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BPC russe : Le projet semble en bonne voie

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BPC russe : Le projet semble en bonne voie

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Moscou attend une réponse de Paris concernant sa volonté d'acheter un Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC) du type Mistral. C'est ce qu'à indiqué Anatoli Serdioukov, ministre russe de la Défense. Le sujet a été évidemment abordé lors du déplacement à Moscou, en fin de semaine dernière, de son homologue français, Hervé Morin. Ce dernier serait d'ailleurs favorable à ce contrat, qui constituerait une grande première depuis plus de 60 ans (La Russie n'a pas acheté de matériel militaire occidental depuis la seconde guerre mondiale). Ces dernières semaines, les autorités russes ont évoqué à de multiples reprises leur souhait d'acquérir un BPC, et ont formalisé leur demande auprès de la France. Les capacités et la facilité d'emploi des Mistral et Tonnerre, livré par DCNS à la Marine nationale en 2006 et 2007, semblent avoir fortement impressionné. A la fois porte-hélicoptères d'assaut, transports de chalands de débarquement, transports de troupes et de matériel, bâtiments de commandement et hôpitaux flottants, les BPC français sont particulièrement polyvalents. Du débarquement amphibie au commandement de forces interarmées et interalliées en passant par l'évacuation de ressortissants ou l'assistance après catastrophe naturelle... Depuis trois ans, les Mistral et Tonnerre ont démontré toute l'étendue de leurs possibilités. Construits aux normes civiles et disposant d'un armement réduit, ils sont en outre simples d'emploi et peu onéreux à l'achat comme à l'exploitation.

Décision politique et CIEEMG

C'est ce type de capacités dont la marine russe souhaite disposer. Or, ses chantiers, qui n'ont réalisé aucun navire de genre, ne semblent pas à même de porter le projet. De l'aveu même des Russes, il faudrait sans doute, localement, 6 à 7 ans pour développer un tel projet. Eprouvé à la construction comme à la mer, le BPC français peut, en revanche, être réalisé et livré rapidement. Pour l'heure, la Russie souhaite acheter un premier bâtiment mais, à terme, elle ambitionne d'en aligner jusqu'à cinq. En France, un contrat de ce type donne toujours lieu à une discussion interministérielle. Dans le cadre du contrôle des exportations de matériels militaires, la Commission Interministérielle d'Étude des Exportations de Matériels de Guerre (CIEEMG) examine les demandes d'agrément en vue de la vente d'équipements sensibles. Très politique, la décision finale sera prise par l'Elysée. Certains pensent que la vente d'un BPC à la Russie pourrait être mal perçue par les Etats-Unis, au moment même où la France célèbre son retour dans l'OTAN. Il ne s'agit pourtant pas de vendre un navire hautement technologique et fortement armé. Le BPC n'est qu'un outil de transport, certes volumineux, mais construit aux standards civils, bien loin du savoir-faire stratégique maîtrisé par les Français en matière de frégates ou de sous-marins.

« Si ce n'est pas nous, ce sera un autre »

C'est d'ailleurs aux chantiers STX de Saint-Nazaire, spécialisés dans la réalisation de paquebots, qu'a été confiée la construction d'un troisième BPC français, dont la mise sur cale est prévue en janvier. Et les anciens chantiers de l'Atlantique ne seront pas sans peser dans la décision finale. Faute de nouvelles commandes enregistrées cette année, le dernier constructeur civil français, dont l'Etat est actionnaire à 33.34%, est confronté à un grave creux de charge. Le BPC 3, commandé au titre du plan de relance, a permis de relancer les ateliers d'usinage en mai dernier. Mais, à défaut de nouveaux projets, l'activité s'arrêtera une nouvelle fois en décembre. A Saint-Nazaire, on est convaincu que de nouvelles commandes vont tomber prochainement dans l'offshore et la croisière. Sauf qu'il s'agirait de prototypes, nécessitant pour certains une année d'études avant d'entrer en phase de production. Pour faire la « soudure », la notification d'un nouveau BPC tomberait donc à pic. Elle permettrait de continuer à alimenter la machine industrielle (le chantier emploie près de 5000 salariés et sous-traitants) et éviterait, sans doute, quelques dépenses à l'Etat (licenciements économiques chez les sous-traitants, heures de formation aux chantiers...)
Enfin, un dernier argument plaide pour que le projet russe aboutisse : La concurrence européenne. Car DCNS et STX ne sont pas les seuls à proposer, sur le marché, des bâtiments de projection. Italiens, Espagnols, Allemands et Néerlandais ont également leurs concepts et ne se priveraient pas, pour certains, de faire les yeux doux à Moscou.
D'aucun pense qu'au moment où les Russes se montrent plus qu'intéressés par le produit français, il ne serait peut être pas judicieux, y compris au niveau diplomatique, que la France leur oppose un refus. « Si ce n'est pas nous, ce sera un autre qui vendra son navire. Au moment où STX a besoin de travail, il n'y a aucun intérêt à dire non à la Russie », conclue une source bien placée.

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