Défense
BPC russes : Moscou affirme qu’un accord a été trouvé

Actualité

BPC russes : Moscou affirme qu’un accord a été trouvé

Défense

« Les négociations sont déjà entièrement achevées, tout a déjà été décidé - et les délais, et la somme ». C’est ce qu’a affirmé le 30 juillet Vladimir Kojine, conseiller pour la coopération militaire et technique du président russe, dont les propos sont rapportés par l’agence RIA Novosti. Selon Moscou, un accord aurait donc été trouvé avec Paris concernant la rupture amiable du contrat des deux bâtiments de projection et de commandement (BPC) commandé à la France en 2011. Un contrat d’une valeur de 1.2 milliard d’euros.

La tête de série, le Vladivostok, devait être livrée en novembre 2014 et son sistership, le Sevastopol (Sébastopol), aurait du rallier la flotte russe en octobre de cette année. Mais, en raison de la situation en Ukraine, François Hollande a décidé de geler la livraison du premier BPC, qui est depuis neuf mois en attente à Saint-Nazaire, où STX France a réalisé en coopération avec DCNS (maître d’œuvre du programme) les deux bâtiments.

 

Le Vladivostok lors de ses essais (© MICHEL FLOCH)

Le Vladivostok lors de ses essais (© MICHEL FLOCH)

 

Intenses négociations ces derniers mois

Pendant cette période, la France a fait jouer différentes clauses du contrat pour reporter la livraison du Vladivostok. Mais cette marge de manœuvre calendaire a juridiquement pris fin cet été et Moscou menaçait Paris de porter l’affaire devant une cour arbitrale pour exiger le remboursement des sommes engagées, ainsi que le paiement de pénalités de retard et d’éventuels dommages et intérêts.

Dès le printemps 2014, il apparaissait comme quasiment acquis que les BPC ne seraient jamais livrés aux Russes. Dans ces conditions, les négociations ont débuté entre les deux pays, Louis Gautier, secrétaire général pour la défense et la sécurité nationale (SGDN), étant dépêché à Moscou par l’Elysée de conduire les discussions. Avec comme mission de trouver le meilleur compromis possible pour réduire la facture finale que la France devra supporter.

 

Les BPC à Saint-Nazaire (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Les BPC à Saint-Nazaire (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

1.16 milliard d’euros à rembourser selon la presse russe

Alors que François Hollande a indiqué le 27 juillet qu’il prendrait une décision au sujet des BPC « dans les prochaines semaines », le quotidien économique russe Kommersant affirme que les deux parties sont parvenues à un accord final la semaine dernière et qu’il devrait être signé par les présidents russe et français dans les 10 premiers jours du mois d’août. Paris se serait selon les informations de la presse russe engagé à rembourser 1.16 milliard d’euros, ce qui correspondrait donc, peu ou prou, au montant du contrat initial.

Prudence sur les annonces

Malgré ces annonces, il convient toutefois de rester très prudent. On sait en effet que les Russes sont toujours prompts à mettre la pression sur leurs interlocuteurs par voie de presse, surtout avec les Occidentaux, dont les media sautent toujours à pieds joints sur les « confidences » distillées à dessein par le Kremlin. Côté français, on ne confime en tous cas pas les informations en provenance de Moscou : « Des décisions importantes (seront prises) à la fin de l'étéNous aurons l'occasion de nous exprimer dans quelques jours, dans quelques semaines », a simplement indiqué Manuel Valls à la sortie du conseil des ministres.  

S’il parait logique qu’un accord soit conclu cet été, ses contours ne sont donc peut être pas encore totalement actés. Pour la France, l’objectif est de sortir de ce bourbier, mais pas non plus à n’importe quel prix, ce qui implique de réduire autant que possible l’addition réclamée par des Russes en position de force sur ce dossier. En plus des sommes déjà versées, en l’occurrence autour de 80% du montant total du contrat, Moscou exigeait le remboursement des frais annexes engagés pour le programme BPC. Il y a notamment l’adaptation d’infrastructures portuaires pour l’accueil des bâtiments ou encore la mobilisation, pendant six mois l’an dernier à Saint-Nazaire, du bâtiment école Smolniy, qui a servi de caserne flottante pour la majeure partie des 400 marins russes (les équipages du Vladivostok et du Sevastopol) venus se former en France. Or, en mai dernier, Kommersant affirmait que la Russie réclamait précisément 1.163 milliard d’euros à la France, celle-ci ayant, toujours selon ce journal, proposé dans un premier temps un chèque de 784.6 millions d’euros.

 

Le Smolniy a servi de caserne flottante en 2014 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Smolniy a servi de caserne flottante en 2014 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Si l’on en croit les chiffres avancés aujourd’hui par la presse russe, la France ne serait donc pas parvenue, depuis, à faire baisser le montant du remboursement voulu par Moscou. Ce qui n’est pas impossible, bien qu’étonnant. Reste maintenant à savoir si un accord a bel et bien été conclu, sur quel montant les parties se sont entendues et si la Russie accepte de laisser la possibilité à la France de revendre les BPC à un autre pays. C’est l’autre grand enjeu de ces négociations.

Pas si simple de revendre les bâtiments 

En trouvant au moins un nouvel acquéreur aux Vladivostok et Sevastopol, Paris réduirait en effet significativement le coût de la non-livraison des bâtiments à la Russie. Pour l’heure, aucune discussion avancée n’a pu être menée avec un ou plusieurs repreneurs potentiels, les industriels étant contraints d’attendre que le litige franco-russe soit réglé. Si tel est le cas dans les prochaines semaines, DCNS, qui sait évidemment qui pourrait être intéressé par des BPC, lancera officiellement ses prospections commerciales.

Quelques pays pourraient être preneurs, avec deux cas de figure. Les Vladivostok et Sevastopol étant construits aux normes russes, il faudrait entreprendre d’importants et de coûteux travaux s’ils devaient être cédés à une marine occidentale ou à une flotte utilisant les mêmes standards, à savoir ceux de l’OTAN. La logique voudrait donc que l’affaire soit plus intéressante pour une force navale n’ayant pas cette contrainte ou, encore mieux, disposant déjà de matériels russes. De ce point de vue, l’Inde fait figure de candidat idéal, d’autant que le pays souhaite se doter de bâtiments de projection et que DCNS lui propose justement son concept de BPC. Moyennant quoi, le groupe français n’est pas le seul en lice sur ce projet et rien n’indique que New Delhi accepterait une telle solution. Alors que quelques autres pays pourraient se révéler comme des candidats potentiels, il conviendra également de voir quelle sera l’attitude de Moscou. Car, si la Russie accepte que la France revende ses anciens BPC,  cela ne veut pas dire qu’elle n’essayera pas de perturber en coulisses les efforts français pour leur trouver un repreneur. Diplomatiquement, racheter ces bateaux ne sera peut être pas aussi simple qu’il y parait et, commercialement, les repreneurs, s’il y en a, auront probablement plus de latitudes qu’en temps normal pour négocier les prix à la baisse.

 

(© MER ET MARINE)

(© MER ET MARINE)

 

Trouver un acquéreur ou démanteler

L’idée est en tous cas d’aller assez vite, ne serai-ce que pour limiter le coût d’entretien et, au fil du temps, le traitement des obsolescences des bâtiments. Ceux-ci seront peut-être amenés à quitter Saint-Nazaire, où ils encombrent deux quais, pour rejoindre un autre port, par exemple Brest, en attendant leur vente. Si cette dernière n’aboutit pas, ou si l’accord conclu avec la Russie ne l’autorise pas, la seule solution, au-delà d’une improbable reprise par la Marine nationale, serait de démanteler les bateaux.

L’ampleur du surcoût encore incertain pour la France

De la concrétisation ou non d’une reprise dépendra le poids financier que l’annulation de ce contrat fera peser sur la France. En plus des sommes à payer aux Russes, il va également falloir rembourser les industriels. L’Etat étant responsable de la rupture, ceux-ci vont se retourner vers la Coface, l’agence française de crédit à l’exportation,  qui couvre la commande, pour obtenir le manque à gagner entre les sommes payées par la Russie et le prix total des bateaux. Un montant qui comprendra aussi le coût lié à l’immobilisation du Vladivostok depuis novembre dernier, soit plus de 1 million d’euros par mois selon DCNS (le Sevastopol ne sort quant à lui toujours pas du cadre du contrat). Même si les BPC sont vendus, il y aura donc inévitablement un surcoût pour la France.

 

CTM NG réalisé pour la Russie (© STX FRANCE)

CTM NG réalisé pour la Russie (© STX FRANCE)

 

Quel avenir pour la batellerie ?

Enfin, on rappellera qu’en plus des deux bâtiments, les Russes avaient également signé deux contrats pour leur batellerie. Le premier avait été notifié à DCNS pour la réalisation de quatre chalands de débarquement du type CTM NG, réalisés par STX à Lorient et actuellement abrités dans le radier du Vladivostok. Le second contrat porte sur deux catamarans de débarquement de type EDAR, vendus par CNIM et réalisés par Socarenam. Ces engins sont actuellement en attente à Boulogne. CTM NG et EDAR pourraient être vendus avec les BPC si ceux-ci sont rachetés. A défaut, contrairement aux Vladivostok et Sevastopol, dont elle n’a pas besoin, la Marine nationale pourrait être intéressée par cette batellerie. Car, si elle s’est dotée entre 2012 et 2013 de quatre EDAR, sa flotte de CTM est vieillissante et va devoir être remplacée. 

 

EDAR russe en construction à Boulogne début 2015 (© FRANCK COHEN)

EDAR russe en construction à Boulogne début 2015 (© FRANCK COHEN)

Marine russe | Toute l'actualité des Forces Navales de la fédération de Russie Naval Group | Actualité industrie navale de défense Chantiers de l'Atlantique | Toute l'actualité des chantiers de Saint-Nazaire