Marine Marchande
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À Brest, CLS met l’océan en image

Marine Marchande

CLS group (Collecte Localisation Scientifique) est une filiale du CNES, de l'Ifremer et d'Ardian, spécialisée dans l’imagerie satellitaire. Elle compte 27 sites à travers le monde et son siège est à Toulouse. Elle est présente à Brest depuis 2008, d’où elle vend des services de traitement d’imagerie satellitaire dans le domaine de la surveillance maritime (principalement sur la zone de nord-ouest européenne). Ses clients sont des autorités nationales et supranationales (Europe) ou des opérateurs offshore privés. CLS gère Vigisat, une station de réception et de traitement située à Plouzané, en lisière du Technopôle Brest Iroise. L’effectif de la division brestoise est d’environ 30 personnes.

Vigisat : un œil sur l’océan

CLS offre une capacité de traitement d’imagerie par satellite grâce à la technologie de radar à synthèse d'ouverture (SAR). Les données recueillies par un appareil de ce type peuvent être matérialisées sous la forme d’une image. La surface en km2 traitée par un satellite peut être modulée selon les besoins. Cela peut aller d’une surface très réduite avec une résolution très élevée (par exemple dans le cas d’un navire en difficulté) à une zone très vaste et d’une résolution moins élevée (un rectangle de 500 km de long par 300 km de large est efficace pour suivre les traînées de pétrole en mer).

Les applications pour ces prestations vont de la surveillance maritime à la détection de pollution en passant par le support à l’industrie offshore ou encore la lutte contre les pêches illicites. CLS est le plus souvent mandaté par l’EMSA, l’agence européenne de sécurité maritime, afin de fournir des images de suffisamment bonnes résolutions pour, par exemple, suivre une nappe de pétrole, des navires ou d’autres objets flottants. C’est une aide à la décision précieuse. C’est aussi un moyen de récolter les preuves d’une infraction. Déjà en 2013, un tribunal britannique avait condamné un navire suite à un rejet illicite en mer. L’imagerie satellitaire avait permis de prouver l’infraction. Les moyens d’analyse de la compagnie permettent de déterminer partiellement le type de matière vue à l’image (si c’est une nappe de pétrole ou non par exemple). Ayant développé son propre logiciel de cartographie maritime, Themis, la société recoupe de nombreuses données pour fournir des renseignements complets. Le développement des technologies de Big Data constitue l'une des grandes possibilités d'évolution de la société dans l'avenir.

CLS s’est vu accorder la confiance de l’EMSA pour la surveillance maritime dans le cadre du service européen CleanSeaNet. Elle participe aussi au contrôle qualité et au réglage du radar de la série Sentinel-1 (deux unités dites 1A et 1B). CLS est en quelque sorte le responsable du bon fonctionnement de cet outil de renseignement.

À noter que la constellation Sentinel du programme Copernicus de la Commission européenne comprendra à terme une dizaine de machines réparties en cinq séries. L’objectif est l’observation environnementale de la Terre. Chaque modèle a un organe de mesures qui lui est propre. Sentinel-1A et 1B emportent un radar à synthèse d’ouverture.

 

Image de synthèse d'un satellite Sentinel-1  (© THALES ALENIA SPACE)

 

Une grande réactivité

Vigisat travaille en astreinte 24h par 24h, 365 jours par an. Le grand avantage de la technologie SAR, c’est qu’elle n’est pas contrariée par les conditions climatiques. Elle peut fonctionner aussi bien de nuit, qu’en présence d’une couverture nuageuse. Mais, le service est dépendant du passage d’un satellite. CLS s'appuie donc, en plus de la constellation Sentinel, sur des satellites privés pour augmenter le nombre de ses vecteurs.

Il reste que la couverture n’est pas permanente. Toutefois, cela n’est pas l’essentiel comme le confie Guillaume Hajduch, service manager du centre de performance de mission Sentinel-1 : « On ne peut pas avoir à tout moment un point d’observation de ce type dans l’espace. Par contre, à partir d’une commande et d'un envoi de données, on est capable d'effectuer un traitement pour produire des images en une vingtaine de minutes. L’intérêt de notre service tient dans la rapidité et l’efficacité du traitement des données ».

Raison pour laquelle le bâtiment de l’antenne parabolique est juché sur une colline. N’étant pas gêné par le relief, l’opérateur peut prendre contact avec le satellite pour lui donner ses instructions dès que ce dernier émerge de l’horizon. Un gain de temps appréciable. L’engin spatial est suivi tout au long de son parcours en orbite. Les conditions météo étant souvent dégradées à cet endroit du Finistère, la parabole de 5.40 mètres de diamètre est logée dans un radôme de protection.

 

La parabole satellite de Vigisat à l'intérieur de son radôme (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Des drones pour combler les trous 

CLS a été chargé par l’Agence spatiale européenne (ESA) de gérer la campagne de test opérationnel de deux drones aériens de surveillance maritime. Ce sont des AR5 Life Ray de la société portugaise Tekever. D’une envergure de 4.3 mètres et d’un poids maximal au décollage de 150 kg, les engins affichent une autonomie en vol comprise entre 8 et 12 heures.

Ils sont issus d’un contrat signé en janvier 2017 entre l’ESA, Tekever et CLS (en partenariat avec l’EMSA). D’une valeur de 10 millions d’euros, le contrat doit arriver à échéance début 2019.  CLS s’occupe de la gestion des vols et de l’analyse des données. L’intégration et les tests de la plateforme sont du ressort du Lusitanien dans le cadre du projet RAPSODY (Remote Airborne Platform with Satellite Oversight Dependency). C’est la raison pour laquelle les drones sont actuellement basés au Portugal. Il n’est pas impossible, si le système donne satisfaction, qu’il débouche sur de futurs développements de drones aériens de surveillance maritime. D’autres territoires pourraient en bénéficier. De tels engins permettraient efficacement, et à des coûts modérés, de combler une partie du vide laissé par l’intermittence des passages de satellites.

Équipés d’un système de transmission par satellite, ils emportent aussi de nombreux senseurs, à savoir : des caméras (deux infrarouges, une électro-optique, un appareil photo digital haute résolution), un receveur AIS (système d’identification de navires) et un petit radar à synthèse d’ouverture. Le tout est agrémenté d’un illuminateur laser. Ainsi équipée, cette classe de drone apparaît très intéressante pour la reconnaissance de pollutions en mer, notamment en ce qui concerne les hydrocarbures. Traitées presque en temps réel, les données peuvent être utilisées par les services de contrôle des nations pour prendre les fraudeurs sur le fait.

 

Le démonstrateur AR5 Evolution de Tekever qui sert de base technologique au drone de surveillance maritime (© TEKEVER)

Mer, espace et satellites