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Brésil : Des sous-marins et peut être d'autres débouchés pour DCNS

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Brésil : Des sous-marins et peut être d'autres débouchés pour DCNS

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Alors que le bagad de Lann-Bihoué se produisait hier à Brasilia et que le SNA Saphir était en escale à Rio, comme prévu, la signature du contrat des sous-marins brésiliens a été officialisée, en marge d'une visite de Nicolas Sarkozy au Brésil. Stratégique pour la France, ce marché colossal, de plus de 6 milliards d'euros, ouvre d'importantes perspectives à DCNS. Après le Chili, le Venezuela et l'Equateur, le groupe naval en profite pour porter un nouveau coup à son concurrent allemand TKMS, dont l'Amérique latine est longtemps restée la chasse gardée. « Ce succès confirme la valeur technologique de notre Groupe. Il démontre sa capacité à remporter des succès majeurs à l'international dans les domaines de la conception et de la construction de navires armés, ainsi que dans les nouveaux services - ingénierie et maintenance de bases de défense. Je suis conscient des responsabilités qui nous sont confiées et toutes nos équipes sont mobilisées pour réussir cet ambitieux projet », estime Patrick Boissier, président de DCNS. Malgré une ultime tentative allemande de remporter le marché, l'accord conclu en décembre 2008 par les présidents Lula et Sarkozy s'est, bel et bien, traduit par un contrat. Il n'est d'ailleurs pas inutile de rappeler que les accords gouvernementaux ne sont pas systématiquement suivis de contrats commerciaux. Cela a, par exemple, pu être constaté antérieurement en Bulgarie ou encore en Libye, où les annonces de l'époque ne se sont pas (encore ?) traduites par des marchés.

« Ces bâtiments rassemblent les technologies les plus avancées »

Les contrats signés portent sur la fourniture de quatre sous-marins conventionnels du type Scorpène, ainsi q'un vaste programme de transfert de technologie comprenant l'assistance pour le design - sous l'autorité de conception de la Marine brésilienne - de la partie non nucléaire du premier sous-marin à propulsion nucléaire brésilien. Enfin, DCNS apportera son assistance et son expertise technique pour la réalisation d'une base et d'un chantier naval. « Le Brésil a choisi DCNS pour disposer de sous-marins à la pointe de la technologie parfaitement adaptés aux besoins de protection et de défense des 8500 kilomètres du littoral brésilien », a déclaré l'Amiral Júlio Soares de Moura Neto, commandant de la marine brésilienne. « Ces bâtiments bénéficient des innovations développées ces dernières années pour les programmes de la Marine française et rassemblent les technologies les plus avancées, notamment dans les domaines de l'hydrodynamisme, de la discrétion acoustique, de l'automatisation et des systèmes de combat. Ils sont également conçus pour permettre une maintenance facilitée afin de fournir une disponibilité accrue ».
Réputés comme extrêmement silencieux, les sous-marins du type Scorpène sont des bâtiments d'environ 70 mètres pour un déplacement de 1700 à 2000 tonnes en plongée. Ils peuvent être dotés d'une propulsion classique, par moteurs diesels, ou d'un système de propulsion en circuit fermé MESMA, permettant d'augmenter considérablement leur autonomie en plongée. Disposant de six tubes lance-torpilles, les Scorpène peuvent mettre en oeuvre 18 torpilles lourdes et missiles antinavire Exocet SM39.

Une société franco-brésilienne

Itaguaï Construções Navais, la société créée conjointement fin août par DCNS et son partenaire brésilien Odebrecht, réalisera les sous-marins, la tête de série devant être mise en service en 2017. Cette Joint-Venture est détenue à 59 % par Odebrecht et 41 % par DCNS, qui assurera le contrôle de la gestion. Les quatre sous-marins conventionnels seront conçus en coopération avec les équipes brésiliennes sous l'autorité de conception de DCNS. Le début de la phase de production est prévu dans quelques mois. Le groupe français assurera également la maîtrise d'oeuvre de ces bâtiments, réalisés par Itaguaï Construções Navais. Enfin, Il livrera de nombreux équipements de haute technologie, produits dans ses sites français. DCNS précise qu'un programme de production locale et de transfert de technologie permettra à la marine et à l'industrie brésilienne de défense de participer au développement et à la réalisation de nombreux systèmes et matériels.
Concernant le futur SNA brésilien, dont la mise en service est espérée en 2021, DCNS fournira l'assistance pour le design de la partie non nucléaire du bâtiment, qui sera également réalisé par ICN. Par ailleurs, DCNS fournira une assistance à maîtrise d'ouvrage pour la réalisation par Odebrecht du chantier de construction naval où seront produits les cinq sous-marins faisant l'objet du contrat annoncé hier, ainsi que d'une base navale pour la marine brésilienne.

Les navires de surface à l'horizon

Le succès majeur remporté par l'industrie navale française au Brésil est, en lui-même, déjà historique. Mais on espère, à Paris, qu'il se prolongera, au sein d'un partenariat à long terme, par des contrats dans le domaine des navires de surface. Ainsi, la marine brésilienne songe au remplacement de ses 8 frégates de premier rang (classe Niteroi et type 22), mises en service entre 1976 et 1982. Dans cette optique, DCNS compte bien placer la frégate multi-missions (FREMM), déjà retenue par la France, l'Italie et le Maroc. Le Brésil, qui semble aujourd'hui vouloir développer sa puissance navale, aurait également besoin de capacités amphibies. Il ne dispose, en effet, que de deux vieux transports de chalands de débarquement du type Thomaston américain (construits en 1956) et d'un bâtiment de débarquement de chars du type Newport (1970). Pour renouveler cette flotte, la France peut proposer les nouveaux bâtiments de projection et de commandement (BPC), mais aussi, éventuellement, négocier un transfert des TCD Foudre et Siroco.
Enfin, à plus longue échéance, l'avenir de l'aéronautique navale brésilienne est toujours en question. L'ex-porte-avions Foch, mis en service en 1963, rebaptisé Sao Paulo et transféré en 2001, met en oeuvre de vieux avions américains du type Sky Hawk. L'industrie française a sans doute une carte à jouer dans ce domaine. D'abord au niveau des avions, avec un potentiel rachat des Super Etendard Modernisés de la Marine nationale, remplacés au cours de la prochaine décennie par des Rafale, mais aussi avec le nouvel appareil de Dassault Aviation. Ce dernier, qui est en compétition pour le renouvellement des forces aériennes brésiliennes, peut, en effet, également être embarqué sur le Sao Paulo. Puis, au cours de la prochaine décennie, le Brésil pourrait décider de construire un nouveau porte-avions, projet potentiel pour lequel les Français seraient alors très bien placés.

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