant les équipements d’ancrage et réalisant les opérations maritimes. Entre temps, Bourbon avait également travaillé avec Floatgen pour ancrer l’éolienne sur le site Semrev du Croisic, en 2017. L’unique éolienne flottante déployée en France à ce jour.

Ainsi, au cours des dix dernières années, « on s’est fait un nom sur l’éolien flottant », estime Christian Daumarie, qui indique que « Bourbon a pour ambition de se diversifier sur tout ce qui est travaux en mer dans l’éolien ou l’Oil&Gas ». Ainsi, Bourbon a directement travaillé sur la conception du flotteur. « Auparavant, on n’était pas du tout impliqué et maintenant chacun se rend compte que les contraintes d’installation sur site sont extrêmement importantes, que ce soit pour la durée de vie du flotteur ou minimiser les coûts. Si on ne les prend pas en compte dès le début, ca va vous coûter très cher et surtout vous n’allez pas maîtriser les risques. Quand vous avez un problème en mer, vous ne pouvez pas le résoudre comme si c’était un problème à terre. »

Une carte à jouer

Alors que dans l’éolien fixe le marché, déjà mature, est  dominé par les acteurs danois, néerlandais ou norvégiens et crée assez peu d’emplois dans le maritime en France, Bourbon veut se positionner dans l’éolien flottant. En particulier en France, où les fonds sont propices et les premiers projets ne devraient plus tarder. « Nous, Bourbon, souhaitons mettre en avant le fait que nous sommes français. L’éolien en mer est une grosse opportunité pour tous nos personnels de marins qualifiés en attente de mobilisation. Il y a un enjeu d’emploi de marins français, en plus de l’industrialisation », souligne Christian Daumarie.

D’ici cinq ans, les premières fermes commerciales devraient voir le jour et Bourbon ne veut pas rater le coche. « Dans dix ans, les gros acteurs qui seront présents, auront le marché, il sera très difficile de le pénétrer », comme c’est aujourd’hui le cas pour l’éolien fixe. « Il ne faudrait pas que cela se passe de la même manière. Ces prototypes sont une première marche de l’escalier. C’est un marché avec des prévisions exponentielles, donc forcément tout le monde veut y aller. Ça se joue maintenant. »

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.