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BPC russes : Un accord mais toujours pas de contrat

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BPC russes : Un accord mais toujours pas de contrat

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Un président, un vice-premier ministre, quatre ministres, un cortège d'élus, de hauts gradés et d'invités, ainsi que des centaines de salariés en casques blancs. Le tout pour une cérémonie protégée par un millier de gendarmes et de policiers... Hier, Saint-Nazaire avait ses airs des jours de grandes nouvelles. Et, effectivement, un document important a été signé. Plus précisément, un accord de coopération intergouvernemental entre la France et la Russie pour la construction de bâtiments de projection et de commandement dérivés des BPC français du type Mistral. Devant Nicolas Sarkozy, qui s'est voulu au cours de son discours très volontariste et s'est posé comme un défenseur de l'industrie nationale, le document a été paraphé par le vice-premier ministre russe, Igor Setchine, et Alain Juppé, ministre français de la Défense. « Aujourd'hui, ce projet est une réalité », a assuré le chef de l'Etat. Mais, pour être exact et sans vouloir jouer au rabat-joie, l'accord signé hier n'équivaut qu'à une lettre d'intention. En aucun cas, la commande a été notifiée et, pour reprendre les propos d'un grand patron français : « On ne peut considérer une commande gagnée que lorsque le contrat est signé et le premier acompte versé ». Nous n'en sommes encore pas là.

Discours de Nicolas Sarkozy à bord du Dixmude  (© : STX France - BERNARD BIGER)
Discours de Nicolas Sarkozy à bord du Dixmude (© : STX France - BERNARD BIGER)

Les négociations se poursuivent

La réalité, c'est que Français et Russes continuent de négocier âprement le contrat. Coût, montage industriel, périmètre du transfert de technologie,... Point par point, pied à pied, les discussions se poursuivent et, de l'aveu d'un industriel, ces négociations sont « difficiles », l'objectif étant de parvenir à un accord équilibré dans un contexte très particulier puisque c'est la première fois depuis la seconde guerre mondiale que la Russie souhaite acquérir des équipements militaires à l' « Ouest ». Mais le jeu en vaut la chandelle et, s'il convient de tempérer quelque peu les propos politiques et faire preuve d'un minimum de prudence, il est tout à fait vrai de dire qu'une étape plus que symbolique a été franchie hier. « C'est un accord extrêmement important », s'est félicité Jacques Hardelay, directeur général de STX France. Le chantier de Saint-Nazaire, qui réalise désormais les BPC conçus par le groupe DCNS (comme le Dixmude de la Marine nationale actuellement en achèvement), espère d'importantes retombées avec le programme russe, qui doit porter sur la construction de quatre bâtiments.

Signature de l'accord, hier  (© : STX France - BERNARD BIGER)
Signature de l'accord, hier (© : STX France - BERNARD BIGER)

STX espère une découpe de la première tôle en octobre

Si les négociations sont favorables, STX espère lancer la production en octobre prochain et réaliser 80% du premier BPC et environ 60% du second. Le reste serait fabriqué par le chantier russe OSK, qui expédierait des blocs dans l'estuaire de la Loire et assurerait à Saint-Pétersbourg l'intégration des armes et du système de combat (russes). Les rôles seraient ensuite inversés pour les troisième et quatrième BPC. C'est le schéma évoqué hier par Jacques Hardelay, qui fixe dans ce cas la livraison du premier navire en décembre 2013 et celle de la seconde unité 12 mois plus tard, soit fin 2014. Avec un tel montage, les navires russes procureraient 5 millions d'heures de travail aux industriels français, ce qui représente, selon l'Elysée, 1200 emplois durant quatre ans. Mais, encore une fois, tout cela reste conditionné par le résultat des négociations, le moment où elles aboutiront et la date à laquelle sera signé le contrat.

Assemblage du Dixmude en avril 2010  (© : STX France - BERNARD BIGER)
Assemblage du Dixmude en avril 2010 (© : STX France - BERNARD BIGER)

Aider les chantiers russes et trouver de nouveaux débouchés

L'accord entre Paris et Moscou, au-delà de la simple fourniture de grands bâtiments de projection dont est dépourvue la marine russe, vise aussi à aider l'industrie navale locale à se moderniser. Les chantiers russes ont, en effet, cruellement manqué d'investissements depuis l'effondrement de l'URSS et construisent aujourd'hui des navires avec des méthodes obsolètes. Le résultat est d'ailleurs flagrant lorsqu'on constate la lenteur des travaux sur les nouveaux bâtiments russes. Le programme des BPC doit permettre de remédier à cette situation. « Ce n'est pas un transfert de compétences dans le domaine de la conception. Nous allons transférer nos méthodes de fabrication aux Russes, qui vont apprendre à construire par blocs », souligne Jacques Hardelay, dont les équipes, de concert avec celles de DCNS, doivent apporter leur expertise à leurs homologues d'OSK. Au-delà des BPC, les chantiers nazairiens souhaitent même que ce premier contrat offrirait de nouveaux débouchés à l'entreprise, qui cherche à diversifier sa clientèle et sa gamme de produits. C'est en tout cas ce qu'espère le directeur général de STX France : « Je pense que cet accord est une ouverture extraordinaire. Car, au-delà des BPC, il y aura sans doute des opportunités à saisir dans le domaine des navires civils et de l'offshore sur le marché russe ».

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France) Naval Group (ex-DCNS)